Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204039

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant kosovar, qui contestait le refus du préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour. Le tribunal a jugé que la décision attaquée était suffisamment motivée et que la procédure de consultation du collège de médecins de l'OFII avait été régulièrement suivie. Il a également estimé que le refus ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, M. A B, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats associés, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 août 2022 qui s'est substituée à la décision implicite antérieure, par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'une année portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas répondu dans le délai d'un mois qui lui était imparti à sa demande de communication des motifs de la décision implicite en litige de rejet de sa demande de titre de séjour ;

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 22 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant du Kosovo né en 1964, M. B a saisi le 19 août 2021 le préfet du Rhône d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Par une décision explicite du 17 août 2022 qui s'est substituée à la décision implicite antérieure, le préfet du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision du 17 août 2022.

2. En premier lieu, la décision attaquée du 17 août 2022 vise les dispositions et stipulations dont elle fait application et relève les éléments biographiques de M. B pertinents pour cette application. Dans ces conditions, et en l'absence de tout grief spécifique dirigé contre la motivation de la décision explicite en litige, le moyen afférent doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue le requérant, la décision en litige a été prise conformément à l'avis d'un collège de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) émis le 7 septembre 2021 au vu des conclusions d'un rapport établi le 23 juillet précédent par un médecin n'ayant lui-même pas siégé au sein de ce collège. Dans ces conditions, le moyen tiré en ses diverses branches de l'irrégularité de la procédure suivie au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont se prévaut le requérant doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / (.) ".

5. Pour soutenir que les dispositions législatives et les stipulations citées au point 4 ont été méconnues, M. B se prévaut de sa résidence en France depuis l'année 2016 et du dépôt de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade dès le 22 mai 2017. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, dont la demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile le 15 décembre 2016, n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet le 2 février 2017. Si M. B se prévaut, sans autre précision, de sa qualité d'étranger malade, il ne fait valoir aucun justificatif à ce titre et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, dont les enfants et l'épouse résident au Kosovo, dispose de liens stables et intenses sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction les assortissant et celles présentées au titre des frais du litige.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Drouet, président,

- M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

Le rapporteur,

F.-X. Richard-RendoletLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,