mardi 23 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2203875 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | DACHARY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 mai et 13 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Dachary demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a décidé de sa remise aux autorités slovènes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros H.T. au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- ont été méconnues les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;
- ont été méconnues les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que l'agent ayant mené son entretien n'est pas identifiable ;
- ont été méconnues les dispositions combinées des articles 3.2 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et que l'arrêté est ainsi entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 juin et 13 juillet 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 202Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 11 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont a été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Dachary, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 14 avril 2000, de nationalité afghane, déclare être entré en France le 5 janvier 2022. Ses empreintes ont été relevées le 24 janvier 2022 et une attestation de demande d'asile lui a été remise, le 28 janvier suivant. Toutefois, après consultation du fichier européen EURODAC, il est apparu que l'intéressé avait été identifié en Slovénie où il avait sollicité l'asile, le 28 décembre 2021. Les autorités slovènes ont été saisies le 24 mars 2022 d'une demande de reprise en charge de l'intéressé. Le 30 mars 2022, elles ont fait connaître leur accord explicite de le réadmettre. Aussi, par un arrêté du 4 mai 2022, dont M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a décidé de le remettre aux autorités slovènes responsables de sa demande d'asile.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il n' y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les autres conclusions :
3. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment: a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères; c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations; d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ". Selon les termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
4. L'article 4 du règlement (UE) du 26 juin 2013 prévoit un droit à l'information du demandeur d'asile sur la mise en œuvre de ce règlement et notamment la procédure de détermination de l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile, dès qu'une demande de protection internationale est introduite. Cet article dispose que les informations qu'il liste sont délivrées sous la forme de la remise d'une brochure commune contenant au moins les informations visées au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement n° 604/2013. Les brochures d'information A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013, et leur remise permet aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les brochures d'information A et B, ainsi que le guide d'accueil du demandeur d'asile, ont été remis à M. C, les 24 et 28 janvier 2022, lors du dépôt de sa demande de protection internationale et de son entretien individuel, soit en temps utile au sens de l'article 4 précité du règlement du 26 juin 2013 et dès lors sans qu'il soit imposé à l'autorité préfectorale de justifier de ces deux dates.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que ces documents lui ont été remis en langue pachtou qu'il a indiqué comprendre. Au demeurant, à la différence de l'obligation d'information instituée par le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, celle prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. La méconnaissance de cette obligation d'information dans une langue comprise par l'intéressé ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles la France transfère un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Il en va de même de la méconnaissance de l'obligation d'information résultant des dispositions des articles 9, 12, 13 et 14 du règlement (UE) n° 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données. Dans ces conditions, la circonstance que M. C n'aurait pas reçu l'information prévue par ces dispositions avant le relevé de ses empreintes est sans incidence sur la légalité de la décision portant transfert auprès des autorités slovènes. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
7. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié d'un entretien individuel en langue pachtou, le 28 janvier 2022, avec un agent des services de la préfecture du Rhône, dont le requérant n'apporte pas la preuve qu'il ne serait pas un agent qualifié au sens des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Si enfin, l'identité de cet agent n'est pas précisée, l'absence de cette indication, qui n'est exigée par aucune disposition du règlement, ne suffit pas à mettre en doute la qualification de cet agent. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 4 et 5 du règlement (UE) n°604/2013 pourront être écartés en toutes leurs branches.
8. Aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " (). / 2. Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
9. Si M. C soutient que les stipulations susmentionnées des articles 3.2 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 auraient été méconnues, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ainsi, et en tout état de cause, le préfet du Rhône qui n'était pas tenu, en l'absence d'élément établissant une situation médicale délicate, de procéder à la vérification de conditions d'accueil particulières, n'a pas, en ne faisant pas usage de la possibilité, prévue par les dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 de faire examiner par la France la demandes d'asile de M. C, commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions et a, ainsi qu'il le devait, procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.
La magistrate désignée,
A. B
La greffière,
A. Calmès
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026