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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203933

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203933

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203933
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDEME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Deme, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 28 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative à la circulation et au séjour des personnes entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Bénin, signée à Cotonou le 21 décembre 1992, et l'accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Bénin (cinq annexes), signé à Cotonou le 28 novembre 2007 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Drouet, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / () ". Pour l'application des stipulations de la convention franco-béninoise dont l'objet et la portée sont équivalentes à celles des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et leur caractère cohérent.

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France le 26 septembre 2018 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour pour poursuivre des études supérieures et a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " pour la période du 26 septembre 2019 au 25 septembre 2021. Elle a validé ses deux premières années d'études supérieures en Bachelor à l'école de commerce ESG de Montpellier au titre des années 2018-2019 et 2019-2020, avant d'interrompre ses études durant l'année universitaire 2020-2021. Pour justifier l'interruption provisoire dans ses études, la requérante fait valoir ses problèmes de santé consécutifs au décès de deux de ses proches, sans toutefois en justifier par les éléments versés au dossier. Elle s'est ensuite réorientée et inscrite au titre de l'année scolaire 2021-2022 en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Accompagnement éducatif jeune enfant " en alternance. Si Mme A soutient que cette réorientation est motivée par un intérêt pour le milieu de la petite enfance, elle ne peut raisonnablement être regardée comme ayant progressé dans des études suivies avec sérieux, dès lors que le CAP constitue un cycle d'études de niveau inférieur à celui suivi antérieurement. Elle ne justifie pas de la cohérence de son inscription dans cette nouvelle filière avec son cursus antérieur en école de commerce. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet du Rhône aurait fait une inexacte application des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-béninoise du 21 décembre 1992. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la réalité, du sérieux et de la progression des études de la requérante.

3. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 et 2 que la requérante n'est pas fondée à exciper, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour.

4. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 3 que la requérante n'est pas fondée à exciper, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, de l'illégalité du refus de renouvellement de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 28 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête à fin d'injonction sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n° 2203933 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le président rapporteur,

H. DrouetL'assesseure la plus ancienne,

G. Maubon

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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