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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203915

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203915

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203915
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP CARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2022, Mme A B, représentée par la SELARLU Pinet Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le maire de Chamelet s'est opposé à la déclaration de travaux ayant pour objet le changement de menuiseries sur sa maison d'habitation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de forme, en l'absence de mention des voies et délais de recours ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le maire s'étant cru lié par l'avis émis par l'architecte des bâtiments de France ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, les travaux ne portant pas atteinte à la valeur patrimoniale du site " vieux village " inscrit à l'inventaire des monuments naturels et des sites dont la conservation ou la préservation présente, au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, un intérêt général ;

- elle révèle une inégalité de traitement avec les habitants voisins.

Par un mémoire enregistré le 24 mai 2023, la commune de Chamelet, représentée par la SELARL Carnot Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 11 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 janvier 2024 à 16 h 30.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Flechet,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- et les observations de Me Gneno-Gueydan, représentant la commune de Chamelet.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 février 2022, Mme B a déposé en mairie de Chamelet une déclaration préalable pour des travaux de remplacement de menuiseries sur sa maison d'habitation située rue de la République. Par arrêté du 23 mars 2022 dont elle demande l'annulation, le maire de Chamelet s'est opposé à cette déclaration.

2. En premier lieu, l'absence de mention des voies et délais de recours dans une décision administrative a uniquement pour effet d'empêcher que ne soit opposée une éventuelle tardiveté du recours introduit contre cet acte. La circonstance que l'arrêté attaqué ne mentionne pas les voies et délais de recours est ainsi sans incidence sur sa légalité.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ". L'article R. 424-5 du même code prévoit : " Si la décision comporte rejet de la demande, (), elle doit être motivée. / (). ". Enfin, aux termes de de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ".

4. Les dispositions précitées autorisent la possibilité d'une motivation par référence dès lors que l'avis visé est communiqué au pétitionnaire, que ce soit dans le même pli que le refus d'autorisation d'urbanisme ou dans un pli distinct. Si l'arrêté attaqué se borne à indiquer, après avoir visé le code de l'urbanisme et la carte communale de Chamelet, l'objet de la déclaration préalable ainsi que le caractère défavorable de l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 10 mars 2022, la requérante n'allègue pas qu'elle n'aurait pas eu communication de cet avis, qu'elle verse d'ailleurs aux débats, avec la décision en litige. Cet avis vise les dispositions du code de l'urbanisme dont il fait application et précise que le projet est localisé dans le périmètre de protection du site " vieux village ", inscrit en raison de sa valeur patrimoniale. Il indique que les travaux tendant à remplacer toutes les menuiseries à double vantail en bois par des nouvelles menuiseries en matière plastique, de facture industrielle au profil épais sans aucune partition, ne respectent pas les caractéristiques d'origine du bâtiment faisant partie intégrante du tissu bâti historique de Chamelet et sont de nature à altérer l'aspect de ce site inscrit. L'architecte des bâtiments de France préconise enfin de prévoir des menuiseries en bois, composées de deux vantaux dont chacun sera composé de deux ou trois carreaux égaux, légèrement plus hauts que larges, conformément aux fenêtres traditionnelles. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué est motivé par référence à l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France, lequel comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui le fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 341-1 code de l'environnement : " Il est établi dans chaque département une liste des monuments naturels et des sites dont la conservation ou la préservation présente, au point de vue artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, un intérêt général. / () / L'inscription entraîne, sur les terrains compris dans les limites fixées par l'arrêté, l'obligation pour les intéressés de ne pas procéder à des travaux autres que ceux d'exploitation courante en ce qui concerne les fonds ruraux et d'entretien en ce qui concerne les constructions sans avoir avisé, quatre mois d'avance, l'administration de leur intention. ". En vertu de l'article R. 341-9 du même code : " La déclaration préalable prévue au quatrième alinéa de l'article L. 341-1 est adressée au préfet de département, qui recueille l'avis de l'architecte des Bâtiments de France sur le projet. / () / Lorsque l'exécution des travaux est subordonnée à une déclaration ou une autorisation d'utilisation du sol en application des dispositions réglementaires du titre IV du livre IV du code de l'urbanisme, la déclaration ou la demande d'autorisation tient lieu de la déclaration préalable mentionnée au premier alinéa du présent article. ". Selon l'article R. 425-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans un site inscrit, la demande de permis ou la déclaration préalable tient lieu de la déclaration exigée par l'article L. 341-1 du code de l'environnement. Les travaux ne peuvent être entrepris avant l'expiration d'un délai de quatre mois à compter du dépôt de la demande ou de la déclaration. / La décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable intervient après consultation de l'architecte des Bâtiments de France. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le maire a seulement entendu s'approprier les termes de l'avis de l'architecte des bâtiments de France, sans s'estimer lié par cet avis. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les bâtiments situés dans l'environnement immédiat de la maison de la requérante comportent, pour l'essentiel, des fenêtres à doubles vantaux, chaque vantail étant composé de deux ou trois carreaux, avec des profils fins. Si certaines fenêtres ne se composent que d'un vantail sans partition, il ne s'agit toutefois que de fenêtres de petites dimensions, situées sous les pentes de toit. Dans ces conditions, et alors en outre que la requérante n'établit pas que les travaux consistent à remplacer les fenêtres de sa maison à l'identique, le maire n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en estimant que le projet de mise en place de fenêtres à profil épais et à un seul vantail à carreau unique ou à double vantaux sans partition, était de nature à porter atteinte à la protection ou à la mise en valeur du site " vieux village ", inscrit au titre de l'article L. 341-1 du code de l'environnement.

8. En dernier lieu, l'éventuelle rupture d'égalité de traitement entre les habitants du bourg est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, à supposer même que la requérante ait bien entendu soulever ce moyen, il ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées. Par conséquent, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Chamelet, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme B la somme 1 400 euros au titre des frais exposés par la commune de Chamelet et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera une somme de 1 400 euros à la commune de Chamelet en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Chamelet.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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