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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204117

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204117

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCLOIX & MENDES-GIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 31 mai et 9 septembre 2022, M. E D et Mme A D représentés par le cabinet Alternatives Avocats (Me Brun), demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Charbonnières-les-Bains a accordé un permis de construire à la société Alliade Habitat en vue de la réhabilitation d'une maison existante et la création d'un bâtiment de huit logements sur un terrain situé 4 chemin Saint-Roch, ainsi que la décision du 29 mars 2022 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Charbonnières-les-Bains une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée, qui ne vise pas l'avis émis par le service " nature et fleuves " de la métropole de Lyon du 21 septembre 2021 et ne précise pas le sens des autres avis rendus sur le projet, méconnaît les dispositions de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme ;

- le dossier ne reporte pas les hauteurs des différents éléments de construction sur les plans en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande de permis de construire ne précise pas suffisamment les caractéristiques de la végétation et des éléments paysagers du terrain, notamment s'agissant du conifère présent sur le terrain d'assiette du projet, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- le dossier ne mentionne pas la cote NGF de la voie au droit de l'accès au parking en sous-sol ;

- les éléments contenus dans la notice architecturale ne permettaient pas au service instructeur de s'assurer du respect des dispositions de l'article 1.3.2.2.2 du chapitre 1er du règlement du plan local d'urbanisme (PLU-H) de la métropole de Lyon ;

- le dossier de demande de permis de construire ne précise pas les modalités de raccordement aux réseaux en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de demande de permis de construire ne précise pas que les travaux sont soumis à déclaration en application des dispositions des articles L. 214-1, L. 214-3 I, R. 214-1 du code de l'environnement et de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 1.3.3.1 du chapitre 1er du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon ;

- elle méconnaît l'annexe A.5.4 du PLU-H de la métropole de Lyon ; l'absence de cotes du local d'ordures ménagères ne permet pas de vérifier sa conformité au dimensionnement requis ; si l'argumentation de la commune de Charbonnières-les-Bains selon laquelle le sous-sol se situe au niveau de la voie publique devait être suivie, le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article 2.5.4.5 du règlement de la partie 1 du PLU-H de la métropole de Lyon et celles de l'article 5.2.2.1 du règlement de la zone UCe4 de ce plan ;

- la décision attaquée méconnaît les prescriptions des article 4.3.1 a et 4.3.2 du règlement de la zone UCe4 du PLU-H de la métropole de Lyon ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 5.1.1 du chapitre 5 de la partie 1 du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon, relatives aux voies et accès, et celles des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme, celles de l'article 5 de la Charte de l'environnement, celle de l'article L. 110-1 du code de l'environnement et le principe de précaution ; elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme compte tenu des risques grevant le terrain d'assiette du projet ;

- la décision attaquée méconnaît le périmètre d'intérêt patrimonial A1 dit " Le bourg ".

Par des mémoires, enregistrés les 8 juillet et 14 octobre 2022, la société Alliade Habitat, représentée par la SELAS Cloix et Mendes-Gil, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, la commune de Charbonnières-les-Bains, représentée par la SELARL Carnot Avocats, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en toutes hypothèses, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

En application des dispositions de l'article R. 611-11-1 et du dernier alinéa de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée le 28 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte de l'environnement ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Mège Teillard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Brun, pour M. et Mme D, requérants, de Me Gneno Gueydan, pour la commune de Charbonnières-les-Bains, et de Me Gonnet, pour la société Alliade Habitat.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 juin 2021, la société Alliade Habitat a sollicité la délivrance d'un permis de construire en vue de la réhabilitation d'une maison existante et la création d'un bâtiment de huit logements sur un terrain situé 4 chemin Saint-Roch à Charbonnières-les-Bains. Par un arrêté du 13 décembre 2021, le maire de la commune a accordé ce permis. M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler cet arrêté ainsi que la décision du 29 mars 2022 de rejet de leur recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes du 1er alinéa de l'article A. 424-1 du code de l'urbanisme : " La décision expresse prise sur une demande de permis de construire, d'aménager ou de démolir ou sur une déclaration préalable prend la forme d'un arrêté () ". L'article A. 424-2 du même code dispose que " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 : () / d) Vise les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens ". Les circonstances que l'arrêté attaqué ne vise pas l'avis rendu le 21 septembre 2021 par le service " nature et fleuves " de la métropole de Lyon et ne mentionne pas le sens des avis des services consultés par la commune sont sans influence sur la régularité de la procédure, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est même pas allégué, que les avis requis n'auraient pas été sollicités.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. " Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. / Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ".

4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. D'une part, les dispositions de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme déterminent le contenu du dossier joint à la déclaration préalable portant sur un projet de construction, relatif à des travaux sur une construction existante ou à un changement de destination d'une construction. Elles ne sont donc pas applicables à un permis de construire, dont le contenu du dossier de demande est déterminé par les articles R. 431-4 à R. 431-34-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de ce que le permis de construire, en l'absence de mention dans le dossier de demande de l'ensemble des hauteurs des éléments de constructions, a été délivré en méconnaissance de l'article R. 431-36 est inopérant.

6. D'autre part, la notice descriptive jointe à l'appui du dossier de demande de permis de construire comprend, dans sa rubrique consacrée à la " présentation du projet ", une description de l'état initial du terrain d'assiette du projet, décrit comme un terrain " arboré et verdoyant " qui comprend de nombreux arbres, dont deux tilleuls existants remarquables qui seront préservés, trois arbres et plusieurs arbustes qui seront supprimés et deux arbres qui seront remplacés. Cette notice est complétée sur ce point par une notice paysagère qui détaille les aménagements projetés. Ce dossier de demande de permis de construire comprend également un plan de masse - état des lieux et un plan de masse - projet, indiquant les arbres conservés, ceux supprimés, dont un arbre de haute tige, et les plantations remplacées pour la réalisation du projet, ainsi que plusieurs photographies, permettant à l'autorité en charge de l'instruction du dossier d'autorisation d'appréhender l'état initial du terrain et l'état paysager final du projet.

7. Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le plan de masse du projet versé au dossier du permis de construire mentionne la côte altimétrique du chemin Saint-Roch au droit de l'entrée au sous-sol, qui est de 246,58 NGF, alors que le plan de coupe AA' indique une côte de 246 NGF pour le sous-sol de la construction, permettant ainsi d'apprécier la pente de la rampe d'accès au parking souterrain.

8. Ensuite, la notice architecturale du projet précise, s'agissant de la gestion des eaux pluviales, qu'elle est inchangée pour la maison existante et qu'il est créé un bassin de rétention d'une capacité de 17,20 m3 au sous-sol du bâtiment neuf. Elle comporte également un schéma permettant de localiser ce bassin. En outre, une étude de gestion des eaux pluviales, réalisée le 10 novembre 2019 par la SARL Assainissement Eau Environnement, détaille le système de gestion des eaux pluviales recommandé et était jointe au dossier. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le service instructeur n'a pas été en mesure de vérifier le respect des dispositions de l'article 1.3.2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon, relatif aux périmètres de prévention des risques d'inondation par ruissellement.

9. En outre, si le plan masse joint au dossier de demande de permis de construire ne permet pas de déterminer les modalités de raccordement aux réseaux publics pour le bâtiment neuf, il ressort des pièces du dossier que le projet, qui consiste notamment en la création d'un immeuble de huit logements, se situe sur un terrain où se trouve déjà une maison d'habitation, maintenue en l'état et raccordée aux réseaux d'équipements publics selon les modalités figurant au plan masse. Par ailleurs, la métropole de Lyon a rendu un avis favorable au projet le 14 octobre 2021, dans lequel elle décrit la localisation des raccordements du projet aux réseaux des eaux usées, des eaux pluviales et de l'eau potable. En outre, la société Enedis a également rendu un avis le 23 septembre 2021, auquel est annexé un plan comportant le raccordement au réseau public d'électricité et la localisation du branchement à la charge du pétitionnaire. Dans ces conditions, les éléments à la disposition du service instructeur lui permettaient d'être renseigné sur les modalités de raccordement aux réseaux publics de l'ensemble du projet.

10. Enfin, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () i) S'il y a lieu, que les travaux portent sur une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumis à déclaration en application de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code de l'environnement ; () ". Aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants. ". L'article R. 214-1 du code de l'environnement comporte la nomenclature des opérations soumises à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-3 du code de l'environnement.

11. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet entrerait dans le champ d'application d'une des rubriques de la nomenclature annexée au tableau de l'article R. 214-1 du code de l'environnement. Dans ces conditions, il n'avait pas à être soumis à une déclaration au titre des dispositions précitées. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que le dossier de demande de permis de construire aurait dû préciser que les travaux étaient soumis à déclaration en application des dispositions précitées.

12. Par suite, le moyen tiré du caractère incomplet de la demande de permis de construire doit être écarté en ses différentes branches.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 1.3.3. des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon : " Risque lié aux mouvements de terrain : Conformément à l'article L.151-34,1° du Code de l'urbanisme, dans les périmètres de prévention d'une part, de vigilance d'autre part, délimités par les documents graphiques du règlement, exposés au risque naturel de mouvements de terrain, les constructions, usages des sols et activités sont soumis aux conditions particulières suivantes. 1.3.3.1 - Périmètres de prévention Ces terrains peuvent présenter, notamment en raison de leur pente importante, de la nature du sol ou du sous-sol, des conditions hydrauliques superficielles ou souterraines du secteur, un risque de mouvements de terrain qui est pris en considération. En conséquence, les constructions et installations de toute nature, permanentes ou non, les plantations, dépôts, affouillements, forages et exhaussements de sol, doivent, à la fois : - garantir la stabilité géotechnique du sol et du sous-sol, des constructions travaux ou ouvrages, et ne pas porter atteinte à la sécurité de ses occupants ou utilisateurs, ni à celles des tiers ; - ne pas constituer un obstacle aux régimes hydrauliques de surface et souterrains qui soit de nature à porter atteinte à la sécurité publique. A défaut, l'autorisation d'urbanisme peut être refusée, ou n'être accordée que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales ".

14. Il est constant que le terrain d'assiette du projet se situe dans le périmètre de prévention des risques de mouvement de terrain. Les requérants se prévalent de trois études traitant de la situation géologique et hydrogéologique du terrain d'assiette dont il ressort qu'une source d'eau existe sur la parcelle voisine et que des eaux souterraines pénètrent en partie basse de la construction projetée. Ils soutiennent que le dimensionnement des ouvrages de gestion des eaux pluviales ne tient pas compte des eaux de drainage, qu'il existe ainsi un risque avéré de mouvements de terrain et que le projet aurait dû être soumis à des prescriptions spéciales. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de la note établie le 12 novembre 2020 par le cabinet d'étude et expertise Lorchel, spécialisé en hydrogéologie, qu'en phase chantier, est prévue la réalisation de parois de soutènement non étanches autour de la future excavation, permettant le maintien des circulations d'eau et la réalisation de tranchées drainantes le long des parois en épis lors de la phase de terrassement. Cette note indique que le niveau de la nappe superficielle ne sera pas drainé à l'arrière des parois de soutènement, qui pourront être assorties de petits forages. En phase définitive, il est préconisé deux solutions pour la mise hors d'eau du sous-sol, soit une " protection passive par cristallisation des murs des bâtiments et dalle portée dimensionnée à la sous-pression ", soit la mise en place d'un radier drainant et d'un dispositif de continuité hydraulique afin d'éviter un effet barrage. Les requérants ne produisent aucun élément de nature à remettre en cause le caractère suffisant de ces préconisations. Par ailleurs, s'ils font valoir que l'implantation d'arbres à moins de dix mètres des ouvrages de rétention des eaux pluviales est de nature à gêner leur fonctionnement, l'étude géotechnique conduite par le cabinet Egsol région lyonnaise le 30 octobre 2020 a recommandé la mise en place d'écrans anti-racines. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1.3.3.1 des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon doit être écarté.

15. En quatrième lieu, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'annexe A.5.4 du PLU-H de la métropole de Lyon pour faire valoir que le local de stockage des ordures ménagères, implanté en sous-sol de la construction, ne prévoit pas de portes battantes, dès lors que cette annexe ne comporte sur ces points que des préconisations afin de permettre l'organisation d'un service de porte à porte. En outre, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose que les cotes du local des ordures ménagères soient mentionnées sur les plans joints au dossier de permis de construire. Au surplus, le projet, qui prévoit un local de stockage des ordures ménagères dans la construction projetée d'une surface de 12,85 m², a fait l'objet d'un avis technique favorable de la métropole de Lyon du 14 octobre 2021, qui indique que la collecte s'effectuera en bacs roulants, dont le volume et le nombre sont précisément définis, qui seront à présenter en bordure du chemin Saint-Roch, lequel est desservi par service de ramassage.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4.3. du règlement de la zone UCe4 du PLU-H de la métropole de Lyon, relatif au traitement des clôtures : " 4.3.1 - Règle générale pour tout type de clôtures / a. Par leur aspect, leurs proportions (notamment leur hauteur) et le choix des matériaux, les clôtures s'harmonisent avec la construction principale et les caractéristiques dominantes des clôtures environnantes. La conception et les caractéristiques des clôtures permettent la libre circulation de la petite faune. Le choix des matériaux privilégie leur caractère durable. () 4.3.2 - Règles particulières pour les clôtures implantées en limite de référence a. La clôture assure le marquage de la continuité de la rue et de la limite du domaine public, lorsque les constructions s'implantent en recul* Les clôtures implantées le long de la limite de référence* sont constituées : - soit d'un dispositif rigide à claire voie de type barreaudage, surmontant ou non un mur bahut d'une hauteur maximale de 1 mètre, sans pouvoir excéder 2 mètres ; - soit d'un mur plein pour respecter une harmonie d'ensemble avec les constructions et les clôtures avoisinantes ".

17. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle est clôturée par des murets. Le projet prévoit, outre la création de terrasses en escalier, que ces murets existants seront conservés sur une grande partie de la limite sur rue, afin de valoriser le patrimoine urbain, et qu'un barreaudage sera ajouté. Alors que l'altimétrie du jardin est plus haute que celle du terrain naturel sur rue, ces murets, compte tenu de leurs caractéristiques, et plus particulièrement de leurs dimensions réduites et de leur faible hauteur, ne sont pas susceptibles de constituer un obstacle pour la circulation de la petite faune, au sens des dispositions précitées. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le muret conservé à l'aplomb de la rue et surmonté d'un barreaudage excède la hauteur d'un mètre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 4.3.1 a et 4.3.2. du règlement de la zone UCe4 du PLU-H doit être écarté.

18. En sixième lieu, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme, en application de l'article R. 111-1 du même code, dès lors que la commune de Charbonnières-les-Bains est couverte par un plan local d'urbanisme.

19. En septième lieu, selon l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

20. D'une part, aux termes de l'article 5.1.1.1 des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon : " Accès du terrain / L'accès correspond à la limite de terrain jouxtant la voie de desserte publique ou privée et permettant d'accéder au terrain d'assiette de la construction. (). " Aux termes de son article 5.1.1.2.1 : " Conditions de desserte des terrains par les voies a. Règles applicables à l'ensemble des voies de desserte Les voies de desserte des terrains : - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet situé sur le terrain à desservir ; - permettent la mise en œuvre de la défense incendie des constructions desservies () ". Aux termes de son article 5.1.1.2.2 : " () Les accès : /- sont conçus en tenant compte de la topographie et de la configuration des lieux dans lesquels s'insère l'opération, en cherchant d'une part à réduire leur impact sur la fluidité de la circulation des voies de desserte, d'autre part la mutualisation des accès ; / - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet ; / - prennent en compte la nature des voies sur lesquelles ils sont susceptibles d'être aménagés afin de préserver la sécurité des personnes (visibilité, vitesse sur voie, intensité du trafic) ; / - permettent d'assurer la sécurité des usagers des voies de desserte et de ceux utilisant ces accès. / Cette sécurité est appréciée compte tenu : / - de la position des accès et de leur configuration ; / - de la nature des voies de desserte, du type de trafic et de son intensité. / Lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, l'accès est aménagé sur la voie présentant le moindre risque ou gêne pour la circulation. / Hormis pour l'accès aux terrains supportant une construction existante à la date d'approbation du PLU-H, les 5 premiers mètres de la portion de desserte interne à partir de l'accès présentent une pente maximale de 5 %. ".

21. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en la création de onze logements et neuf places de stationnement, notamment par la réhabilitation d'un bâtiment existant qui accueillait une pharmacie. Le terrain est desservi par le chemin Saint-Roch, qui est une voie publique à double sens de circulation présentant une largeur d'au moins six mètres, majoritairement bordée de cheminements piétons sécurisés. Si la circulation sur cette voie se fait sur une chaussée d'une largeur d'à peine un peu plus de trois mètres au droit du projet, en raison de la présence d'une place de stationnement pour personnes handicapées qui interdit le croisement des véhicules, cette configuration ne concerne néanmoins qu'une portion de voie rectiligne et dégagée offrant une bonne visibilité, sur une longueur réduite d'environ cinq mètres. Par ailleurs, si les requérants font valoir que le trottoir est interrompu au droit de l'église, cette absence de trottoir ne concerne que quelques mètres sur un seul côté de la voie, ce qui permet d'assurer un cheminement sécurisé des usagers de l'autre côté de celle-ci. Dans ces conditions, ni la configuration des lieux telle qu'elle ressort des pièces du dossier, ni la circonstance qu'un autre projet de vingt-trois logements ait été autorisé au 6-8 du chemin Saint-Roch, ne sont de nature à établir l'existence, eu égard à l'intensité du trafic sur cette voie, de risques pour la sécurité des usagers.

22. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la rampe d'accès aux neuf places de stationnement créées en sous-sol par le projet débouche sur une façade de la nouvelle construction qui comporte un retrait permettant d'apprécier pleinement, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la circulation en provenance de l'est au débouché de cette rampe sur la voie publique. Le trottoir, qui doit être aménagé en sortie de garage, donne toute latitude aux automobilistes pour s'assurer des conditions de circulation avant de s'engager sur la voie à l'ouest. En outre, le terrain d'assiette du projet supportant déjà une construction existante à la date d'approbation du PLU-H, les requérants ne peuvent utilement faire valoir que les 5 premiers mètres de la portion de desserte interne à partir de l'accès présentent une pente de 20 %, supérieure à la pente maximale de 5 % autorisée par les dispositions précitées. En tout état de cause, il ressort du plan de masse versé au dossier de demande de permis de construire que la rampe d'accès aux garages présente une pente de 5 %.

23. Par suite, le maire de Charbonnières-les-Bains n'a pas méconnu les dispositions des articles 5.1.1.1 et 5.1.1.2.2 des dispositions communes du règlement du PLU-H, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en délivrant le permis de construire litigieux.

24. D'autre part, aux termes de l'article 5 de la Charte de l'environnement : " Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage ". Aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. ". Au nombre des préoccupations d'environnement définies par l'article L. 110-1 du code de l'environnement figure " le principe de précaution, selon lequel l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable ".

25. S'il appartient à l'autorité administrative compétente de prendre en compte le principe de précaution lorsqu'elle se prononce sur l'octroi d'une autorisation délivrée en application de la législation sur l'urbanisme, les dispositions de l'article R. 111-26 ci-dessus ne permettent pas à l'autorité administrative de refuser un permis de construire, mais seulement de l'accorder sous réserve du respect de prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, si le projet de construction est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement.

26. Pour soutenir que le projet litigieux porte atteinte au principe de précaution et qu'il aurait dû faire l'objet de prescriptions spéciales, les requérants soutiennent d'abord qu'il prévoit l'abattage de plusieurs espèces végétales, dont un arbre qui présente des qualités paysagères et patrimoniales. Toutefois, cette seule circonstance ne saurait suffire à révéler une telle méconnaissance. Ensuite, ils soutiennent qu'alors que le terrain d'assiette du projet se situe dans un périmètre de prévention prioritaire des risques d'inondations par ruissellement et de mouvements de terrain et qu'il existe des pénétrations d'eaux souterraines sur la partie basse de la construction, le service instructeur ne pouvait vérifier, compte tenu de l'insuffisance de la notice architecturale, le caractère suffisant des ouvrages de rétention, notamment en cas de crue centennale. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments du projet ne seraient pas suffisants pour prévenir de tels risques naturels. Dans ces conditions, aucune erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du principe de précaution, ni au regard des risques induits pour la sécurité publique ne saurait être retenue.

27. En dernier lieu, il est constant que le projet se situe au sein du périmètre d'intérêt patrimonial A1 " Le bourg ", qui constitue un " ensemble très étendu qui se développe autour de l'église et de la mairie ". Le PLU-H expose les caractéristiques de ce périmètre d'intérêt patrimonial et précise que la place de la mairie est structurée par la présence de l'église et de la mairie au nord, qui possède une architecture soignée avec une modénature accentuée. Il prescrit pour ce périmètre de préserver la qualité paysagère avec une mise en valeur des caractéristiques végétales. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la suppression d'un conifère, qui ne bénéficie d'aucune protection, présent sur le terrain d'assiette du projet, qui comporte par ailleurs des plantations d'arbres de haute tige, des haies et des jardinières visibles depuis la rue, porterait atteinte à la qualité paysagère du secteur du bourg. Par suite, le maire de Charbonnières-les-Bains a pu autoriser le projet litigieux sans méconnaître les dispositions relatives au périmètre d'intérêt patrimonial A1 du PLU-H de la métropole de Lyon.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, leur requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

29. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de M. et Mme D le versement à la commune de Charbonnières-les-Bains et à la société Alliade Habitat, chacune, la somme de 1 400 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront la somme de 1 400 euros à la commune de Charbonnières-les-Bains et la somme de 1 400 euros à la société Alliade Habitat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E D, à la commune de Charbonnières-les-Bains et à la société Alliade Habitat.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Claude Deniel, première conseillère,

Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

J.-P. CheneveyLa greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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