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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203945

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203945

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mai 2022 et 13 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Cadoux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision de refus titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle n'a pas présenté de demande de titre de séjour ;

- à supposer que le préfet du Rhône ait entendu statuer sur la demande de titre de séjour qu'elle avait présentée le 7 octobre 2020, et qui avait donné lieu à une décision favorable, elle doit alors s'analyser comme une décision de retrait d'une décision individuelle créatrice de droits, illégale car intervenue sans procédure contradictoire, au-delà d'un délai de quatre mois et alors que la décision au retrait de laquelle elle procède n'était pas illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 juillet 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 18 juillet 2022, a été reportée au 25 juillet 2022.

La caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme A a été constatée par une décision du 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gros, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise née le 11 novembre 1995, est entrée régulièrement en France le 23 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Elle s'est, ensuite, vue remettre un titre de séjour revêtu de la même mention le 1er novembre 2019, dont elle a demandé le renouvellement le 7 octobre 2020. Par une décision du 26 octobre 2020, le préfet du Rhône a fait droit à sa demande, sans toutefois que le titre de séjour afférent, valable du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021, ne soit remis à l'intéressée. Par un arrêté du 25 avril 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme A par une décision du 26 août 2020. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de l'intéressée tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué du 25 avril 2022 est signé par Mme E D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône du 29 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 4 avril suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité la remise du titre de séjour qui lui avait été accordé pour la période du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021 par un courrier du 19 novembre 2021, postérieur à l'expiration de celui-ci. Si elle fait état, dans ce courrier, de démarches entreprises en ce sens dès le mois d'août 2021, elle n'en justifie pas. A la demande des services préfectoraux, formulée en réponse au courrier du 19 novembre 2021, le 9 décembre 2021, Mme A a transmis un certificat d'inscription en première année de doctorat pour l'année 2021-2022. Dans ces conditions, le préfet du Rhône pouvait s'estimer saisi d'une nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étudiante au titre de l'année universitaire 2021-2022. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise l'autorité administrative en se prononçant spontanément sur le droit au séjour de Mme A, en l'absence de toute demande présentée par l'intéressée, doit être écarté. Doivent être également écartés les moyens tirés de ce que l'autorité administrative aurait, par la décision attaquée, illégalement procédé au retrait de la décision favorable intervenue sur la précédente demande de titre de séjour introduite par la requérante le 7 octobre 2020.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 visée ci-dessus : " Les nationaux de chacun des États contractants désireux de se rendre sur le territoire de l'autre État en vue d'effectuer des études doivent, pour être admis sur le territoire de cet État, être en possession, outre d'un visa de long séjour et des documents prévus à l'article 1er de la présente Convention, de justificatifs des moyens de subsistance et d'hébergement, et d'une attestation de préinscription ou d'inscription délivrée par l'établissement d'enseignement qu'ils doivent fréquenter. La signature des attestations délivrées par les établissements privés doit être légalisée par les Autorités compétentes du pays d'accueil. ".

6. Mme A, qui ne conteste pas ne pas remplir les conditions prévues par les stipulations précitées de l'article 7 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994, soutient que le préfet du Rhône aurait néanmoins dû faire usage de son pouvoir de régularisation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante a transmis aux services préfectoraux un certificat de scolarité frauduleux pour l'année universitaire 2021-2022. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision obligeant Mme A à quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

8. En premier lieu, Mme A s'est vue refuser la délivrance d'un titre de séjour par une décision du 25 avril 2022. Elle entrait, ainsi, dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

10. En troisième lieu, si Mme A produit plusieurs articles relatifs au traitement des personnes albinos au Cameroun, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée serait empêchée, du fait de cette condition, de mener à bien son projet de s'inscrire en première année de doctorat dans ce pays. Dès lors, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une telle décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, les décisions refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français n'ayant pas été annulées, l'intéressée n'est pas fondée à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de destination.

12. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. En se bornant à produire des articles à caractère général sur le traitement des personnes albinos au Cameroun, Mme A n'établit pas qu'elle serait personnellement exposée à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit, par suite, être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie des frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 août 2022.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. CLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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