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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203750

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203750

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mai 2022 et 12 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Hassid, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 par laquelle le préfet du Rhône lui a refusé le renouvellement de sa carte de résident et lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard :

- en cas d'annulation de la décision contestée pour illégalité interne, de lui renouveler sa carte de résident ;

- en cas d'annulation de la décision attaquée pour illégalité externe, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée doit être regardée comme lui refusant le renouvellement de sa dernière carte de résident, valide du 1er avril 2011 au 31 mars 2021, et non comme une décision portant refus de délivrance d'une première carte de résident ni comme une décision portant retrait de sa carte de résident, dès lors qu'il a sollicité un rendez-vous auprès des services de la préfecture du Rhône en vue de ce renouvellement le 13 janvier 2021, soit dans le délai prévu par l'article R. 311-2, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'aucune carte de résident valide du 26 mai 2021 au 25 mai 2031 ne lui a été délivrée ;

- la décision attaquée, qui prononce le retrait de sa carte de résident, est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations préalablement à son édiction, le préfet du Rhône n'ayant pas respecté le délai de quinze jours qu'il lui avait octroyé à cet effet par un courrier du 28 février 2022 dont il avait accusé réception le 7 mars suivant ;

- la décision attaquée, qui ne procède pas au retrait de sa carte de résident mais lui en refuse le renouvellement, est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet :

• une carte de résident est renouvelable de plein droit ;

• aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permet de refuser le renouvellement d'une carte de résident au motif que le comportement de l'étranger constituerait une menace pour l'ordre public ;

• il appartenait au préfet du Rhône, qui ne pouvait lui refuser le renouvellement de sa carte de résident, d'engager une procédure d'expulsion à son encontre ;

- la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- M. A n'ayant déposé sa demande de renouvellement de sa carte de résident, valide du 1er avril 2011 au 31 mars 2021, que le 25 mai 2021, soit postérieurement à l'expiration du délai de deux mois prévu par les dispositions de l'article R. 311-2, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait bénéficier de son renouvellement de plein droit ;

- les moyens du requérant ne sont pas fondés.

L'affaire a été renvoyée de l'audience du 15 septembre 2023 à celle du 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- et les observations de Me Cavalli, substituant Me Hassid, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 1er avril 1965, déclare être entré en France au mois de mars 1975, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial initiée par son père, et ainsi y résider depuis l'âge de douze ans. L'intéressé a bénéficié d'une carte de résident, valide du 1er avril 1991 au 31 mars 2001, qui a successivement été renouvelée à deux reprises. Après avoir sollicité, le 13 janvier 2021, un rendez-vous auprès des services la préfecture du Rhône, M. A a déposé une demande de renouvellement de sa dernière carte de résident, valide du 1er avril 2011 au 31 mars 2021, le 25 mai suivant. Par une décision du 18 mars 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté sa demande et lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

En ce qui concerne la nature de la décision contestée :

2. Selon les termes de l'article L. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la dernière carte de résident délivrée à M. A : " La carte de résident est valable dix ans. Sous réserve des dispositions des articles L. 314-5 et L. 314-7, elle est renouvelable de plein droit. ". L'article R. 311-1 du même code prévoit que : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans () est tenu de se présenter () à la préfecture () pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient. () ". Et selon les termes de l'article R. 311-2 de ce même code : " La demande est présentée par l'intéressé dans les deux mois de son entrée en France. S'il y séjournait déjà, il présente sa demande : / () 4° () dans le courant des deux derniers mois précédant l'expiration de la carte de séjour dont il est titulaire, sauf s'il est titulaire du statut de résident de longue durée-UE accordé par la France en application des articles L. 314-8, L. 314-8-1 et L. 314-8-2. / A l'échéance de ce délai et en l'absence de présentation de demande de renouvellement de sa carte de séjour, il justifie à nouveau des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance de la carte de séjour. () ".

3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'une demande de renouvellement d'une carte de résident doit être présentée, à peine d'irrecevabilité, au cours des deux derniers mois précédant l'expiration de cette carte. Lorsque l'autorité préfectorale est saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de résident après l'expiration du délai mentionné au 4° de l'article R. 311-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette demande doit être regardée comme tendant à la première délivrance d'un tel titre.

4. En l'espèce, contrairement à ce que fait valoir la préfète du Rhône, si M. A n'a effectivement déposé sa demande de renouvellement de sa dernière carte de résident, valide du 1er avril 2011 au 31 mars 2021, que lors de son rendez-vous auprès des services préfectoraux le 25 mai 2021, il ressort cependant des pièces du dossier que l'intéressé avait sollicité et obtenu ce rendez-vous dès le 13 janvier 2021, soit dans le courant des derniers mois précédant l'expiration de cette carte de résident, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article R. 311-2, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier qu'en réponse à la demande présentée par l'avocate de M. A le 28 novembre 2022, tendant à obtenir la liste de l'ensemble des titres de séjour et récépissés qui lui avaient été délivrés depuis son entrée sur le territoire français, l'administration a adressé à l'intéressé une liste mentionnant la remise, le 27 décembre 2021, d'une carte de résident valide du 26 mai 2021 au 25 mai 2031, le requérant soutient, sans être utilement contredit, d'une part, n'avoir jamais bénéficié de cette carte de résident et, d'autre part, que la demande de renouvellement de sa dernière carte de résident était en cours d'instruction jusqu'à la décision attaquée du 18 mars 2022, ainsi qu'en attestent les récépissés qui lui avaient été délivrés les 25 mai et 27 décembre 2021, respectivement valides du 25 mai au 24 novembre 2021 et du 27 décembre 2021 au 26 mars 2022, qu'il verse au débat. Par suite, et en dépit de la regrettable ambiguïté entretenue par les services de la préfecture du Rhône tant dans la lettre du 28 février 2022 adressée à l'intéressé que dans leurs écritures en défense, la décision contestée du 18 mars 2022 doit être regardée, non comme refusant la délivrance d'une première carte de résident ni même comme prononçant le retrait d'une telle carte suite à son renouvellement, mais comme refusant à M. A le renouvellement de sa dernière carte de résident, valide du 1er avril 2011 au 31 mars 2021.

En ce qui concerne les conclusions de la requête :

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Et selon les termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

6. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 28 février 2022, dont M. A a accusé réception le 7 mars suivant, le préfet du Rhône l'a, d'une part, informé qu'il avait pris connaissance, dans le cadre de la " demande de renouvellement de (sa) carte de résident ", de son " comportement contraire à l'ordre public ", dès lors qu'il avait été " condamné définitivement " à cinq reprises entre les années 2006 et 2018, et que ces faits étaient " de nature à justifier le retrait de (sa) carte de résident " en application des dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, l'a invité à présenter ses éventuelles observations " dans un délai de 15 jours à compter de la notification " de ce courrier, " conformément aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2, L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ", afin de lui " permettre de prendre une décision en toute connaissance de cause ". Alors même que la décision contestée du 18 mars 2022 se borne à refuser le renouvellement de la dernière carte de résident de M. A et n'a ni pour objet, ni pour effet, de la lui retirer, de sorte que, statuant sur la demande présentée par l'intéressé, elle n'était pas au nombre des décisions administratives individuelles défavorables qui doivent être précédées d'une procédure contradictoire en application des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet du Rhône était toutefois tenu de respecter une telle procédure préalablement à l'édiction de cette décision dès lors qu'il avait décidé de s'y soumettre à titre facultatif en précisant ses modalités par la lettre précitée du 28 février 2022. S'il est constant que ladite décision a été édictée le 18 mars 2022, soit avant l'expiration du délai de quinze jours qui avait été imparti à M. A pour présenter ses éventuelles observations écrites à compter de la notification de ladite lettre le 7 mars 2022, il ressort cependant des pièces produites en défense que l'intéressé a présenté ses observations écrites par un courrier du 11 mars suivant. Enfin, si le requérant, qui n'établit ni même n'allègue avoir sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux, soutient que la " procédure suivie " par l'administration serait " irrégulière " dès lors que l'autorité préfectorale a adopté ladite décision " sans attendre " l'expiration de ce délai de quinze jours, il n'établit ni même n'allègue qu'il disposait d'informations supplémentaires qu'il aurait pu et voulu porter à la connaissance du préfet du Rhône avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient été communiquées aux services préfectoraux, auraient été de nature à influer sur son contenu. Par suite, et dès lors que l'absence de respect du délai de la procédure contradictoire préalable suivie à titre facultatif n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, privé M. A d'une garantie, ni exercé une influence sur le sens de la décision, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement () de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit. ". Selon les termes de l'article 433-6 du code pénal : " Constitue une rébellion le fait d'opposer une résistance violente à une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public agissant, dans l'exercice de ses fonctions, pour l'exécution des lois, des ordres de l'autorité publique, des décisions ou mandats de justice. ". Si aucune restriction tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public n'est prévue au renouvellement, qui est de plein droit, d'une carte de résident, l'autorité administrative peut toutefois refuser ce renouvellement à un étranger qui ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion en application des articles L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles du code pénal mentionné par les dispositions précitées de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui étant alors délivrée de plein droit.

9. Pour refuser de renouveler la dernière carte de résident de M. A, valide du 1er avril 2011 au 31 mars 2021, le préfet du Rhône, après avoir notamment rappelé qu'il ressortait de l'extrait du casier judiciaire de l'intéressé qu'il avait été définitivement condamné à six reprises entre les années 2006 et 2018, s'est fondé sur les circonstances tirées de ce que son " comportement constituait une menace pour l'ordre public " et de ce que " ces faits (étaient) de nature à justifier le retrait de (sa) carte de résident en application de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité préfectorale a relevé à cet égard, que M. A avait été condamné définitivement " à 2 mois d'emprisonnement avec sursis le 24 octobre 2006 pour conduite d'un véhicule malgré l'invalidation du permis de conduire résultant du droit de la totalité des points ", " à 500E d'amende le 29 octobre 2008 pour des faits de conduite d'un véhicule à moteur malgré l'injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points et prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui ", " à 2 mois d'emprisonnement le 20 septembre 2012 pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique ", " à 300E d'amende le 22 mars 2013 pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique ", " à 2 mois d'emprisonnement le 12 décembre 2013 pour des faits de rébellion, récidive de conduite d'un véhicule en état d'ivresse manifeste et refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique lors de la constatation d'un crime, d'un délit ou d'un accident de la route " et " à 6 mois d'emprisonnement le 18 juin 2018 pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule en état alcoolique et refus, par le conducteur d'un véhicule, de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique ".

10. En l'espèce, si M. A soutient, à raison, qu'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permettait légalement à l'autorité préfectorale de lui refuser le renouvellement de sa carte de résident, laquelle est renouvelable de plein droit, au seul motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, il ressort toutefois des termes précités de la décision contestée que le préfet du Rhône s'est également fondé sur un second motif, au demeurant non contesté, tiré de ce qu'il avait fait l'objet d'une condamnation définitive pour des faits de rébellion le 12 décembre 2013, soit une condamnation définitive prononcée sur le fondement de l'article 433-6 du code pénal et mentionnée à l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il résulte de l'instruction que cette autorité aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif, lequel était, à lui-seul, de nature à la justifier légalement ainsi que cela a précédemment été exposé au point 8. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

11. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. En l'espèce, il est constant qu'en application des dispositions précitées de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône a délivré à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an qui l'autorise à séjourner en France où il a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux. Ainsi, le refus de renouvellement de sa dernière carte de résident, valide du 1er avril 2011 au 31 mars 2021 ne porte pas, par lui-même, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la décision contestée " serait vexatoire et aura pour effet de le replacer dans une situation de précarité " dès lors que " la vie des étrangers vi(v)ant en France sous couvert de cartes de séjour temporaires est très difficile " compte tenu du " coût des cartes de séjour ", de leur " durée de validité ", de leurs modalités de délivrance et de leurs " impact(s) sur la signature de baux, de crédits, de contrat de travail ", M. A n'établit pas que le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de " l'erreur manifeste d'appréciation " doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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