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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204116

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204116

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 31 mai 2022 et 16 février 2023, Mme A B représentée par la Selarl DBKM Avocats, demande au tribunal :

- d'annuler les décisions implicites par lesquelles le directeur du Centre hospitalier Le Vinatier a rejeté ses recours des 6 octobre 2021 et 10 février 2022, ensemble les décisions contestées par ses recours : - de ne pas comptabiliser les 9 et 10 octobre 2021 ainsi que la période du 14 au 17 octobre 2021 en congé de maladie, - de requalifier en congé sans solde la période du 16 au 20 septembre 2021, - de procéder à une retenue sur salaire aux mois de décembre 2021 et de février 2022, - de prononcer sa suspension de fonctions à compter du 28 septembre 2021, - de prolonger sa période de suspension au-delà du 8 octobre 2021 malgré sa vaccination ;

- d'enjoindre au Centre hospitalier Le Vinatier de comptabiliser les 9 et 10 octobre 2021 ainsi que la période du 14 au 17 octobre suivant comme jours d'arrêt pour cause de maladie, de lui reverser les sommes ayant fait l'objet des retenues en litige et de régulariser sa situation résultant de l'annulation de la décision du 28 septembre 2021 ;

- de condamner le Centre hospitalier Le Vinatier à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice que l'illégalité des décisions en litige lui a causé ;

- de mettre à la charge du Centre hospitalier Le Vinatier la somme de 1 223 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant suspension de ses fonctions n'a pas été précédée de l'entretien prévu par l'article 1er de la loi du 5 août 2021 ;

- son arrêt de travail à compter du 28 septembre 2021 faisait obstacle à sa suspension de fonctions, qui ne pouvait légalement prendre effet avant sa notification ;

- la retenue sur traitement effectuée au mois de décembre 2021 a été opérée sans qu'elle n'en soit informée et excède le montant de la quotité saisissable prévu par l'article R. 3252-2 du code du travail ;

- la retenue effectuée au mois de février 2022 est dépourvue de fondement dès lors qu'elle était en arrêt pour cause de maladie ;

- aucune dispositions législative ou réglementaire n'interdit de prescrire un arrêt de travail pour une période antérieure à celle du certificat médical ou de prendre en compte un tel certificat au motif qu'il a été adressé au-delà d'un délai de 48 heures.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2022, le Centre hospitalier Le Vinatier conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 modifiant le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gille,

- et les conclusions de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Agent de service hospitalier employée par le Centre hospitalier Le Vinatier, Mme B demande l'annulation de la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le directeur de ce centre hospitalier a prononcé sa suspension de fonctions au motif qu'elle ne justifiait pas de sa vaccination contre la covid-19 ou d'une contre-indication à cette vaccination. Mme B conteste également diverses décisions, confirmées sur recours gracieux, relatives à la prise en compte de son absence du service au cours des mois de septembre et octobre 2021 et à sa rémunération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 28 septembre 2021 portant suspension de fonctions :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () / (). / II. - Un décret () fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis () / () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12 () ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication (). / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics (). / V.- Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - () B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 (). / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser () des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".

3. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que la légalité de la mesure de suspension prévue par l'article 14 précité de la loi du 5 août 2021 serait subordonnée à la tenue préalable d'un entretien avec l'agent concerné. Par suite, le moyen tiré par la requérante du défaut d'un tel entretien doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois (). Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42 () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions et de celles du I de l'article 12 et du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 citées au point 2 que, si le directeur d'un établissement public de santé peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent concerné.

5. A l'appui de sa requête, Mme B soutient que son placement en arrêt de travail pour raison médicale faisait obstacle à sa suspension et expose que son congé de maladie a été prolongé à compter du 28 septembre 2021 par le médecin qu'elle a consulté le 30 septembre suivant. Toutefois, il est constant qu'à la date de la décision en litige et de sa prise d'effet, elle-même postérieure à la date du 15 septembre 2021 fixée par l'article 14 de la loi du 5 août 2021, la requérante ne se trouvait pas en congé de maladie mais bénéficiait de ses congés annuels et n'avait adressé à son employeur aucun justificatif de sa situation au regard de l'obligation de vaccination à laquelle elle était soumise. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le directeur du Centre hospitalier Le Vinatier ne pouvait légalement prononcer sa suspension de fonctions à compter du 28 septembre 2021. Alors que la décision du 28 septembre 2021 se borne à prononcer une mesure dont la nature et les effets, s'agissant d'une interdiction d'exercice, sont entièrement déterminés par la loi, Mme B n'est pas davantage fondée à soutenir que cette décision ne pouvait légalement prendre effet avant qu'elle ne lui soit formellement notifiée.

En ce qui concerne les autres décisions :

S'agissant de la prise en compte d'arrêts de maladie :

6. En se bornant à relever sans autre précision qu'au titre de son absence des 9 et 10 octobre 2021, aucune disposition n'interdit au médecin de prescrire un arrêt de travail pour une période antérieure au certificat qu'il délivre, Mme B n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En se bornant à relever sans autre précision qu'au titre de son absence à compter du 14 octobre 2021, la validité d'un arrêt de travail n'est pas affectée par la circonstance que le certificat correspondant n'a pas été adressé à l'employeur concerné dans le délai de 48 heures mentionné par le décret susvisé du 19 avril 1988, Mme B n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

S'agissant des retenues sur traitement :

8. En se bornant à relever sans autre précision que la retenue effectuée sur sa rémunération du mois de décembre 2021 a excédé le montant saisissable mentionné à l'article R. 3252-2 du code du travail, que la retenue effectuée au mois de février 2022 ne pouvait légalement être pratiquée dès lors qu'elle était en arrêt de maladie pour la période concernée et qu'elle n'a pas été informée de la perspective d'une retenue sur traitement, Mme B n'assortit pas les moyens qu'elle entend ainsi soulever des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de ce qui précède que, les moyens soulevés étant écartés, les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité des décisions qu'elle conteste est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du Centre hospitalier Le Vinatier.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante dirigées contre le Centre hospitalier Le Vinatier, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au Centre hospitalier Le Vinatier.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme de Mecquenem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien

F.-X. Richard-Rendolet

Le président, rapporteur

A. GilleLe greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.

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