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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204063

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204063

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mai 2022, M. D B, représenté par la SCP Couderc Zouine, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2022 par lequel la préfète de l'Ain a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, à charge pour lui de renoncer à la part contributive de l'Etat au paiement de l'aide juridictionnelle, ou au requérant si cette aide ne lui est pas accordée.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signée par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter utilement ses observations et qu'il n'a pas été assisté par un conseil et ce droit ne lui a pas été notifié ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation compte tenu de la mention d'une base légale erronée ;

- il méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistrés le 27 juillet 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés et fait valoir que si la base juridique cité est erronée, la décision trouve son fondement dans les dispositions des articles

L. 721-3 et L. 721-4 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteur publique,

- les observations de Me Zouine, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant marocain né le 12 octobre 1999, est entré le 3 décembre 2014, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial. Il a obtenu un titre de séjour valable du 5 juillet 2016 au 4 juillet 2017. Par un arrêté du 19 avril 2022, la préfète de l'Ain a prononcé son expulsion. Par un arrêté du 19 avril 2022, la préfète de l'Ain a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (°), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté fixant le pays de destination a été signé par Mme C A, directrice de la citoyenneté et de l'intégration, en vertu d'un arrêté de délégation de signature du 31 janvier 2022 lui permettant de le faire, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 1er février 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui ont constituées le fondement. Si M. B soutient que la décision est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle vise, à tort, les dispositions des articles L. 641-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette erreur est sans incidence sur la motivation en la forme de cette décision qui rappelle qu'il appartient au préfet de mettre à exécution l'arrêté d'expulsion, pris à l'encontre de M. B, en fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu, le 1er avril 2022, par les services de police, à propos de l'arrêté d'expulsion pris à son encontre,

le 17 décembre 2021, et qu'il a pu, à cette occasion, présenter ses observations. Il ressort du procès-verbal du 1er avril 2021, que M. B a notamment fait valoir qu'il n'avait plus aucun lien au Maroc, qu'il avait été avisé de l'arrêté d'expulsion pris à son encontre, qu'il disposait de liens familiaux sur le territoire français et qu'il n'avait pas l'intention de partir. Il a également présenté, lors de son audition, des documents attestant de sa réinsertion et notamment une promesse d'embauche. Son état de vulnérabilité a été apprécié. En outre, M. B a été interrogé sur le fait de savoir si sa vie était en danger au Maroc. Par ailleurs, la décision attaquée a été édictée, dix-huit jours après l'audition de l'intéressé. M. B disposait ainsi d'un délai suffisant pour présenter, le cas échéant, de nouvelles observations. Enfin,l'intéressé n'établit pas avoir demandé à être représenté par un avocat à cette occasion et s'être heurté à un refus, alors qu'aucune disposition législatives ou règlementaires, ni aucun principe général du droit, n'imposait à l'autorité administrative d'informer préalablement l'intéressé de la possibilité de se faire assister d'un avocat. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure pour méconnaissance du principe du contradictoire aux motifs, d'une part, qu'il n'aurait pas disposé d'un délai suffisant pour présenter utilement ses observations et, d'autre part, qu'il n'aurait pas été assisté par un conseil puisque ce droit ne lui aurait pas été notifié, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une décision d'expulsion () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :

1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. La préfète de l'Ain a pris la décision fixant le pays de destination pour mettre à exécution l'arrêté ordonnant l'expulsion de M. B en se fondant, comme il a été dit

ci-dessus, sur les dispositions des articles L. 641-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Comme l'expose le requérant, la décision litigieuse, prise en exécution d'une mesure d'expulsion prise par l'autorité administrative, ne pouvait être prise sur le fondement de ces dispositions des articles L. 641-1 et suivants du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont relatives aux interdictions du territoire français.

10. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

11. En l'espèce, la préfète de l'Ain demande, dans son mémoire en défense, une substitution de base légale et précise que l'arrêté est pris en application des dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que l'intéressé entre dans le champ d'application des dispositions de ces articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, la décision attaquée, prise pour l'exécution de l'arrêté d'expulsion du

17 décembre 2021, trouve son fondement légal dans ces dispositions des articles L. 721-3 et

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du des articles L. 641-1 et suivants de ce code dès lors, en premier lieu, que la préfète de l'Ain se trouvait dans la situation où, en application de ces articles L. 721-3 et

L. 721-4, elle pouvait décider, pour exécuter la mesure d'expulsion, de renvoyer M. B à destination de son pays d'origine ou de n'importe quel pays vers lequel il apporterait la preuve de son admissibilité, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale sollicitée par l'autorité administrative.

12. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, () ; / () 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. () ". Contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète de l'Ain pouvait légalement, sans commettre d'erreur de droit, décider, en application des dispositions précitées de l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'intéressé pouvait ainsi être éloigné à destination d'un pays vers lequel il apporterait la preuve de son admissibilité, alors qu'il appartient, à l'intéressé d'établir qu'il est légalement admissible, dans un autre pays que celui dont il la nationalité, s'il demande à être renvoyé, le cas échéant, vers un autre pays que le Maroc.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,Le président,

N. BardadJ. Segado

La greffière,

E. Seytre

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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