mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203769 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | HAZIZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 18 mai 2022 et 26 janvier 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) HM5, représentée par Me Haziza, doit être regardée comme demandant au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les titres de perception émis le 29 mars 2022 pour un montant de 14 510 euros représentant un trop-perçu de l'aide versée dans le cadre du fond de solidarité créé par l'ordonnance n° 2020-317 du 30 mars 2020 ; ensemble la décision implicite portant rejet de son recours administratif préalable obligatoire en date du 19 avril 2022 ;
2°) de lui octroyer un sursis de paiement de cette somme.
Elle soutient que :
- l'argumentation de l'administration fiscale n'est pas fiable compte tenu des erreurs commises depuis le début de la procédure ;
- elle a fait l'objet d'un contrôle fiscal au titre de la période litigieuse et l'administration fiscale a eu accès aux documents comptables sur lesquels elle s'est fondées pour solliciter le bénéfice des aides ;
- pour faciliter le travail de l'administration dans le cadre de ce contrôle, elle a complété des fichiers Excel en mentionnant les ventes quotidiennes qu'elle produit dans le cadre de la présente instance afin d'expliquer la différence existant entre les recettes mensuelles du cahier des ventes et les chiffres d'affaires relevés en banque ;
- de surcroit, le service vérificateur n'a pas remis en cause les chiffres d'affaires sur lesquelles elle a fondé ses demandes d'aides au titre de la période litigieuse ;
- les différences relevées entre le chiffre d'affaires figurant dans sa comptabilité et le chiffre d'affaires établi à partir du cahier de caisse quotidien tenu par les employées du magasin s'explique par les particularités de son fonctionnement dès lors que les clientes demandent souvent un encaissement différé de leurs chèques ; c'est en outre par erreur que la comptable a inscrit un chèque de 1 000 euros en vente au mois de février 2021 alors qu'il s'agit du règlement de l'achat d'un écran publicitaire destiné à être exposé en vitrine ; les espèces ne figurent pas sur son compte bancaire car elles sont conservées dans un coffre-fort afin de permettre à sa gérante de régler les fournisseurs ainsi que ses frais de déplacements à l'étranger ;
- elle ignorait que le choix de l'option pour le chiffre d'affaires mensuel moyen serait automatiquement reporté pour les demandes suivantes et aurait préféré opter pour le chiffre d'affaires mensuel réel ;
- elle était en droit de bénéficier des aides pour un montant total de 21 427 euros alors qu'elle a perçu 18 985 euros ;
- les aides perçues lui ont permis de surmonter la crise et de régler ses charges de loyers, de frais bancaires ou encore d'URSSAF alors que son stock est devenu obsolète ;
- les montants des titres de perception sont différents de ceux adressés précédemment dans le courrier du 2 novembre 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction, initialement fixée au 31 janvier 2023, a été reportée au 7 mars 2023 par une ordonnance du 27 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Collomb, première conseillère,
- les conclusions de Mme Sautier, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Haziza, représentant la société HM5.
Une note en délibéré a été produite pour la société HM5 le 27 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La société HM5 exerce une activité de " fabrication de vêtement de dessus ". Elle a bénéficié de l'aide exceptionnelle au titre du fonds de solidarité institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois de mars à juin 2020 et d'octobre 2020 à mai 2021 pour un montant total de 18 985 euros. A la suite d'un contrôle effectué en application des dispositions de l'article 3-1 de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création du fonds de solidarité, l'administration a estimé que la société HM5 ne remplissait pas l'ensemble des conditions requises dès lors qu'elle ne justifiait pas de sa perte de chiffre d'affaires et, par une décision du 2 novembre 2021, elle l'a informée de la récupération d'aides indument perçues pour un montant de 10 281 euros. Les titres de perception correspondant ont été émis le 29 mars 2022 pour un montant de 14 560 euros. Par une décision du 15 juin 2022, qui annule et remplace la décision du 2 novembre 2021 entachée d'une erreur matérielle, l'administration a corrigé le montant de l'indu réclamé qui s'élève à la somme de 14 510 euros en annulant partiellement le titre de perception émis au titre du mois d'avril 2020 pour un montant initial de 404 euros qui a ainsi été ramené à un montant de 354 euros, soit une réduction de 50 euros. La société HM5 doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces titres de perception pour un montant de 14 510 ainsi que le suris de paiement de cette somme.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 3-1 de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. / Sous réserve des dispositions du troisième alinéa du II, elles sont insaisissables. / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. / Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. / En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. / La procédure prévue au présent II ne constitue pas une procédure de contrôle de l'impôt. ".
3. D'autre part, le décret susvisé n°2020-317 du 30 mars 2020 précise que le montant de l'aide perçue correspond à la différence entre le chiffre d'affaires réalisé au titre du mois concerné par la demande et le chiffre d'affaires réalisé au cours de la même période de l'année 2019 ou par rapport au chiffre moyen de l'année 2019 ou, pour les mois au titre desquels le montant de l'aide s'élève à une somme d'un montant forfaitaire de 1 500 euros, sous réserve de la justification d'une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % au titre du mois concerné par rapport à la même période de l'année 2019 ou par rapport au chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019.
4. L'administration a estimé que les aides perçues l'avaient été pour partie indument dès lors que les conditions d'éligibilité relatives à la perte de chiffre d'affaires n'étaient pas remplies. Il résulte ainsi de l'instruction que l'administration a constaté le manque de caractère probant et pertinent des documents comptables fournis par la société lors des opérations de contrôle compte tenu notamment de l'option pour des écritures du Grand Livre " en mode brouillard " qui permet d'enregistrer des modifications sur la saisie des opérations avant la validation définitive des écritures comptables. Elle a également relevé des incohérences importantes entre les sommes mentionnées dans le Grand Livre et celles figurant sur les relevés bancaires produits par la société HM5, notamment, des versements en espèces qui n'apparaissent pas sur les relevés de comptes bancaires ou des chèques non encaissés. Elle a été ensuite ainsi amenée à procéder, à partir des crédits bancaires, à la reconstitution des chiffres d'affaires de référence de la société conformément au choix de cette dernière qui était de retenir, comme chiffre d'affaires de référence, le chiffre d'affaires mensuel pour les demandes d'aides formulées de mars à décembre 2020 inclus, et la moyenne annuelle de 2019 pour la période de janvier à mai 2021. Cette reconstitution a mis en évidence le fait que les chiffres d'affaires mensuels de référence en 2019 déclarés sur les formulaires de demandes d'aides avaient été majorés tandis que les chiffres d'affaires mensuels réalisés en 2020 et 2021 avaient été minorés afin de lui permettre de bénéficier de montants d'aides covid plus importants.
5. En premier lieu, il n'est pas contesté que le montant total des titres de perception correspond, après rectification par l'administration aux termes de la décision du 15 juin 2022, au montant des sommes mentionnées comme indument perçues dans le courrier de reprise d'indu en date 2 novembre 2021 qui a notamment rectifié l'erreur de plume continue dans le courrier initial du 2 novembre 2021.
6. En second lieu, la société HM5 conteste les montants des chiffres d'affaires de référence retenus par l'administration en alléguant que les différences relevées entre les extraits des livres de comptes et les données bancaires sont liées aux modalités particulières de son fonctionnement. Elle explique ces différences par les particularités de son fonctionnement notamment par la nécessité de conserver des espèces versées par les clients en règlement de leurs achats pour permettre à sa gérante de payer ses fournisseurs en particulier italiens ainsi que ses dépenses lors de ses déplacements à l'étranger ainsi que par les demandes de ses clientes de différer l'encaissement de leurs chèques bancaires. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations et ne justifie pas de son chiffre d'affaires effectivement réalisé au cours de la période litigieuse en se contentant de produire des tableaux établis par ses soins reprenant les ventes intitulés " HM5 journalier ", " HM5 mensuel ", " HM5 annuel " et " HM5 cahier et comptabilité " sans fournir le moindre justificatif bancaire ou comptable. En outre, elle ne peut valablement soutenir que sa comptable aurait inscrit par erreur au mois de février 2021 un chèque de 1 000 euros en vente au motif qu'il s'agirait d'un règlement provenant de la société Phoenix Digital pour le paiement d'une facture pour l'hébergement d'un écran publicitaire dans sa vitrine du 1er janvier 2021 au 1er janvier 2022 alors qu'elle a été établie le 28 décembre 2021, soit postérieurement à son inscription comptable.
7. Dans ces conditions, la société HM5, qui ne saurait se prévaloir ni de sa bonne foi ni de ce que les aides perçues lui auraient permis de surmonter la crise et de régler ses charges de loyers, de frais bancaires ou encore d'URSSAF alors que son stock est devenu obsolète, n'est pas fondée à contester le bien-fondé de la créance d'un montant de 14 510 euros qui lui est réclamée. Elle ne saurait donc, par suite, davantage soutenir qu'elle avait droit à un montant d'aides plus important, qu'elle chiffre à la somme de 21 427 euros, au lieu des 18 985 euros perçus dont 14 510 l'ont été indument au titre de cette période.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des titres de perception litigieux doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions à de sursis de paiement de cette somme.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société HM5 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) HM5, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au directeur régionale des finances publiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du département du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023 à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La rapporteure,
C. Collomb
Le président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026