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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2203961

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2203961

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2203961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2022, Mme H G, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 mai 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine ou de n'importe quel pays vers lequel elle apporterait la preuve de son admissibilité et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour, celle-ci est insuffisamment motivée ; en ne tenant pas compte de sa durée de présence de 6 ans en France et de la scolarisation de ses enfants, la préfète de l'Ain a commis une erreur de droit révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ; en n'examinant pas la situation de l'intéressée au regard de ses qualification, expérience et diplômes, la préfète de l'Ain a commis une erreur de droit révélant un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ; la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît les orientations de la circulaire de 28 novembre 2012 ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français, elle est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, elle n'est pas suffisamment motivée révélant un défaut d'examen particulier ; cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination, elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et refus de départ volontaire ;

- en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 27 juin 2022 par ordonnance du 25 mai 2022.

L'instruction a été rouverte par ordonnance du 27 juin 2022 et clôturée au 15 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H G, née le 6 septembre 1974, ressortissante de nationalité kosovienne, est entrée sur le territoire français le 7 janvier 2016, accompagnée de son époux M. I G, et de leurs deux enfants, M. D et B G, pour y déposer une demande d'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 16 septembre 2016. Le 17 octobre 2016, le préfet du Rhône a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination. Le 28 octobre 2016, l'intéressée a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande a également été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile, le 3 mars 2017. Le 8 mars 2022, l'intéressée a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 11 mai 2022 dont la requérante demande l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de lui accorder un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5 ".

4. Aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ; 2° Les décisions relatives au délai de départ volontaire prévues aux articles L. 251-3 et L. 612-1 du même code ; 3° Les interdictions de retour sur le territoire français prévues aux articles L. 612-6 à L. 612-8 du même code et les interdictions de circulation sur le territoire français prévues à l'article L. 241-4 dudit code ; 4° Les décisions fixant le pays de renvoi prévues à l'article L. 721-4 du même code ;() ". Aux termes du II de l'article R.776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". Enfin, aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation ".

5. Il résulte de ces dispositions que la notification d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de 48 heures, y compris à l'encontre des décisions connexes notifiées simultanément. Par conséquent, pour être recevables, les requêtes doivent être présentées au greffe du tribunal, pour y être enregistrées, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'arrêté comportant ces décisions. Ce délai de quarante-huit heures, qui n'est pas un délai franc, se décompte d'heure à heure et ne saurait recevoir aucune prorogation.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 6 octobre 2021 a notamment été pris sur le fondement du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été assortie d'un délai de départ volontaire. Par ailleurs, il ressort des pièces jointes par la préfète, notamment de la décision notifiant ledit arrêté, qu'elle comportait la mention des voies et délais de recours, et que les décisions litigieuses ont été notifiées le 23 mai 2022 à 11h05. Ainsi, Mme G disposait d'un délai de 48 heures pour présenter sa requête au greffe du tribunal de céans. Par suite, sa requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2022, qui n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif que le 25 mai 2022 à 14h37, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures prévu par les articles L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R.776-2 du code de justice administrative est tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas recevable à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2022. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H G et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président-rapporteur,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

C. Tocut

Le président,

M. E

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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