mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204072 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI ACCATONE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mai 2022, la société Eole Power, représentée par Me Mouldaïa, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 729 109 euros résultant des mises en demeure n° 20211100167, n° 20211100168 et n° 20211100166 du 15 novembre 2021 ;
2°) de lui accorder le bénéfice des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas reçu l'avis de mise en recouvrement n° 20211005000 du 29 octobre 2021 qui lui a été adressé par voie électronique ;
- le service n'a pas sollicité son consentement pour lui notifier un avis de mise en recouvrement par voie électronique en méconnaissance des dispositions de l'article L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'adresse électronique utilisée par le service, qui ne correspond pas à celle qui lui a été communiquée, est erronée ;
- le mandat qu'elle a donné à son avocat étant opposable à l'administration, ce dernier devait être destinataire de l'avis de mise en recouvrement ;
- elle n'a pu bénéficier d'une garantie de ses droits en l'absence de communication de l'avis mis en recouvrement ;
- les mises en demeure du 15 novembre 2021 sont irrégulières dès lors qu'elles lui ont été notifiées le 4 décembre 2021, avant la date à laquelle elle a eu connaissance de l'avis de mise en recouvrement du 29 octobre 2021, soit le 28 mars 2022, lors de la réception de la décision de rejet de son opposition à poursuite.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes et département du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête dirigée contre l'avis de mise en recouvrement du 29 octobre 2021 est irrrecevable en l'absence de réclamation préalable ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 17 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;
- les observations de Me Mouldaïa, avocat de la société Eole Power.
Considérant ce qui suit :
1. Le pôle de recouvrement spécialisé du Rhône a notifié à la SARL Eole Power, le 4 novembre 2021, par lettre recommandée électronique avec accusé de réception, par l'intermédiaire du système AR 24, un avis de mise en recouvrement daté du 29 octobre 2021, correspondant à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des amendes pour un montant total de 536 688 euros. Le service a notifié à la société requérante, trois mises en demeure de payer, le 15 novembre 2021, dont elle a accusé réception, le 4 décembre 2021, soit une mise en demeure n° 20211100167 d'un montant de 43 207 euros, une mise en demeure n° 20211100168 d'un montant de 211 411 euros et une mise en demeure n° 20211100166 d'un montant de 474 491 euros. Par un courrier du 10 janvier 2022, la société Eole Power a formé opposition à poursuites à l'encontre de ces mises en demeure au motif qu'elle n'aurait pas été destinataire de l'avis de mise en recouvrement n° 20211005000 du 29 octobre 2021 précité. Par une décision du 24 mars 2022, l'administration a rejeté cette opposition à poursuites. La société Eole Power demande la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 729 109 euros résultant des mises en demeure du 15 novembre 2021 n° 20211100167 pour un montant total de 43 207 euros, n° 20211100168 pour un montant total de 211 411 euros et n° 20211100166 pour un montant total de 474 491 euros.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :
2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 256-6 du livre des procédures fiscales : " La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects compétent, de l'"ampliation" prévue à l'article R. 256-3. () / La notification de l'avis de mise en recouvrement peut également être effectuée par le ministère d'un huissier. Elle est alors soumise aux règles de signification des actes d'huissier. ". Aux termes de l'article R. 256-7 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement est réputé avoir été notifié : a) Dans le cas où l'" ampliation " a été effectivement remise par les services postaux au redevable ou à son fondé de pouvoir, le jour même de cette remise ; / b) Lorsque la lettre recommandée n'a pu être distribuée du fait du redevable, le jour où en a été faite la première présentation. ". Les modalités de notification des avis de mise en recouvrement ainsi prévues constituent une garantie pour le contribuable.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 100 du code des postes et des télécommunications : " I. - L'envoi recommandé électronique est équivalent à l'envoi par lettre recommandée, dès lors qu'il satisfait aux exigences de l'article 44 du règlement (UE) n° 910/2014 du Parlement européen et du Conseil du 23 juillet 2014 sur l'identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques au sein du marché intérieur et abrogeant la directive 1999/93/CE. / Dans le cas où le destinataire n'est pas un professionnel, celui-ci doit avoir exprimé à l'expéditeur son consentement à recevoir des envois recommandés électroniques. (). ". Aux termes de l'article R. 53-2 du même code : " Le prestataire de lettre recommandée électronique délivre à l'expéditeur une preuve du dépôt électronique de l'envoi. Le prestataire doit conserver cette preuve de dépôt pour une durée qui ne peut être inférieure à un an. (). ". Aux termes de l'article R. 53-3 de ce code : " I.-Le prestataire de lettre recommandée électronique informe le destinataire, par voie électronique, qu'une lettre recommandée électronique lui est destinée et qu'il a la possibilité, pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de l'envoi de cette information, d'accepter ou non sa réception. () / III.-En cas de refus de réception ou de non-réclamation par le destinataire, le prestataire met à disposition de l'expéditeur, au plus tard le lendemain de l'expiration du délai prévu au I, une preuve de ce refus ou de cette non-réclamation. Cette preuve précise la date et l'heure du refus telles qu'indiquées par un horodatage électronique qualifié, et fait mention des informations prévues aux 1° à 5° de l'article R. 53-2. (). ".
4. Il résulte de l'instruction que le pôle de recouvrement spécialisé du Rhône a notifié à la SARL Eole Power, le 4 novembre 2021, par lettre recommandée électronique avec accusé de réception, par l'intermédiaire du système AR 24, à l'adresse suivante : eole.power@gmail.com, un avis de mise en recouvrement daté du 29 octobre 2021, correspondant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des amendes pour un montant total de 536 688 euros. L'intéressée disposait d'un délai de quinze jours pour accuser réception de cette lettre recommandée électronique, à partir de la date d'envoi et de première présentation, à savoir le 4 novembre 2021. Toutefois, la société Eole Power n'ayant pas procédé au retrait de la lettre recommandée en cause, le système AR 24 a généré une preuve de non réclamation d'une lettre recommandée électronique avec accusé de réception, le 20 novembre 2021, à l'expiration du délai de quinze jours précité.
5. En l'espèce, la notification de l'avis de mise en recouvrement du 29 octobre 2021, par lettre recommandée électronique avec avis de réception présente des garanties équivalentes à celles résultant d'une notification par lettre recommandée avec acccusé de réception, sous forme papier. Compte tenu des justificatifs produits en défense, par l'administration fiscale, cette notification a été régulièrement effectuée alors que la société Eole Power s'est abstenue de procéder au retrait de cette lettre électronique dans le délai qui lui était imparti. Si la société requérante fait valoir que le service n'a pas sollicité son consentement pour lui notifier un avis de mise en recouvrement par voie électronique, les dispositions de l'article L. 100 du code des télécommunications n'imposent pas de recueillir le consentement des destinataires dès lors qu'ils ont la qualité de professionnel. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'adresse à laquelle la lettre recommandée électronique du 4 novembre 2021 a été envoyée correspond à celle qui a été communiquée, par la société Eole Power, au service. Cette adresse a été également utilisée lors des opérations de contrôle par la société Eole Power elle-même. Enfin, il résulte de l'instruction que les mandats du 2 décembre 2019, données au profit de la Selarl Cabinet F. Naïm et de Maîtres Naïm, Leroux et Darres ont été émis respectivement par la société Technik Wind et la société Maintenance Eoletech, qui ont été absorbées par la société Eole Power, avant l'émission de l'avis de mise en recouvrement du 29 octobre 2021. La société requérante ne justifie ainsi pas de l'existence d'un mandat donné en son nom au profit de son conseil et donc d'une élection de domicile au sein du cabinet de cet avocat. Dans ces conditions, la société requérante ne saurait se prévaloir des mandats précités pour soutenir que son conseil devait être destinataire de l'avis de mise en recouvrement en litige à peine d'irrégularité.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Eole Power, qui n'a été privée d'aucune garantie, n'est pas fondée à soutenir que l'avis de mise en recouvrement du 29 octobre 2021 lui a été notifié selon une procédure d'imposition irrégulière, ni, par voie de conséquence, à contester les mises en demeure qui lui ont été notifiées, le 15 novembre 2021. Par suite, ses conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant au bénéfice d'un sursis de paiement en application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales :
7. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Par suite, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement des impositions contestées doivent, en tout état de cause, être rejetées.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par directeur régional des finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes et département du Rhône, que la requête de la société Eole Power doit être rejetée y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Eole Power est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Eole Power et au directeur régional des Finances publiques Auvergne-Rhône-Alpes et département du Rhône.
Délibéré après l'audience le 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
N. BardadLe président,
J. Segado
La greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026