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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203779

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203779

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203779
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLOURGHI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant son expulsion du territoire français et son assignation à résidence. Le tribunal a jugé que le préfet de l'Ardèche avait légalement pu estimer que la présence de M. B constituait une menace grave pour l'ordre public, compte tenu de ses multiples condamnations, dont une à cinq ans d'emprisonnement. Il a également écarté les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, en application des articles L. 631-1, L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2022, M. A B, représenté par Me Lourghi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les deux arrêté du 22 février 2022 par lesquels le préfet de l'Ardèche a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche l'a assigné à résidence dans le département de l'Ardèche pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de de l'Ardèche de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision d'expulsion méconnaît les dispositions des articles L. 631-1, L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'expulsion porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2023, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1982, M. B demande l'annulation des deux arrêtés du 22 février 2022 par lesquels le préfet de l'Ardèche a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, ainsi que de l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel ce même préfet l'a assigné à résidence dans le département de l'Ardèche pour une durée de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". Aux termes de l'article L. 631-2 du même code dans sa version alors applicable : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () / Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 s'il a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans (). " Aux termes de l'article L. 631-3 du même code dans sa version alors applicable : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; / 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; () / La circonstance qu'un étranger mentionné aux 1° à 5° a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans ne fait pas obstacle à ce qu'il bénéficie des dispositions du présent article ".

3. Pour prononcer l'expulsion de M. B, le préfet de l'Ardèche a retenu que l'intéressé représentait une menace grave pour l'ordre public en raison de plusieurs condamnations dont il a fait l'objet entre les années 2003 et 2021, et a considéré qu'il ne pouvait se prévaloir d'aucune des protections contre l'éloignement prévues par les articles L. 631-2 et L. 631-3 précités.

4. Il est constant que M. B a été condamné le 5 juin 2007 à une peine de cinq ans d'emprisonnement. Dès lors, il était loisible au préfet de l'Ardèche de considérer qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'expulsion même s'il justifiait remplir une des conditions prévues par l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ayant pour effet de le protéger contre l'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 631-2 doit être écarté.

5. En deuxième lieu, pour soutenir qu'il est éligible à la protection contre l'éloignement prévue par les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B expose qu'il réside en France depuis l'âge de 9 ans, qu'il est père d'une enfant de nationalité française née en 2011, et se prévaut de l'avis défavorable à son expulsion de la commission d'expulsion. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'il vit en France depuis 1991 sans en attester, et alors au demeurant qu'il a passé onze ans en détention entre 2003 et 2021 et se trouve en situation irrégulière depuis le 27 avril 2020, date de l'expiration de son certificat de résidence algérien, M. B n'établit pas résider sur le territoire depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, ni qu'il y réside régulièrement depuis plus de vingt ans. Si le requérant produit l'acte de naissance de sa fille, née en 2011, il ne démontre aucunement contribuer à son entretien et à son éducation alors au demeurant qu'il a admis dans un courrier adressé à la préfecture de l'Ardèche n'avoir aucun contact avec la mère de sa fille, chez qui celle-ci réside. Il n'est dès lors pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées du 1°, du 2° et du 4° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent des catégories d'étrangers dont il ne relève pas.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a purgé plusieurs peines d'emprisonnement en France depuis 2003, dont une d'une durée de cinq ans prononcée le 5 juin 2007 par le tribunal correctionnel de Grenoble pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours, une d'une durée de cinq ans dont un an et six mois avec sursis prononcée le 13 septembre 2012 par le même tribunal pour homicide involontaire par conducteur d'un véhicule terrestre à moteur commis avec au moins deux circonstances aggravantes et vol en réunion, et une autre d'une durée de quatre ans prononcée par le même tribunal le 24 mars 2016 pour vol, destruction de bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes. En outre, l'intéressé a été condamné à six reprises à des peines d'emprisonnement ferme ou avec sursis, en dernier lieu le 12 juillet 2021, pour des délits routiers graves, comprenant la conduite en état alcoolique, le délit de fuite et la violation manifestement délibérée d'une obligation réglementaire de sécurité. Si M. B expose regretter ces faits et fait valoir que sa dernière condamnation à neuf mois d'emprisonnement pour conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et conduite malgré l'annulation judiciaire de son permis de conduire, datée de moins d'un an lors de la décision attaquée, est ancienne, et soutient qu'inscrit à une formation en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude à la profession (CAP) de cuisinier, il travaille à sa réinsertion, il ressort du procès-verbal de la commission d'expulsion que l'intéressé ne se rend pas régulièrement, contrairement à ses engagements, aux séances de désintoxication alcoolique qui lui ont été prescrites, et M. B, qui n'indique pas s'il a obtenu le diplôme du CAP, n'expose aucun projet concret professionnel concret. Dans ces conditions, eu égard au caractère très récent et à la particulière gravité, compte tenu de ses antécédents, de la dernière infraction pour laquelle il a été condamné, et aux précédentes infractions, également d'une particulière gravité, le préfet de l'Ardèche a, par une exacte appréciation des faits, pu considérer que la présence en France de M. B constitue une menace grave à l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

8. En dernier lieu, M. B se prévaut de sa résidence en France depuis l'année 1991, de la présence sur le territoire national de ses parents, de ses cinq frères et sœurs et de sa fille française née en 2011, de sa relation de concubinage avec une Française depuis six années et de son absence de liens personnels et familiaux en Algérie. Toutefois, il est constant que M. B, dont la résidence continue en France depuis 1991 n'est pas établie, est séparé de la mère de sa fille, et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant entretiendrait des liens avec cette dernière. En outre, l'intéressé ne fournit aucun élément ayant trait à la présence de membres de sa famille en France ou établissant l'ancienneté et la stabilité de sa relation conjugale avec une ressortissante française. Dans ces conditions, doivent être écartés les moyens tirés, d'une part, de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, d'autre part, de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de la fille du requérant protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche a prononcé son expulsion du territoire français doivent être rejetées. M. B n'ayant présenté aucun moyen contre l'arrêté du 22 février 2022 fixant son pays de renvoi ni contre l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche l'a assigné à résidence dans le département de l'Ardèche pour une durée de quarante-cinq jours, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre ces deux arrêtés doivent également être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête à fin d'injonctions sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Drouet, président,

- M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

F.-X. Richard-RendoletLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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