vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | BARRUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2022, M. A B, représenté par Me Barrut, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans portant la mention " séjour permanent - Article 50 TUE/Article 15(1) Accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans portant la mention " séjour permanent - Article 50 TUE/Article 15(1) Accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa demande dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.
M. B soutient que :
- le signataire de la décision ne disposait pas d'une délégation régulière de signature ;
- la décision est insuffisamment motivée et méconnait les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet a commis une erreur de droit et méconnu les dispositions de l'article 28 du décret du 19 novembre 2020 dès lors que son comportement ne représente pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société.
Par une ordonnance du 20 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 décembre 2023.
Un mémoire présenté pour la préfète du Rhône a été enregistré le 11 décembre 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l'Union européenne et de la Communauté européenne de l'énergie atomique du 17 octobre 2019 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1417 du 19 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le rapport de M. Bertolo a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant britannique, né en Afrique du Sud le 7 septembre 1975, est entré en France en janvier 2016 après avoir été diplômé de médecine au Royaume-Uni. Ayant effectué des remplacements de médecins généralistes, l'intéressé a été embauché en qualité de praticien contractuel au sein des hospices civils de Lyon (HCL), le 5 mars 2018. Le 7 novembre 2018, en raison de pratiques médicales inadaptées ayant fait l'objet de signalements, M. B a été suspendu de ses fonctions par la directrice des HCL puis a été licencié pour faute grave le 5 décembre suivant. Le 15 avril 2021, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de dix ans dans le cadre des dispositions de l'accord de retrait en faveur des britanniques résidant en France avant le 1er janvier 2021. Par une décision du 26 janvier 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des stipulations de l'article 15 de l'accord sur le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne : " Les citoyens de l'Union et les ressortissants du Royaume-Uni, ainsi que les membres de leur famille respective, qui ont séjourné légalement dans l'État d'accueil conformément au droit de l'Union pendant une période ininterrompue de cinq ans ou pendant la période indiquée à l'Article 17 de la directive 2004/38/CE, acquièrent le droit de séjourner de manière permanente dans l'État d'accueil dans les conditions énoncées aux Articles 16, 17 et 18 de la directive 2004/38/CE. Les périodes de séjour légal ou d'activité conformément au droit de l'Union avant et après la fin de la période de transition sont prises en compte dans le calcul de la période nécessaire à l'acquisition du droit de séjour permanent ". Aux termes des stipulations de l'article 18 de l'accord de retrait : " L'État d'accueil peut exiger des citoyens de l'Union ou des ressortissants du Royaume-Uni, des membres de leur famille respective et des autres personnes qui résident sur son territoire dans les conditions énoncées au présent titre, qu'ils demandent un nouveau statut de résident qui leur confère les droits prévus au présent titre et un document attestant ce statut, qui peut être sous forme numérique. ". Selon les stipulations de l'article 20 de l'accord de retrait : " 1. Le comportement des citoyens de l'Union ou des ressortissants du Royaume-Uni, des membres de leur famille et des autres personnes qui exercent des droits en vertu du présent titre, lorsque ce comportement s'est produit avant la fin de la période de transition, est examiné conformément au chapitre VI de la directive 2004/38/CE./ 2. Le comportement des citoyens de l'Union ou des ressortissants du Royaume-Uni, des membres de leur famille et des autres personnes qui exercent des droits en vertu du présent titre, lorsque ce comportement s'est produit après la fin de la période de transition, peut constituer un motif de restriction du droit de séjour dans l'État d'accueil ou du droit d'entrée dans l'État de travail conformément à la législation nationale. ".
3. Aux termes de l'article 21 du décret du 19 novembre 2020 concernant l'entrée, le séjour, l'activité professionnelle et les droits sociaux des ressortissants étrangers bénéficiaires de l'accord sur le retrait du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord de l'Union européenne et de la Communauté européenne de l'énergie atomique: " Sous réserve des dispositions de l'article 28, un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans portant la mention " Séjour permanent - Article 50 TUE/Article 18(1) Accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE " est délivré de plein droit au ressortissant étranger mentionné aux 1° à 4° de l'article 3 s'il satisfait à l'une des conditions suivantes :1° Il lui a été délivré, avant le 1er janvier 2021, un titre de séjour permanent en application de l'article L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;2° Il a résidé en France pendant cinq années et y séjourne régulièrement conformément aux dispositions des articles 13 à 19.(). ". Et aux termes de l'article 28 du même décret : " L'entrée sur le territoire français et la délivrance des titres de séjour et documents de circulation prévus par le présent décret peuvent être refusées si la présence du demandeur constitue une menace pour l'ordre public./ Si le comportement à l'origine de cette menace s'est produit avant le 1er janvier 2021, l'entrée et la délivrance du titre de séjour ou du document de circulation peuvent être refusées à la condition que ce comportement représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. ". Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
4. Le préfet du Rhône a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B au motif que " des éléments recueillis auprès des forces de l'ordre indiquent que vous êtes actuellement placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de procédures pour des faits d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction survenus du 15/12/2016 au 7/11/2018 et du 1/03/2018 au 7/11/2018. " et a estimé, après examen de sa situation personnelle, que son comportement était de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Toutefois, en se bornant à porter une telle appréciation sans examiner ainsi qu'il lui incombait si le comportement de M. B représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, le préfet du Rhône a commis une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans portant la mention " séjour permanent - Article 50 TUE/Article 15(1) Accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE ".
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administration : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
7. Au égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Barrut avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Barrut de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E
Article 1er : La décision du 26 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans portant la mention " séjour permanent - Article 50 TUE/Article 15(1) Accord de retrait du Royaume-Uni de l'UE ", est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Barrut une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Barrut renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Barrut et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, où siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.
Le rapporteur,
C. Bertolo
La présidente,
A. Baux
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026