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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204075

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204075

mardi 23 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale jusqu'au terme de la procédure d'asile engagée devant la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre les effets de l'exécution de l'arrêté en litige jusqu'à l'issue de la procédure actuellement en cours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur d'appréciation des faits ;

- au regard de " sa pathologie ", la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10juin 2022.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Mme C, assistée d'un interprète en langue serbe qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et qui précise qu'elle a fui son époux qui la maltraitait et que ses trois enfants âgés de 16, 20 et 23 ans sont demeurés en Serbie.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née le 13 juillet 1983, de nationalité serbe, déclare être entrée en France le 1er septembre 2021, munie de son passeport biométrique délivré par les autorités serbes. Le 7 février 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile placée en procédure accélérée. Par un arrêté du 4 mai 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme C ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, il n'y a plus de statuer sur ses conclusions tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de la requérante dès lors qu'il y fait état des éléments déterminants de la situation de l'intéressée et notamment de ce qu'elle réside en France depuis seulement huit mois, se déclare séparée de son époux et de ce que sa fille mineure est demeurée en Serbie. S'il est loisible à Mme C de contester l'appréciation portée par l'autorité préfectorale qui n'était pas tenue de mentionner dans sa décision l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué. Il résulte de ces éléments que les moyens tirés de l'absence d'examen complet de la situation de Mme C ensemble celui tiré de l'erreur d'appréciation des faits pourront être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

5. Mme C se prévaut de son état de santé pour soutenir qu'elle ne peut être éloignée et verse au débat le certificat médical confidentiel établi le 25 octobre 2021 par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) faisant état de la nécessité d'un accompagnement en raison de l'altération de ses capacités de compréhension et d'expression. Toutefois, par cette seule pièce, la requérante ne démontre ni même n'allègue qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Serbie et que son état de santé ne lui permettrait pas de voyager sans risque. Le moyen ainsi articulé sera donc écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

7. Si la requérante se prévaut de la présence sur le territoire national, de ses parents, de son frère et de ses quatre sœurs qui la prennent en charge depuis son arrivée, de ce qu'elle n'a plus de famille en Serbie dès lors qu'elle n'a plus de contact avec ses enfants, de ce que son époux la maltraite, ces circonstances qui ne sont assorties d'aucun élément probant ne sont pas de nature à démontrer que la vie privée et familiale de l'intéressée serait désormais installée sur le territoire français où elle n'est arrivée que très récemment, à l'âge de trente-huit ans. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra donc être écarté.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Mme C soutient qu'en cas de retour en Serbie, elle serait de nouveau exposée aux mauvais traitements et représailles de son ex-conjoint, qu'elle a déjà été victime de violences physiques, notamment au niveau du visage et du crâne, qui ont entrainé des difficultés à s'exprimer, des pertes de mémoire et de l'audition ou encore des confusions et qu'elle a en outre été contrainte, par son ex-conjoint, de se prostituer. Si en outre, la requérante se prévaut d'une véritable prise en charge de son stress post-traumatique, sur le territoire français, elle n'apporte toutefois à l'appui de l'ensemble de ces allégations, aucun élément, celles-ci n'ayant, au demeurant, pas davantage convaincu l'OFPRA. Ainsi, dès lors que l'intéressée n'établit ni la réalité ni l'actualité des risques qu'elle encourrait personnellement en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10. Si Mme C soutient que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation et se prévaut des violences subies en Serbie telles mentionnées au point précédent, ainsi qu'il a été précisé au point précédent, elle n'en justifie pas. Par suite, ce moyen comme les précédents, sera écarté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

11. Aux termes de l'article L.752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

12. Par une décision en date du 7 février 2022, l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de Mme C, placée en procédure accélérée. Si la requérante soutient qu'elle encourt des risques de violences et mauvais traitements en cas de retour en Serbie et que les autorités serbes n'ont pas été en mesure de la protéger, elle ne verse au dossier aucun élément nouveau hormis deux rapports portant sur les Rom en Serbie et sur les minorités dans ce pays, qui ne sauraient justifier davantage que les autres éléments produits de ce qu'elle encourrait des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les conclusions à fin de suspension de l'intéressée ne pourront qu'être rejetées.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en ce comprises ses conclusions à fin d'annulation, d'injonction, de suspension et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme C tendant à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2022.

La magistrate désignée,

A. A

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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