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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203740

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203740

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantHAZIZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 17 mai 2022 et 26 janvier 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) EDEN, représentée par Me A, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les titres de perception émis le 29 mars 2022 pour un montant de 23 914 euros représentant le trop-perçu de l'aide versée dans le cadre du fond de solidarité crée par l'ordonnance n° 2020-317 du 30 mars 2020 au titre des mois de mars à juin 2020 et d'octobre 2020 à mai 2021, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire en date du 19 avril 2022 ;

2°) de lui octroyer un sursis de paiement de cette somme.

Elle soutient que :

- les montants mentionnés sur les titres de perception ne correspondent pas au montant mentionné sur le courrier du 2 novembre 2021 ;

- elle s'est acquittée rapidement de sa dette fiscale au titre de la cotisation foncière des entreprises d'un montant de 1 508 euros ;

- le décalage existant entre les recettes mensuelles mentionnées sur le cahier des recettes et les recettes en banque est justifié compte tenu du décalage d'une journée existant lors de l'enregistrement des ventes réglées par carte bancaire, de l'encaissement ultérieur des chèques à la demande des clientes et au dépôt des espèces dans un coffre-fort pour permettre à la gérante de disposer de liquidités afin de régler les achats auprès des fournisseurs et ses dépenses lors de ses déplacements à l'étranger ;

- elle ignorait que le choix de l'option pour le chiffre mensuel moyen serait automatiquement reporté pour les demandes suivantes et aurait préféré opter pour le chiffre d'affaires mensuel réel ;

- l'examen des livres EDEN mensuel et annuels permettent d'établir qu'elle était en droit de bénéficier d'aides d'un montant de 28 114,50 euros alors qu'elle a perçu 23 914 euros ;

- les aides perçues lui ont permis de surmonter la crise et de régler ses charges de loyers, de frais bancaires ou encore d'URSSAF mais son stock est devenu obsolète.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction, initialement fixée au 31 janvier 2023, a été reportée au 7 mars 2023 par une ordonnance du 27 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,

- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique ;

- et les observations de Me A, représentant la société EDEN.

Une note en délibéré présentée pour la société EDEN a été enregistrée le 27 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société EDEN, gérée par Mme B A, exerce une activité de détail d'habillement en magasin spécialisé à Lyon (69002) et à Villeurbanne (69100) où elle dispose d'un établissement secondaire. La société a bénéficié de l'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois de mars à juin 2020, d'octobre à décembre 2020 et de janvier à mai 2021, pour un montant total de 23 914 euros. A la suite d'un contrôle réalisé en application des dispositions de l'article 3-1 de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création du fonds de solidarité, l'administration fiscale a remis en cause le versement de cette aide pour la totalité de son montant au motif que les conditions d'éligibilité tenant à l'existence d'une dette fiscale et aux pertes de chiffre d'affaires n'étaient pas remplies et elle en a informé la société requérante par un courrier de récupération daté du 2 novembre 2021. La société EDEN demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation des titres de perception émis le 29 mars 2022 pour un montant total de 23 914 euros au titre des mois de mars à juin 2020 et d'octobre 2020 à mai 2021 ainsi que le sursis de paiement de cette somme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Contrairement à ce que soutient la société EDEN, le montant total des titres de perception correspond bien à la totalité des sommes mentionnées comme indument perçues dans le courrier de récupération adressé par l'administration le 2 novembre 2021.

En ce qui concerne les aides versées au titre des mois de mars à juin 2020 ainsi que d'octobre et novembre 2020 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. / Sous réserve des dispositions du troisième alinéa du II, elles sont insaisissables. / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. / Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. / En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. / La procédure prévue au présent II ne constitue pas une procédure de contrôle de l'impôt. ".

4. D'autre part, il résulte des dispositions des articles 3 à 3-14 du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié que la demande d'aide doit être notamment accompagnée d'une déclaration sur l'honneur attestant de l'absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019 à l'exception de celles qui sont couvertes par un plan de règlement ou encore des dettes d'un montant inférieur ou égal à 1500 euros et des dettes dont l'existence ou le montant fait l'objet, au 1er janvier 2020, d'un contentieux.

5. En l'espèce, l'administration a constaté l'existence, au 31 décembre 2019, de dettes de contribution foncière des entreprises au titre des années 2018 et 2019 excédant le plafond de 1 500 euros et qui n'ont été réglées que le 11 décembre 2020. En se bornant à relever qu'elle a payé cette somme très rapidement et a connu d'importantes difficultés financières, la société EDEN ne conteste pas sérieusement l'existence d'une dette fiscale au 31 décembre 2019 de sorte que l'administration était fondée à constater qu'elle ne remplissait pas la condition d'éligibilité prévue par les dispositions susmentionnées du décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 et à lui en réclamer la restitution pour un montant total de 12 145 euros.

En ce qui concerne les aides versées au titre des mois de décembre 2020 à mai 2021 :

6. Le décret n°2020-317 du 30 mars 2020 précise que le montant de l'aide perçue correspond à la différence entre le chiffre d'affaires réalisé au titre du mois concerné par la demande et le chiffre d'affaires réalisé au cours de la même période de l'année 2019, ou par rapport au chiffre moyen de l'année 2019 ou, pour les mois au titre desquels le montant de l'aide s'élève à une somme d'un montant forfaitaire de 1 500 euros, elle est versée sous réserve de la justification d'une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % au titre du mois concerné par rapport à la même période de l'année 2019 ou par rapport au chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019.

7. L'administration a estimé que la société EDEN ne remplissait pas la condition relative à la perte de chiffre d'affaires dès lors que des incohérences importantes avaient été constatées lors du contrôle concernant les chiffres d'affaires de référence de 2019, de 2020 et de 2021 déclarés sur le formulaire de demandes d'aides et que les documents produits dans le cadre du contrôle ne permettaient pas de vérifier son éligibilité.

8. Il résulte en effet de l'instruction que, s'agissant des incohérences dans les documents comptables produits, l'administration a notamment relevé que les extraits des grands livres permettaient d'établir que la société avait réalisé des encaissements d'espèces d'un montant de 14 673 euros en 2019 et en 2020 alors que les relevés bancaires faisaient seulement état de versements d'espèces d'un montant total de 2 050 euros en 2019. Concernant la demande de justificatifs adressée par l'administration, la gérante de la société s'est bornée à indiquer avoir renseigné, au titre des aides de mars 2020 à janvier 2021, les chiffres d'affaires réalisés au cours de la même période de l'année 2019 puis, pour les demandes d'aides de février à mai 2019, le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 et à produire les relevés du compte bancaire détenu au CIC au titre de la période demandée ainsi que les extraits de compte de classe 7 alors que la société disposait, au cours de la crise sanitaire, de quatre comptes bancaires dont les coordonnées de deux de ces comptes, ouverts au CIC, étaient mentionnées sur les formulaires de demandes d'aides et qu'elle n'a pas donc produit l'intégralité des relevés bancaires demandés ne permettant pas ainsi de vérifier et de justifier les montants des chiffres d'affaires déclarés. En se bornant à relever qu'elle a été amenée à procéder à la reconstitution de son chiffre d'affaires des années 2019 et 2020 dans le cadre d'un contrôle fiscal, à alléguer que les incohérences relevées par l'administration dans le cadre du présent litige seraient notamment dues à des pratiques comptables et commerciales liées notamment à des demandes de fournisseurs et de clients et aux conditions d'exploitation de son activité, sans au demeurant apporter le moindre élément de preuve à l'appui de ses allégations, et à produire des tableaux intitulés " EDEN journalier ", " EDEN mensuel ", " EDEN annuel " et " EDEN cahier et comptabilité " établis par ses soins dans le cadre de la vérification de comptabilité dont elle a fait ultérieurement l'objet, la société requérante ne justifie pas des chiffres d'affaires déclarés. La circonstance qu'elle aurait préféré que le calcul du montant des aides soit effectué à partir du montant de perte de chiffre d'affaires mensuel moyen est sans incidence sur l'absence de justification de ses chiffres d'affaires.

9. Dans ces conditions, la société EDEN, qui ne saurait se prévaloir de sa bonne foi, n'est pas fondée à contester le bien-fondé de la créance qui lui est réclamée. Elle ne saurait donc, par suite, davantage soutenir qu'elle avait droit à un montant d'aides plus important, qu'elle chiffre à la somme de 28 114,50 euros alors qu'elle a indûment perçu la somme de 23 914 euros au titre de cette période.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des titres de perception litigieux doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, et en tout état de cause, les conclusions à fin de sursis à paiement de ces sommes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société EDEN est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) EDEN, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au directeur régionale des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La rapporteure,

C. Collomb

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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