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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203760

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203760

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête enregistrée le 18 mai 2022 sous le n°2203760, M. E C, ayant pour avocat Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 mai 2022 F lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros F jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- la préfète de la Loire qui a entaché son arrêté d'une erreur de fait, a omis de procéder à un examen sérieux et attentif de sa situation ;

- elle a méconnu son droit général d'être entendu, consacré F l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le délai de de départ volontaire à trente jours est illégale F voie d'exception ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

F un mémoire en défense, enregistré le 05 juillet 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Habchi, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 19 juin 1993, est entré en France au cours du mois de janvier 2020, après avoir séjourné en Espagne, sous couvert d'un visa de court séjour " Schengen " délivré F les autorités consulaires espagnoles à Alger, valable du 8 janvier au 21 février 2020. S'étant maintenu irrégulièrement sur le territoire national à l'expiration de son visa, l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, édictée le 5 mai 2022 F la préfète la Loire, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète a assorti cette mesure d'éloignement d'un délai de départ volontaire de trente jours et a en outre fixé le pays à destination duquel M. C sera reconduit d'office. Le ressortissant algérien demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions préfectorales du 5 mai 2022 dont il est l'objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté contesté est signé F Mme D A, sous-préfète, directrice de cabinet de la préfète de la Loire, qui bénéficie d'une délégation de signature de la préfète de de la Loire du 04 mars 2022, publiée au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer les décisions relatives au séjour, à l'éloignement des étrangers et au droit d'asile. F suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'obligation de quitter le territoire, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et professionnelle de M. C au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. La circonstance que la préfète n'ait pas fait mention de l'ensemble du parcours, personnel, familial et judiciaire de l'intéressé ne peut, à elle seule démontrer le défaut d'examen allégué. F suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, M. C se prévaut d'une erreur de fait qu'aurait commise la préfète de la Loire, en édictant l'arrêté en litige, après avoir estimé que l'intéressé est entré en France démuni de tout visa ou document de séjour. Or, s'il est vrai que l'autorité administrative a omis de prendre en compte l'existence d'un visa de court séjour " Schengen " valable de janvier à février 2020, délivré à M. C F les autorités consulaires espagnoles à Alger, lui ayant permis de pénétrer sur le territoire français au cours de cette même période, de manière régulière, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, dès lors qu'il est constant que l'intéressé s'est, ainsi que l'a retenu la préfète de la Loire, effectivement maintenu sur le territoire d'un Etat membre de l'Union européenne, en l'espèce la France, à l'expiration de son visa de court séjour. Au demeurant, si M. C allègue avoir " régularisé sa situation en avril 2022 ", il ne verse aucune pièce de nature à justifier qu'il aurait effectivement cherché à régulariser sa situation, en sollicitant un certificat de résidence algérien à l'issue de la validité de son visa de court séjour. F suite, et dès lors que la préfète de la Loire aurait pris la même décision d'éloignement en prenant en compte le seul maintien irrégulier de l'étranger sur le sol français, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait été empêché de faire valoir toute observation utile lors de son audition F les services de police du département de la Loire, le 5 mai 2022, dont le procès-verbal produit en défense fait foi devant le tribunal. Ainsi, alors qu'il n'incombait pas au préfet de l'y inviter à l'occasion d'un entretien spécifique, le requérant a pu exposer sa situation administrative, personnelle et familiale et ne pouvait, au surplus, légitimement ignorer compte tenu de l'irrégularité de son séjour en France depuis l'année 2020, qu'il encourrait l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre, F l'autorité administrative. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit général d'être entendu, consacré F l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ou que l'autorité administrative n'aurait pas respecté le principe du débat contradictoire.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, âgé de 29 ans, réside en France depuis près de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Si l'intéressé se prévaut de la présence de son frère en France, de nationalité française, cet élément ne suffit pas à lui seul à faire regarder M. C comme ayant le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. En effet, le ressortissant étranger a vécu l'essentiel de son existence en Algérie où réside l'ensemble de sa famille. Célibataire et sans enfant à charge sur le sol français, il s'y est maintenu sans solliciter de certificat de résidence algérien, alors que, malgré la pandémie de Covid-19 , il lui était pourtant loisible d'y procéder depuis 2020. De plus, l'activité professionnelle de livreur qu'il revendique pour justifier de sa bonne intégration en France demeure précaire, alors qu'au surplus, l'intéressé n'a jamais sollicité d'autorisation de travail pour exercer son emploi. A cet égard, à supposer même que l'intégration professionnelle dont il se prévaut soit avérée, rien ne fait obstacle à ce que le requérant regagne son pays d'origine, pour y solliciter auprès des autorités consulaires françaises à Alger un visa de séjour approprié, en qualité de travailleur salarié. Il ne ressort, ainsi, pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. F suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le de départ volontaire à trente jours :

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 que la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. F suite, le requérant n'est pas fondé à exciper pour ce motif de l'illégalité de la décision fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que ni la décision d'éloignement, ni celle fixant le délai de départ volontaire ne sont entachées d'illégalité. F suite, le requérant n'est pas fondé à exciper, F voie d'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête n°2203760 de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète de la Loire.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 18 août 2022.

Le magistrat désigné,

H. B

La greffière en chef,

B. FAUTRIER-VRAY

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2203760

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