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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204038

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204038

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022, M. A C, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire " ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète de la Loire a omis de statuer sur sa demande d'autorisation de travail avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ;

- la préfète de la Loire a commis une erreur de droit en n'examinant pas si sa qualification, son expérience et ses diplômes pouvaient constituer un motif d'admission exceptionnelle au séjour au titre d'une activité salariée ;

- la préfète de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas à la régularisation de sa situation ;

- la préfète de la Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'un refus de titre de séjour sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 juin 2022, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 30 juin 2022, a été reportée au 18 juillet 2022.

Par courrier du 21 juillet 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, d'une part, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'inapplicabilité à un ressortissant algérien de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale entre les dispositions de l'article précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le pouvoir général de régularisation dont dispose l'autorité préfectorale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gros, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 25 septembre 2000, est entré régulièrement en France le 11 janvier 2018, alors qu'il était âgé de 17 ans. Le 19 octobre 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien. Par un arrêté du 29 avril 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué est signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui a reçu délégation à cet effet en vertu d'un arrêté de la préfète de la Loire du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () "". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France à l'âge de 17 ans le 11 janvier 2018, après avoir vécu l'essentiel de son existence en Algérie. S'il se prévaut de la présence régulière sur le territoire national de ses grands-parents, sous l'autorité desquels il a été placé jusqu'à sa majorité par acte de kefala du 29 avril 2019, ainsi que de son frère et de sa sœur, qui y sont tous installés de longue date, il ne conteste pas conserver des attaches familiales dans son pays d'origine, où réside notamment sa mère. Rien ne permet, en outre, de considérer que le requérant, qui a obtenu son CAP Maintenance des matériels option C matériels d'espaces verts en juin 2021 et était inscrit en alternance à la date de la décision attaquée en première année de CAP Maintenance des véhicules, ne pourrait poursuivre cette formation dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en dépit de ses efforts d'intégration, M. C n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les stipulations précitées.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; / () e) Les ressortissants algériens autorisés à exercer à titre temporaire, en application de la législation française, une activité salariée chez un employeur déterminé, reçoivent un certificat de résidence portant la mention " travailleur temporaire ", faisant référence à l'autorisation provisoire de travail dont ils bénéficient et de même durée de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / L'autorisation de travail est accordée de droit à l'étranger autorisé à séjourner en France pour la conclusion d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation à durée déterminée. () ". Aux termes de l'article R. 5222-1 du même code : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; / () II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () ".

6. Si M. C, qui a, notamment, sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", a produit au cours de l'instruction de sa demande le contrat d'apprentissage conclu le 1er septembre 2021 avec la société Small Cars, il ne ressort pas des pièces du dossier que son employeur aurait transmis à la préfète de la Loire une demande d'autorisation de travail pour un salarié étranger. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à reprocher à la préfète de la Loire de ne pas avoir statué sur sa demande d'autorisation de travail.

7. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Il ressort des termes de la décision litigieuse que la préfète de la Loire a examiné si l'admission au séjour de M. C répondait à des considérations humanitaires ou se justifiait au regard de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'autorité administrative ne pouvait légalement se fonder sur ces dispositions pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour du requérant, de nationalité algérienne.

9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur un autre fondement que le texte dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assorti le fondement sur lequel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point, ainsi qu'il a été fait en l'espèce.

10. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans le pouvoir général de régularisation de l'autorité préfectorale qui peut être substitué aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver l'intéressé des garanties de procédure qui lui sont offertes par la loi et que le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. La décision attaquée mentionne la formation " Maintenance des matériels option C matériels d'espaces verts " suivie par M. C ainsi que le contrat d'apprentissage conclu avec la société Small Cars le 1er septembre 2021 pour un poste d'apprenti mécanicien. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire n'aurait pas pris en compte sa qualification, son expérience et ses diplômes dans le cadre de l'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour

12. M. C soutient, par ailleurs, que la préfète de la Loire aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation, en se prévalant de ses attaches familiales en France, telles que rappelées au point 4, et de la formation en alternance de mécanicien dans laquelle il était engagé à la date de la décision attaquée. Toutefois, ainsi qu'il a été dit plus haut, le requérant a vécu l'essentiel de son existence en Algérie, où il conserve des attaches familiales. Il ne ressort, en outre, pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait achever de se former à la profession de mécanicien dans ce pays. Dans ces conditions, en n'admettant pas l'intéressé au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation, la préfète de la Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

13. Compte-tenu de ce qui précède, M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposé serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision obligeant M. C à quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

15. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à l'obligation de quitter le territoire français, être écarté pour les mêmes motifs que précédemment s'agissant du refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie des frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. BLa greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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