mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204127 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | ROYON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête n°2204127 et un mémoire complémentaire enregistrés les 31 mai et 7 juin 2022, M. C D représenté par Me Julie Royon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel la préfète de Loire a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention vie privée ou familiale et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour de six mois l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions
- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il est insuffisamment motivé ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour la préfète de produire l'avis médical du 7 septembre 2021 ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la préfète s'est cru liée par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 7 septembre 2021;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et celles de son époux et de leur fille ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;
-la préfète de la Loire n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et s'est estimé à tort tenu de prendre cette mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète s'étant estimée liée par l'avis médical du 7 septembre 2021
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'état de santé de sa fille ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et celles de son époux et de leur fille ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur leurs situations personnelles.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 1er juillet 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture d'instruction a été fixée au 12 août 2022 par ordonnance du 29 juillet 2022.
Une pièce a été produite par M. D le 29 août 2022 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiquée en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2022.
II. Par une requête n°2204128 et un mémoire enregistrés les 31 mai et 7 juin 2022, Mme F D représentée par Me Julie Royon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer à titre principal, une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale ou à défaut, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour de six mois l'autorisant à travailler, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat).
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète s'est cru liée par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 7 septembre 2021;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'état de santé de sa fille ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, celles de son époux et de leur fille ;
En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et s'est estimé à tort tenu de prendre cette mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète s'étant estimée liée par l'avis médical du 7 septembre 2021 ;
- elle méconnait les dispositions des articles L.425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle, celles de son époux et de leur fille ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur leurs situations personnelles ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 12 août 2022 par ordonnance du 29 juillet 2022.
Une pièce a été produite par Mme D le 29 août 2022 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiquée en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2022.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Segado, président.
Considérant ce qui suit :
1. Les deux requêtes précitées concernent la situation de deux époux, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, ainsi, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme D, nés respectivement les 18 mai 1986 et 22 août 1990, ressortissants de nationalité algérienne, sont entrés régulièrement en France le 20 octobre 2019 accompagnés de leurs deux filles A D et B D nées en Algérie le 2 janvier 2015 et 3 juin 2018. Le 29 avril 2021, les époux ont sollicité une autorisation provisoire au séjour en qualité de parents accompagnant un enfant mineur malade. Par deux arrêtés du 9 février 2022, la préfète de la Loire a refusé à chacun d'eux de leur accorder un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les requérants demandent l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par M. Thomas Michaud, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 1er septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 13 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces actes manque en fait et doit être écarté.
4. En second lieu, les arrêtés du 9 février 2022 visent les textes dont ils font application. Par ailleurs, ils précisent les éléments déterminants de la situation des requérants qui ont conduit à leur refuser la délivrance d'un titre de séjour et à les obliger à quitter le territoire français. En tout état de cause, le préfet n'est pas tenu de mentionner dans ses décisions tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France des intéressés. En outre, en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prises sur le fondement de l'article L. 611-1, 3° de ce code, qui au demeurant comportent les considérations de fait et de droit qui les fondent, n'avaient pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, leur motivation se confondant avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elles découlent nécessairement. Enfin, pour justifier les décisions fixant le pays à destination duquel M. et Mme D pourront être reconduits d'office, la préfète de la Loire a rappelé les dispositions de l'article L.721-3 et L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la circonstance que les intéressés n'établissaient pas qu'ils encourraient des risques ou menaces d'une exceptionnelle gravité en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, les arrêtés litigieux comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent leur fondement et satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait devra être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, la préfète de la Loire a versé au débat l'avis rendu le 7 septembre 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qu'elle vise dans ses décisions, qui a considéré que l'état de santé de la jeune A D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qui pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de production dudit avis ne pourra, en tout état de cause, qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la préfète de la Loire se serait sentie liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et aurait méconnu l'étendue de sa compétence. Au contraire, il ressort des termes mêmes des décisions attaquées qu'elle s'est appropriée l'avis émis par le collège de médecins le 7 septembre 2021 après avoir constaté qu'aucune pièce du dossier de demande de titre de séjour ne venait utilement contredire cet avis médical. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En troisième lieu, les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que la préfète, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.
8. D'une part, il résulte ainsi de ce qui a été dit au point 7 que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions des articles L.425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que pour prendre les décisions contestées, la préfète s'est fondée notamment sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 7 septembre 2021, dont elle s'est appropriée les termes. Selon cet avis, si l'état de santé de l'enfant A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il est toutefois précisé que l'enfant peut bénéficier effectivement en Algérie d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans ce pays. Pour contester cette appréciation, M. et Mme D font valoir, en produisant plusieurs documents médicaux, tout d'abord que l'état de santé de leur fille A, qui présente un polyhandicap sévère résultant d'une paralysie cérébrale avec un tableau neurologique sévère associant une quadriplégie spastique, une hypotonie axiale et une épilepsie, nécessite un suivi pluridisciplinaire et un traitement médicamenteux qui seraient indisponibles en Algérie. Concernant le traitement médicamenteux dont bénéficie l'enfant, si les requérants produisent un certificat du service de médecine physique du 9 mars 2022 attestant que l'enfant A a reçu une injection de toxine botulique, laquelle doit d'ailleurs être régulière, et des attestations d'officines de pharmacie faisant état de l'indisponibilité des médicaments " E ", " Epitomax ", " Eductyl " et " Forlax " il ressort des éléments produits en défense, notamment de la liste de l'Observatoire de veille des médicaments disponibles en officine en Algérie que si les médicaments prescrits sous le nom de " E " et " Epitomax " sont effectivement indisponibles en Algérie, leur molécule " Levetiracetam " et " Topiramate " sont quant à elles disponibles sous d'autres marques et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant A ne pourrait bénéficier effectivement de ces médicaments ainsi que des injections de toxine botulique. Ensuite, concernant la prise en charge et le suivi pluridisciplinaire, les requérants se prévalent tout particulièrement d'un rapport médical établi par un neurologue en Algérie, indiquant qu'" une prise en charge dans un service de neurorevalidation " est indisponible en Algérie, d'un certificat médical du 10 mars 2022 établi par un médecin exerçant au service de " médecine physique et réadaptation pédiatrique " du CHU de Saint-Etienne faisant état de ce que les troubles épileptiques de l'enfant nécessitent des adaptations régulières et une scolarisation adaptée, de ce que son tableau neuromoteur est à risques de complications et déformations neuro-orthopédiques secondaires justifiant des traitements et une rééducation réguliers, et de ce que l'enfant bénéficie d'aménagements et d'appareillages nécessitant une réévaluation fréquente ainsi qu'une surveillance clinique et radiologique régulière pour prévenir toute complication neuro-orthopédique, ainsi que d'un certificat d'un médecin généraliste, établi le 6 mai 2022, qui se borne à indiquer que le suivi médical rigoureux en France permet un contrôle et une stabilisation de la maladie et qu'un tel suivi complet est impossible en Algérie. Toutefois, ces éléments et les autres pièces produites au dossier ne permettent pas de remettre en cause l'avis émis par le collège des médecins quant au fait que cette enfant peut effectivement bénéficier des soins et d'une prise en charge en Algérie dont elle a besoin et ne suffisent pas à établir que la prise en charge et la surveillance dont pourrait bénéficier l'enfant A en Algérie serait inadaptée et de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer un titre pour l'accompagnement de leur fille malade, la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'état de santé de leur fille A.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
11. M. et Mme D, ressortissants algériens, âgés respectivement de 35 et 31 ans à la date des décisions attaquées, sont entrés en France le 20 octobre 2019 à l'âge de 33 et 29 ans, accompagnés de leurs deux enfants alors âgés de 4 et 1 an et 4 mois. A la date des décisions attaquées, ils résidaient en France depuis seulement 2 ans. Les époux D ne justifient d'aucune vie privée et familiale stable et intense sur le territoire français. En outre, il résulte de ce qui a été exposé au point 9, que la nécessité de demeurer sur le territoire français en raison de l'état de santé de leur fille A n'est pas démontrée par les certificats médicaux et pièces produits au dossier alors qu'ils n'établissent pas que leur fille serait dans l'impossibilité d'accéder à un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, les époux ont vécu l'essentiel de leur existence en Algérie où demeurent leurs parents et leurs frères et sœurs et les intéressés ne font état d'aucune autre circonstance particulière qui ferait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Algérie, l'ensemble des membres de la famille ayant la même nationalité. Dans ces circonstances, les époux D ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, ni qu'elles auraient porté atteinte à l'intérêt supérieur de leur enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. Il ne ressort pas davantage de ces éléments que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle et de celle de leur enfant.
En ce qui concerne les décisions faisant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, M. et Mme D n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour prises à leur encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes des décisions attaquées, que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle des intéressés avant de prendre à leur encontre une obligation de quitter le territoire français et qu'elle se serait, à tort, cru tenu d'édicter une telle obligation en raison du refus de séjour qu'il leur a été préalablement opposé.
14. En troisième lieu, comme il a été dit précédemment au point 7, les requérants ne peuvent davantage utilement se prévaloir à l'encontre de ces décisions des dispositions de l'article L.425-9 et L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En dernier lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment pour les refus de séjour, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle et celle de leur enfant.
Sur la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, M. et Mme D n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre des décisions fixant le pays de destination doit être écarté.
17. En second lieu, compte tenu de la situation familiale et personnelle des requérants et de leur fille, et en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à ces décisions fixant le pays de renvoi, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur leur situation personnelle et celle de leur enfant.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens :
19. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans les présentes instances, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : Les requêtes n°s 2204127 et 2204128 de M. et Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme F D et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
J. Segado L'assesseur le plus ancien,
L. Delahaye
La greffière,
N. Renoud-Genty.
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026