mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2022, et un mémoire, enregistré le 8 août 2022, M. A B, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de renouveler son certificat de résidence d'une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans le délai de quinze jours sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, faute de consultation de la commission du titre de séjour ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien et des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, son comportement ne pouvant être regardé comme constitutif d'une menace à l'ordre public ;
- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
Le préfet de la Loire a produit des pièces le 27 février 2024.
La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été refusée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 mars 202Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 modifié conclu entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant algérien né le 29 janvier 1987, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel la préfète de la Loire a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien de dix ans.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Thomas Michaud, secrétaire général de la préfecture, en vertu de la délégation de signature qui lui a été donnée par un arrêté de la préfète de la Loire du 1er septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 13 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 15 décembre 2021 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement à la décision de refus de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ". Aux termes de l'article 6 du même accord : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français (). / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ".
5. Aux termes de l'article R.431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ".
6. En application des dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande de renouvellement d'un titre de séjour doit être présentée à peine d'irrecevabilité dans le courant des deux derniers mois précédant l'expiration du précédent titre. Lorsque le préfet est saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour après l'expiration du délai précité, cette demande doit être regardée comme tendant à la première délivrance d'un titre de séjour de même nature que le précédent.
7. Le certificat de résidence dont M. B était titulaire est venu à expiration, le 20 juin 2021 et il n'en a demandé le renouvellement que le 30 septembre 2021, soit au-delà de l'expiration du délai de deux mois mentionné au point précédent. C'est en conséquence à bon droit que sa demande du 30 septembre 2021 a été regardée comme une première demande. Dès lors, s'il résulte des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien qu'aucune restriction n'est prévue au renouvellement du certificat de résidence de dix ans, ce renouvellement ayant un caractère automatique, aucune disposition de cet accord ne prive en revanche l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser une première admission au séjour d'un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la préfète de la Loire aurait commis une erreur de droit en opposant la réserve d'ordre public à la demande de titre de séjour présentée par M. B doit être écarté.
8. En quatrième lieu, pour soutenir que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public, M. B expose que deux années se sont écoulées depuis sa dernière condamnation pénale, qu'il s'est acquitté des amendes prononcées à son encontre pour les infractions qu'il a commises, qu'il s'est inséré par le travail et a suivi pour cela diverses formations, qu'il bénéficie de la qualité de travailleur handicapé et qu'il souffre de schizophrénie et de troubles de la personnalité, ce dont atteste un certificat de son médecin généraliste en date du 8 mars 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné le 29 novembre 2019 par le tribunal correctionnel de Saint-Étienne à un an et six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, rébellion, délit de fuite après accident par conducteur de véhicule terrestre, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, et est en outre connu des services de police pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, menace de mort réitérée, dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui, et vol en réunion. Dans ces conditions, les circonstances alléguées par le requérant ne sont pas de nature à établir que son comportement ne constituait plus une menace à l'ordre public à la date de l'arrêté attaqué. D'autre part, tel qu'il a été dit au point 7, aucune disposition de l'accord franco-algérien ne prive l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser une première admission au séjour d'un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en estimant que la présence en France de M. B constitue une menace à l'ordre public, la préfète de la Loire n'a pas fait une inexacte application des stipulations de l'accord franco-algérien ni commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans en raison de son comportement constitutif d'une menace à l'ordre public.
9. En cinquième lieu, pour soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2011, du suivi de diverses formations professionnelles et de sa qualité de travailleur handicapé. Toutefois, l'intéressé ne conteste pas être célibataire sans enfants en France et n'expose pas être dépourvu de liens en Algérie, pays dont il a la nationalité et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Il ne démontre pas par ailleurs une insertion professionnelle ou sociale particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien doivent être écartés.
10. En dernier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé.
11. Si les articles L. 432-13 et L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à la consultation préalable de la commission du titre de séjour s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée comme en l'espèce sur le fondement du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien prévoyant, dans des conditions équivalentes à celles de l'article L. 423-6 du même code, la délivrance de plein droit d'un titre de séjour de dix ans au conjoint algérien d'un ressortissant français, le préfet n'est toutefois tenu de saisir cette commission que du cas de l'étranger qui remplit effectivement les conditions pour bénéficier du titre de séjour qu'il envisage de lui refuser. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant était, à la date de la décision attaquée, marié depuis au moins un an avec une personne de nationalité française et qu'en tout état de cause le requérant ne l'expose pas, celui-ci ne peut être regardé comme remplissant, à la date de la décision critiquée, la condition de vie commune posée par les dispositions précitées de l'article 7 bis. Si M. B expose qu'étant en situation régulière depuis plus de dix ans en France, il était éligible à la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du f) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, il ne démontre pas avoir déposé sa demande sur ce fondement et il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office s'il pouvait y prétendre. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté dans toutes ses branches.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B dirigées contre l'arrêté du 15 décembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête à fin d'injonctions sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
F.-X. Richard-Rendolet
Le président,
H. Drouet
La greffière,
L. Khaled
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026