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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203929

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203929

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 22 mai, 17 juin et 9 juillet 2022 sous le n°2203929, M. C A, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de procéder à un réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que :

- la décision portant refus de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé en fait ;

- le préfet qui s'est dispensé de procéder à un examen particulier de sa situation, s'est senti lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII et a commis une erreur de droit ;

- le refus de titre de séjour a été édicté au mépris des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché sur ce point d'une erreur manifeste ;

- le refus de séjour méconnaît aussi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision a été prise également en violation des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'éloignement est illégale par voie d'exception ;

- elle méconnait en outre les stipulations de l'article 8 de la convention précitée ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la mesure d'éloignement ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne précitée.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 juillet 2022.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet du Rhône n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Habchi, magistrat désigné ;

- les observations de Me Simonin, substituant Me Petit, qui rappelle la situation de l'intéressé, également présent, en particulier au plan sanitaire, et le parcours d'asile de M. A. Me Simonin insiste également sur le défaut d'examen de la situation de l'intéressé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M A, né le 29 avril 1989 et de nationalité guinéenne, est entré en France le 25 mai 2017 après avoir séjourné en Italie muni d'un visa de court séjour " Schengen " délivré par les autorités consulaires italiennes à Conakry. Le 21 juin 2017, l'étranger a sollicité l'asile auprès des autorités préfectorales du Rhône, mais le 20 octobre 2017, M. A a fait l'objet d'une décision de remise dite " Dublin ", qu'il n'a pas exécutée. La légalité de cette décision de remise a été d'ailleurs confirmée par le tribunal administratif de Lyon en 2018. S'étant maintenu sur le territoire français, sa demande d'asile a ensuite été examinée par la France, mais le 24 septembre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) l'a rejetée, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 23 novembre 2020. Puis, le 30 juin 2021, M. A a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade, en se prévalant d'un état de santé psychique dégradé. Toutefois, après avoir saisi le collège de médecins de l'OFII, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, par un arrêté du 5 mai 2022, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, sur le fondement des dispositions des 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions en date du 5 mai 2022 prises par l'autorité administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 5 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé le séjour, a fait obligation de quitter le territoire français à M. A avec un délai de départ volontaire de 90 jours, et a fixé le pays de destination, vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions des 3° et 4° de l'article L. 611-1 et celles des articles L. 612-5 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national en mai 2017 et s'y maintient malgré les refus d'asile qui lui ont été opposés, alors qu'il est dénué d'attaches familiales anciennes et stables. Il mentionne aussi la demande de titre de séjour formée par M. A en qualité d'étranger malade, ainsi que le sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), tout en indiquant que l'intéressé n'avait pas apporté d'élément de nature à le contester. Dès lors, les décisions en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 613-1 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité administrative n'étant pas tenue de mentionner dans les décisions qu'elle édicte, l'ensemble des éléments caractérisant la situation, y compris sanitaire, de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, manquant en fait, sera donc écarté.

3. En deuxième lieu, il ne résulte pas davantage des termes de la décision de refus de séjour, ni de celle portant éloignement, ni des autres pièces du dossier, que l'autorité préfectorale aurait omis d'examiner de manière attentive et personnalisée l'ensemble de la situation du ressortissant guinéen, qui lui était soumise. Contrairement à ce qu'expose le requérant, le préfet a bien pris en compte les éléments relatifs à l'état de santé de l'intéressé et sa situation personnelle et familiale. Il ne résulte pas, non plus, des termes de la décision de refus de séjour que le préfet se serait senti lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII, dont il s'est seulement approprié le sens et la portée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, versées en défense par le préfet du Rhône que le collège de médecins de l'OFII a rendu son avis le 15 octobre 2021 sur la situation sanitaire de M. A, dont le préfet du Rhône s'est approprié le sens dans son arrêté en litige. Le collège de médecins a pu valablement délibérer sur sa situation, le rapport médical établi le 21 septembre 2021, et rédigé par un médecin ne siégeant pas au sein du collège délibératif composé de trois autres médecins, ayant été transmis au collège de médecins de l'OFII le 22 septembre suivant. Enfin, si M. A soutient que cet avis n'a pas été précédé d'une délibération et qu'il appartiendrait à l'administration de produire les extraits du système d'information " THEMIS " relatifs à l'examen de son dossier, cette argumentation, qui consiste en des allégations générales non assorties d'éléments tangibles, ne permet pas de remettre en cause l'existence même d'une délibération, qui peut prendre la forme d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'avis du collège de médecins de l'OFII qui manque en fait, et celui tiré de ce que le refus de séjour aurait été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière, doivent être tous les deux écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

6. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, le préfet du Rhône s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII, du 15 octobre 2021, selon lequel le défaut de prise en charge de l'état de santé du requérant n'entrainerait pas des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'un syndrome psychotique et dépressif, marqué par un état de stress post-traumatique important nécessitant un traitement médicamenteux et un suivi de type psychiatrique, actuellement mis en place dans deux structures de l'agglomération lyonnaise. C'est donc à tort que le collège de médecins de l'OFII a estimé que le défaut de traitement de M. A serait sans gravité exceptionnelle pour sa santé physique et mentale, et ce alors, au surplus, qu'il est démontré par les écrits médicaux versés par l'étranger, qu'il existe un risque sanitaire important chez l'intéressé. Toutefois, alors même que le défaut de traitement entrainerait des conséquences sur M. A d'une exceptionnelle gravité, contrairement à ce qu'a estimé sur le fond le collège de médecins de l'OFII, il n'est en revanche pas établi de manière probante que le traitement ne serait pas disponible pour M. A, en Guinée, son pays d'origine. En effet, en se bornant tout d'abord à produire plusieurs certificats émanant de médecins psychiatres, datés des 22 novembre 2017, 19 mai 2021 et 10 septembre 2021 indiquant, sans autre précision, la nécessité " d'une continuité des soins en France ", l'étranger ne justifie pas de manière probante de la non- disponibilité du traitement dont il s'agit. D'ailleurs, il ressort au contraire des éléments versés aux débats, que la Guinée possède des structures de prise en charge et de suivi dans le champ de la psychiatrie et de la santé mentale. Ensuite, si ces structures peuvent apparaître, il est vrai, insuffisantes au regard des besoins de la population guinéenne, elles ne caractérisent pas pour autant une absence totale, ou une indisponibilité chronique des capacités de suivi psychiatrique. En outre, rien ne s'oppose, s'agissant aussi du stress post-traumatique allégué devant le tribunal, à ce que M. A s'installe dans une région différente de celle où il a vécu son existence et allègue avoir subi les mauvais traitements à l'origine de son trouble, avant son départ pour la France. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet du Rhône ait méconnu les dispositions citées au point précédent, ni qu'il aurait entaché sur ce point sa décision d'une erreur manifeste.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A âgé de 33 ans, est entré en France en mai 2017 et y réside depuis près de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué. L'intéressé, qui demeure sans emploi ni perspective d'activité professionnelle stable, ne justifie d'aucun lien intense en France alors qu'il a conservé l'essentiel de ses attaches familiales en Guinée, où résident sa mère et ses deux enfants. Ainsi qu'il a été dit au point 6, les pièces médicales produites au dossier ne suffisent, malgré l'existence d'un stress post-traumatique, pas à considérer que M. A serait dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié, ni d'ailleurs de poursuivre sa vie privée et familiale, dès lors qu'il lui est loisible de s'implanter dans une région de Guinée différente de celle où il a vécu l'essentiel de son existence et allègue avoir subi les persécutions à l'origine de sa pathologie. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de séjour aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 7 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En sixième lieu, M. A invoque la méconnaissance, par le préfet du Rhône, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du ressortissant guinée relèverait de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels d'admission au séjour. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code précité et n'a pas davantage entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité n'est pas fondé.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 9, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 11 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité n'est pas fondé.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. A expose qu'il pourrait encourir des risques de mauvais traitements en cas de retour en Guinée, mais le ressortissant guinéen n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de son allégation, et ce alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par l'OFPRA, puis par la CNDA, qui n'ont pas tenu les risques invoqués par l'intéressé comme établis. Ainsi, M. A, qui ne fournit devant le tribunal aucun élément nouveau établissant le caractère réel, sérieux et actuel des menaces invoquées en cas de retour en Guinée, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête n°2203929 de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2022.

Le magistrat désigné,

H. B

La greffière en chef,

B. FAUTRIER-VRAY

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2203929

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