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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203727

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203727

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2022, M. D A, représenté par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 février 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour " étudiant " dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1eer août 1995 dès lors qu'il justifie de la poursuite de ses études ainsi que de moyens d'existence suffisants ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2022 par ordonnance du 18 mai 2022.

Des pièces ont été produites par le préfet du Rhône le 1er septembre 2022 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal, relative à la circulation et au séjour des personnes, faite à Dakar le 1er août 1995, ensemble l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires (ensemble trois annexes et une déclaration), signé à Dakar le 23 septembre 2006, et l'avenant à cet accord (ensemble deux annexes), signé à Dakar le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Segado, président.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, né le 24 mars 1992, est entré en France le 25 septembre 2013 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valant titre de séjour afin de poursuivre des études supérieures. Il s'est vu ensuite délivrer des titres de séjour portant la mention " étudiant " valables jusqu'au 22 septembre 2017. Le 13 septembre 2017 M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Par un arrêté du 8 janvier 2018, le préfet du Rhône a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 24 janvier 2022, M. A a de nouveau sollicité la régularisation de sa situation en demandant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par décisions du 22 février 2022, le préfet du Rhône a rejeté cette demande de titre, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A demande l'annulation des décisions portant refus de titre, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 24 février 2022 a été signée par Mme C B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui bénéficie d'une délégation du préfet du Rhône, en date du 26 janvier 2022, publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le 27 janvier 2022, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise susvisée : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de pré-inscription dans l'établissement d'enseignement choisi (). Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, à partir de l'ensemble des pièces du dossier, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Pour refuser à M. A le titre de séjour sollicité en qualité d'étudiant, le Préfet du Rhône s'est fondé sur l'absence de progression dans ses études, en relevant d'une part, que l'intéressé, ne justifiait de l'obtention d'aucun diplôme d'études supérieures depuis son entrée en France en 2013, d'autre part, qu'à la date de la décision attaquée, il présentait une réinscription en licence de physique-chimie-sciences pour l'ingénieur alors qu'il avait déjà été ajourné en 2013/2014 et qu'enfin, il n'avait présenté aucune inscription pour les années scolaires 2018/2019, 2019/2020, 2020/2021.

5. Il ressort des pièces du dossier produites avant la clôture de l'instruction que M. A est entré en France le 25 septembre 2013 muni d'un visa long séjour portant la mention étudiant et a ensuite bénéficié d'un titre de séjour étudiant du 23 septembre 2016 au 22 septembre 2017. Au titre de l'année universitaire 2013/2014, M. A était inscrit en licence de physique-chimie-sciences pour l'ingénieur (PCSI) à l'Université Claude Bernard - Lyon I mais a été ajourné à l'issue du premier semestre. Il s'est ensuite réorienté au second semestre en s'inscrivant en licence mathématiques-informatiques mais a été de nouveau ajourné. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé s'est alors réinscrit à cette formation au titre de l'année universitaire 2014/2015 parvenant à valider sa première année, puis s'est inscrit en deuxième année de licence " informatique" les trois années suivantes, ayant été déclaré défaillant au titre de l'année 2015-2016 et en échec au titre des années 2016-2017 et 2017-2018. Il ressort ensuite des pièces du dossier et il n'est pas contesté par M. A qu'il n'a poursuivi aucune étude au cours des années 2018/2019,2019/2020 et 2020/2021. Si le requérant se prévaut pour l'année 2021/2022 d'une réinscription en première année de licence de physique-chimie-sciences pour l'ingénieur et produit une attestation pour justifier de son sérieux, de son assiduité et de ses excellents résultats au titre du premier semestre, il ressort ainsi des pièces du dossier qu'au terme de huit années de présence sur le territoire français et alors qu'il a interrompu ses études pendant trois années, il est inscrit au même type et niveau de formation que celle suivie en 2013/2014 et lors de son arrivée sur le territoire français et ne justifie d'aucune progression de ses études. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise en refusant d'accorder à M. A le titre de séjour " étudiant " sollicité par l'intéressé compte tenu de l'absence de progression de ses études à l'issue de ces neuf années passées sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour fixer à douze mois l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Rhône a relevé que M. A n'est pas démuni de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, qu'il n'avait pas vocation à séjourner durablement sur le territoire à l'expiration de son titre de séjour étudiant, et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 8 janvier 2018 qu'il n'a pas exécutée. Si le requérant se prévaut de sa durée de présence sur le territoire français, de son insertion socio-professionnelle et de ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier produites avant la clôture de l'instruction qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis l'expiration de son titre de séjour le 22 septembre 2017 et malgré le prononcé d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 8 janvier 2018. Dans les circonstances de l'espèce, et alors même que M. A ne représente aucune menace pour l'ordre public, le préfet du Rhône a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer une interdiction de retour pour une durée de douze mois.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à M. A, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M.Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty.

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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