mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203811 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL AD JUSTITIAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2022 et des pièces enregistrées les 23 mai 2022, 2 juin 2022 et 20 juin 2022, Mme A C, née E, représentée par Me Thinon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Elle soutient que :
- en ce qui concerne l'ensemble des décisions, elles sont entachées d'incompétence ;
- en ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire, elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2022.
Par une ordonnance du 14 juin 2022, la clôture d'instruction a été reportée au 29 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de délivrance des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, née le 27 octobre 1980, ressortissante de nationalité albanaise, déclare être entrée irrégulièrement en France le 29 septembre 2019, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande a cependant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 9 mars 2020, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 30 novembre 2020. Par un arrêté du 2 octobre 2020 pris sur le fondement du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont la légalité a été confirmée par un jugement du 18 décembre 2020 du tribunal administratif de Lyon, puis par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Lyon du 17 juin 2021, la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le 11 juin 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale ", mention " admission pour raison de santé " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 avril 2022 dont elle demande l'annulation, la préfète de la Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. Les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 4 mars 2022, régulièrement publié le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".
4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
5. Pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, la préfète de la Loire s'est appropriée l'avis du collège de médecins de l'OFII, en date du 30 septembre 2021, selon lequel si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour la requérante des conséquences d'une exceptionnelle gravité. L'avis précise qu'au vu des éléments du dossier, l'état de santé de l'intéressée peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. La requérante conteste l'appréciation portée sur son état de santé s'agissant du défaut de prise en charge médicale qui selon elle devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical daté du 10 mai 2022, des prescriptions médicales datées du 3 novembre 2021 au 27 avril 2022, et de l'ordonnance d'hospitalisation d'office du juge de la liberté et de la détention de Roanne du 9 décembre 2020, que Mme C, née E, souffre d'une pathologie psychiatrique pour laquelle elle est suivie régulièrement au Centre médico-psychologique de Roanne depuis décembre 2020. Toutefois, ces éléments sont insuffisamment circonstanciés quant à la gravité de l'état de santé de l'intéressée et du risque lié à l'interruption de son traitement et ne suffisent ainsi pas à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, la préfète de la Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé et dans le cadre de l'application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit dès lors être écarté
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Mme C, âgée de 41 ans, à la date de la décision attaquée déclare être entrée irrégulièrement en France le 29 septembre 2019. Si elle fait valoir sa présence en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle y réside depuis seulement deux ans et demi, et ce en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre par la préfète de la Loire le 2 octobre 2020. Si elle fait valoir la présence en France de son époux, M. F C, compatriote, titulaire d'un titre de séjour italien, ainsi que celle de sa belle- mère et de trois de ses enfants nés en 2004, 2011 et 2013, tous de nationalité albanaise, il ressort des pièces du dossier jointes en défense que son mari ne démontre pas justifier d'un droit au séjour en France et que sa belle-mère en situation irrégulière se maintient sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 mars 2020 par la préfète de la Loire. Si Mme C se prévaut d'une part de sa maitrise de la langue française et de ses activités bénévoles et d'autre part, de la scolarisation de ses enfants nés en 2004, 2011 et 2013, des excellents résultats scolaires de son fils B au titre de l'année 2021/2022, de l'obtention par ce dernier en 2021 du diplôme d'études en langue française ainsi que de la conclusion dans le cadre de ses études d'une convention de stage pour la période du 1er au 15 juin 2022, elle ne justifie que d'une vie privée et familiale récente sur le territoire français et ne démontre pas, par ces éléments, qu'elle y aurait déplacé le centre de sa vie privée et familiale, dès lors qu'elle a vécu l'essentiel de son existence en Albanie. Enfin, si elle allègue l'impossibilité de reconstituer sa vie privée et familiale en Albanie en raison des évènements subis dans son pays d'origine, à l'origine de ses troubles psychiatriques, elle ne l'établit par aucune pièce versée au dossier. Enfin, la nécessité pour elle-même de rester sur le territoire français en raison de son état de santé n'est pas démontrée par les pièces médicales versées au dossier, dès lors qu'elles ne permettent pas d'établir qu'une interruption de son traitement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Dans ces circonstances, Mme C, née E, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ils ont été pris et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
10. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs énoncés au point 7 s'agissant du refus d'admission au séjour. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la préfète de la Loire aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :
11. Les moyens tirés de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour de Mme C, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de la requérante, qui reposent sur la même argumentation que celle qui vient d'être examinée à propos de la décision portant obligation de quitter le territoire français, sans critique particulière du délai de départ volontaire accordé, doivent en tout état de cause être écartés pour les motifs qui viennent d'être exposés.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C née E et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président-rapporteur,
Mme Tocut, première conseillère,
Mme Gros, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
L'assesseure la plus ancienne,
C. Tocut
Le président,
M. D
La greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026