mardi 23 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204027 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | TASSEV |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 mai et 11 juin 2022, sous le n° 2204027, M. B D, représenté par Me Tassev, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ou, à défaut, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
3°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- à titre principal, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte atteinte à son droit au recours effectif tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il appartenait au préfet du Rhône d'attendre que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué avant de prendre la décision en litige ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru tenu d'édicter une mesure d'éloignement ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur les conclusions à fin de suspension :
- il a présenté des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire national.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II. Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 mai et 11 juin 2022, sous le n° 2204034, Mme E C, représentée par Me Tassev, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision d'aide juridictionnelle ou, à défaut, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
3°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet du Rhône :
- à titre principal, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient reprendre les mêmes faits et moyens que ceux développés par M. D.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2204027 et n° 2204034 présentées pour M. D et Mme C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. D et Mme C, respectivement nés les 18 juin 1989 et 10 février 1998, de nationalité kosovare, déclarent être entrés en France le 15 décembre 2021. Le 8 février 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée a rejeté leurs demandes d'asile. Par deux arrêtés du 9 mai 2022, dont M. D et Mme C demandent au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office.
Sur leurs demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dans sa version issue de la loi n° 2020-1721 du 29 décembre 2020 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D et Mme C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :
4. Si les requérants entendent soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent leur droit au recours effectif en ce qu'elles les empêchent de demeurer en France dans l'attente de l'arrêt de la Cour nationale du droit d'asile, il résulte des dispositions combinées des articles L. 542-2, R. 531-7 et, R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que si un ressortissant étranger issu d'un pays d'origine sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'OFPRA devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), juridiction devant laquelle il peut faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne de son choix, il ne dispose plus ,à la date de la décision ainsi prise par l'OFPRA, du droit de se maintenir sur le territoire français. En revanche, il a la faculté de saisir le juge administratif d'une demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la CNDA ait statué sur son recours en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, alors que les requérants ont pu faire usage de l'ensemble de ces garanties, leur droit au recours effectif, tel qu'assuré par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que M. D et Mme C puissent se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de leur recours devant la CNDA. Ce moyen pourra donc être écarté.
5. Il ne ressort ni de la lecture des décisions attaquées ni des pièces de ces dossiers que le préfet du Rhône se serait cru tenu de prononcer à leur encontre une obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit pourra ainsi être écarté.
S'agissant des décisions fixant le pays de destination :
6. En l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de destination doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. " et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
8. Si M. D et Mme C soutiennent qu'ils seraient exposés à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Kosovo, notamment en raison des différends qui opposent le requérant à la famille de son ex-concubine et à celle de Mme C qui soutient en outre qu'il a fait l'objet d'un enlèvement et d'une séquestration en 2007, ils n'apportent aucun élément au soutien de leurs allégations, qui n'ont au demeurant pas convaincu l'OFPRA. Ainsi, dès lors que les intéressés n'établissent ni la réalité ni l'actualité des risques qu'ils encourraient personnellement en cas de retour dans leur pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.
Sur les conclusions à fin de suspension :
9. Aux termes des dispositions combinées de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à l'espèce : " l'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ", et celles de l'article L. 752-11 de ce code : " le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
10. Si M. D et Mme C font état de leurs craintes en cas de retour dans leur pays d'origine, ils se bornent à réitérer le récit fait lors de leurs demandes d'asile, lesquelles ont été rejetées par l'OFPRA et n'apportent aucun élément nouveau permettant d'établir le caractère réel et circonstancié des risques qu'ils encourraient personnellement en cas de retour au Kosovo. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D et Mme C présentent au tribunal des éléments sérieux de nature à justifier qu'ils demeurent sur le territoire national jusqu'à l'examen de leurs recours devant la Cour nationale du droit d'asile.
11. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. D et Mme C doivent être rejetées en ce comprises leurs conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, de suspension et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il y a lieu d'admettre M. D et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2204027 et n° 2204034 est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme E C et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.
La magistrate désignée,
A. A
La greffière,
A. Calmès
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier, - 2204034
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026