vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204155 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | GURY ET MAITRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire enregistrée le 1er juin 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 15 juillet 2022, l'union nationale des industries de carrières et matériaux de construction Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par la SCP Nicolaÿ - de Lanouvelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a approuvé le schéma régional des carrières et ses annexes et les décisions implicites par lesquelles ses recours gracieux et hiérarchique ont été rejetés ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ensemble des consultations prescrites par les dispositions du b) du II de l'article L. 515-3 du code de l'environnement et de l'article L. 333-1 du même code n'a pas été réalisé ;
- l'autorité environnementale n'a pas été régulièrement consultée, dès lors que l'évaluation environnementale souffre d'insuffisances et qu'elle n'a pas été destinataire de l'ensemble des avis exigés par les dispositions de l'article R. 122-21 du code de l'environnement ;
- la consultation du public n'a pas été précédée des mesures d'information requises ;
- le schéma régional des carrières contesté contient des prescriptions de forme et de procédure de portée réglementaire ;
- l'orientation intitulée " Eviter d'exploiter les gisements de granulats en zone de sensibilité majeure, sauf dans les cas ci-dessous " méconnaît les exigences d'intelligibilité de la norme et de sécurité juridique et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- le zonage des sensibilités rédhibitoires est irrégulier en ce qu'il inclut tout périmètre de protection rapproché des captages d'eau potable et tout périmètre de protection des sources minérales ;
- l'orientation prescrivant la réduction des extractions alluvionnaires est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2023, la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas susceptibles de prospérer.
La clôture de l'instruction est intervenue le 21 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allais,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Andrieux, avocat de l'UNICEM Auvergne-Rhône-Alpes.
Considérant ce qui suit :
1. L'Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction (UNICEM) Auvergne-Rhône-Alpes demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a approuvé le schéma régional des carrières et ses annexes et les décisions implicites par lesquelles ses recours gracieux et hiérarchique ont été rejetés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la procédure :
2. En premier lieu, selon le b) du II de l'article L. 515-3 du code de l'environnement, le schéma régional des carrières " est soumis à l'avis de l'organisme de gestion de tout parc naturel régional se trouvant dans l'emprise de la région tel que prévu à l'article L. 333-1 () ". Il est, en vertu des mêmes dispositions, " ensuite concomitamment soumis à l'avis : - du conseil régional ; - des conseils départementaux des départements de la région () ". Et selon le VI de l'article L. 333-1 du même code : " Lors de leur élaboration ou de leur révision, les documents de planification, d'aménagement de l'espace et de gestion des ressources naturelles relatifs au climat, à l'air, aux énergies, aux continuités écologiques, aux déplacements, aux infrastructures de transport, aux orientations forestières, aux carrières, à l'accès à la nature et aux sports de nature, à la gestion de l'eau et des milieux aquatiques, à la prévention des risques, à la gestion cynégétique, à la gestion de la faune sauvage, au tourisme, à la mer et au littoral sont soumis pour avis au syndicat mixte d'aménagement et de gestion du parc naturel régional en tant qu'ils s'appliquent à son territoire ".
3. La préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes ayant produit aux débats l'ensemble des pièces justifiant du respect des consultations prévues par les dispositions précitées, le moyen de la requérante, tiré du défaut de consultation du parc naturel des baronnies provençales, qui est couvert en partie par le schéma régional des carrières contesté, du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes et des conseils départementaux de la Savoie et du Puy-de-Dôme, doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes du II de l'article L. 122-4 du code de l'environnement : " II. Font l'objet d'une évaluation environnementale systématique : 1° Les plans et programmes qui sont élaborés dans les domaines de l'agriculture, de la sylviculture, de la pêche, de l'énergie, de l'industrie, des transports, de la gestion des déchets, de la gestion de l'eau, des télécommunications, du tourisme ou de l'aménagement du territoire et qui définissent le cadre dans lequel les projets mentionnés à l'article L. 122-1 pourront être autorisés ; 2° Les plans et programmes pour lesquels une évaluation des incidences Natura 2000 est requise en application de l'article L. 414-4 ". Selon l'article L. 122-6 de ce code : " L'évaluation environnementale comporte l'établissement d'un rapport qui identifie, décrit et évalue les effets notables que peut avoir la mise en œuvre du plan ou du programme sur l'environnement ainsi que les solutions de substitution raisonnables tenant compte des objectifs et du champ d'application géographique du plan ou du programme. Ce rapport présente les mesures prévues pour éviter les incidences négatives notables que l'application du plan ou du programme peut entraîner sur l'environnement, les mesures prévues pour réduire celles qui ne peuvent être évitées et les mesures prévues pour compenser celles qui ne peuvent être évitées ni réduites. Il expose les autres solutions envisagées et les raisons pour lesquelles, notamment du point de vue de la protection de l'environnement, le projet a été retenu. Il définit les critères, indicateurs et modalités retenus pour suivre les effets du plan ou du programme sur l'environnement afin d'identifier notamment, à un stade précoce, les impacts négatifs imprévus et envisager, si nécessaire, les mesures appropriées. / Le rapport sur les incidences environnementales contient les informations qui peuvent être raisonnablement exigées, compte tenu des connaissances et des méthodes d'évaluation existant à la date à laquelle est élaboré ou révisé le plan ou le programme, de son contenu et de son degré de précision et, le cas échéant, de l'existence d'autres plans ou programmes relatifs à tout ou partie de la même zone géographique ou de procédures d'évaluation environnementale prévues à un stade ultérieur ". Et selon l'article R. 122-20 du même code, dans sa version applicable : " I. L'évaluation environnementale est proportionnée à l'importance du plan, schéma, programme et autre document de planification, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée. / II. Le rapport environnemental, qui rend compte de la démarche d'évaluation environnementale, comprend un résumé non technique des informations prévues ci-dessous : 1° Une présentation générale indiquant, de manière résumée, les objectifs du plan, schéma, programme ou document de planification et son contenu, son articulation avec d'autres plans, schémas, programmes ou documents de planification et, le cas échéant, si ces derniers ont fait, feront ou pourront eux-mêmes faire l'objet d'une évaluation environnementale ; 2° Une description de l'état initial de l'environnement sur le territoire concerné, les perspectives de son évolution probable si le plan, schéma, programme ou document de planification n'est pas mis en œuvre, les principaux enjeux environnementaux de la zone dans laquelle s'appliquera le plan, schéma, programme ou document de planification et les caractéristiques environnementales des zones qui sont susceptibles d'être touchées par la mise en œuvre du plan, schéma, programme ou document de planification. Lorsque l'échelle du plan, schéma, programme ou document de planification le permet, les zonages environnementaux existants sont identifiés ; 3° Les solutions de substitution raisonnables permettant de répondre à l'objet du plan, schéma, programme ou document de planification dans son champ d'application territorial. Chaque hypothèse fait mention des avantages et inconvénients qu'elle présente, notamment au regard des 1° et 2° ; 4° L'exposé des motifs pour lesquels le projet de plan, schéma, programme ou document de planification a été retenu notamment au regard des objectifs de protection de l'environnement ; 5° L'exposé : a) Des effets notables probables de la mise en œuvre du plan, schéma, programme ou autre document de planification sur l'environnement, et notamment, s'il y a lieu, sur la santé humaine, la population, la diversité biologique, la faune, la flore, les sols, les eaux, l'air, le bruit, le climat, le patrimoine culturel architectural et archéologique et les paysages. / Les effets notables probables sur l'environnement sont regardés en fonction de leur caractère positif ou négatif, direct ou indirect, temporaire ou permanent, à court, moyen ou long terme ou encore en fonction de l'incidence née du cumul de ces effets. Ils prennent en compte les effets cumulés du plan, schéma, programme avec d'autres plans, schémas, programmes ou documents de planification ou projets de plans, schémas, programmes ou documents de planification connus ; b) De l'évaluation des incidences Natura 2000 mentionnée à l'article L. 414-4 ; 6° La présentation successive des mesures prises pour : a) Eviter les incidences négatives sur l'environnement du plan, schéma, programme ou autre document de planification sur l'environnement et la santé humaine ; b) Réduire l'impact des incidences mentionnées au a ci-dessus n'ayant pu être évitées ; c) Compenser, lorsque cela est possible, les incidences négatives notables du plan, schéma, programme ou document de planification sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits. S'il n'est pas possible de compenser ces effets, la personne publique responsable justifie cette impossibilité. / Les mesures prises au titre du b du 5° sont identifiées de manière particulière. 7° La présentation des critères, indicateurs et modalités-y compris les échéances-retenus : a) Pour vérifier, après l'adoption du plan, schéma, programme ou document de planification, la correcte appréciation des effets défavorables identifiés au 5° et le caractère adéquat des mesures prises au titre du 6° ; b) Pour identifier, après l'adoption du plan, schéma, programme ou document de planification, à un stade précoce, les impacts négatifs imprévus et permettre, si nécessaire, l'intervention de mesures appropriées ; 8° Une présentation des méthodes utilisées pour établir le rapport sur les incidences environnementales et, lorsque plusieurs méthodes sont disponibles, une explication des raisons ayant conduit au choix opéré ; 9° Le cas échéant, l'avis émis par l'Etat membre de l'Union européenne consulté conformément aux dispositions de l'article L. 122-9 du présent code ". Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.
5. Il ressort de l'évaluation environnementale réalisée, tout d'abord, qu'y figurent, contrairement à ce qui est soutenu, des cartes des enjeux retenus et les chiffres associés. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient l'UNICEM Auvergne-Alpes, l'évaluation environnementale comporte des développements suffisants consacrés à l'appréciation des conséquences environnementales de la mise en œuvre du schéma régional des carrières, y compris s'agissant de la détermination des gisements de report. En particulier, les difficultés induites par le report vers les extractions de granulats non alluvionnaires ont été prises en compte, dans le rapport environnemental, dans sa partie consacrée aux " incidences du scénario tendanciel et comparaison avec l'état initial ". Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à contester des insuffisances de l'évaluation environnementale.
6. En troisième lieu, selon l'article R. 122-21 du code de l'environnement : " I. - La personne publique responsable de l'élaboration ou de l'adoption du plan, schéma, programme ou document de planification transmet pour avis à l'autorité définie au IV de l'article R. 122-17 le dossier comprenant le projet de plan, schéma, programme ou document de planification, le rapport sur les incidences environnementales ainsi que les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables et qui ont été rendus à la date de la saisine. () ".
7. Si la requérante soutient que l'autorité environnementale a été irrégulièrement saisie, faute d'avoir été rendue destinataire, à l'appui de cette saisine, de l'ensemble des documents et pièces prévus par les dispositions précitées, il ressort toutefois de cette saisine, en date du 22 mars 2021, que l'ensemble des pièces constitutives du dossier lui a été transmis, et le moyen ne peut donc qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la consultation du public n'a pas été précédée des mesures d'information requises, elle n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la portée et le contenu du schéma régional des carrières :
9. Selon le I de l'article L. 515-3 du code de l'environnement : " I. Le schéma régional des carrières définit les conditions générales d'implantation des carrières et les orientations relatives à la logistique nécessaire à la gestion durable des granulats, des matériaux et des substances de carrières dans la région. Il prend en compte l'intérêt économique national et régional, les ressources, y compris marines et issues du recyclage, ainsi que les besoins en matériaux dans et hors de la région, la protection des paysages, des sites et des milieux naturels sensibles, la préservation de la ressource en eau, la nécessité d'une gestion équilibrée et partagée de l'espace, l'existence de modes de transport écologiques, tout en favorisant les approvisionnements de proximité, une utilisation rationnelle et économe des ressources et le recyclage. Il identifie les gisements potentiellement exploitables d'intérêt national ou régional et recense les carrières existantes. Il fixe les objectifs à atteindre en matière de limitation et de suivi des impacts et les orientations de remise en état et de réaménagement des sites ".
10. Il résulte des dispositions précitées que le schéma régional des carrières constitue un document de programmation définissant des orientations ayant pour objet d'assurer la logistique nécessaire à la gestion durable des granulats, des matériaux et des substances de carrières dans la région. Celles-ci ont vocation notamment à guider les services chargés de l'instruction des demandes présentées au titre de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement, ces derniers conservant un pouvoir d'appréciation, sous le contrôle du juge du plein contentieux. A ce titre, le schéma peut contenir des mesures permettant de mettre en œuvre les orientations et d'atteindre les objectifs qu'il définit, se traduisant notamment par des règles de fond avec lesquelles les autres documents et décisions intervenant dans le domaine des carrières doivent être compatibles, ce qui exclut toutefois l'instauration de prescriptions telles qu'elles induiraient un rapport de conformité de ces documents et décisions. Il ne peut davantage subordonner légalement les demandes d'autorisations environnementales à des obligations de procédure autres que celles prévues par les différentes législations en vigueur.
11. Si le schéma régional des carrières en litige prévoit différentes orientations comprenant chacune un ensemble de mesures envisagées pour atteindre les objectifs qu'elles fixent, la volonté des auteurs du schéma, qui les qualifient d'ailleurs d'orientations, permet en l'espèce de les interpréter comme fixant des principes visant à guider l'action des professionnels du secteur et des autorités en charge de prendre des décisions en la matière, et susceptibles de s'imposer aux autorisations seulement dans un rapport de compatibilité, lequel s'apprécie dans le cadre d'une analyse globale à l'échelle du territoire pertinent.
12. En premier lieu l'orientation V " Respecter un socle commun d'exigences régionales dans la conception des projets, leur exploitation et leur remise en état " renvoie à trois annexes définissant un socle commun, traitant des recommandations techniques pour une étude hydrogéologique approfondie dans le cadre de l'étude d'impact et émettant des recommandations techniques pour la réalisation d'une analyse paysagère dans le cadre de l'étude d'impact. Et l'orientation VII " Eviter d'exploiter les gisements de granulats en zone de sensibilité majeure () " renvoie quant à elle à un guide, figurant en annexe, ou à toute autre approche équivalente, décrivant l'analyse territoriale devant figurer dans les dossiers de demande d'autorisation environnementale en zone de sensibilité majeure.
13. Ces orientations, qui ne sauraient s'interpréter comme imposant des règles de procédure ou de fond, consistent en la définition d'un guide, dépourvu de tout caractère impératif, ainsi que cela résulte, au demeurant, du paragraphe intitulé " Limites de l'exercice de planification au regard des procédures applicables " du schéma régional des carrières. La requérante n'est, ainsi, pas fondée à soutenir que des règles de procédure auraient été irrégulièrement fixées par le schéma régional des carrières en ses orientations V et VII.
14. En deuxième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, l'orientation VII du schéma régional des carrières contesté est intitulée " Eviter d'exploiter les gisements de granulats en zone de sensibilité majeure ", sauf dans les cas limitativement énumérés. Cette énumération est inscrite, au sein de cette orientation, dans un logigramme, dont la requérante conteste l'intelligibilité d'une part, et le contenu même d'autre part.
15. Tout d'abord, si l'objectif à valeur constitutionnelle de clarté et d'intelligibilité de la norme peut être utilement invoqué, la requérante, qui conteste au demeurant précisément le contenu des logigrammes contenus dans l'orientation VII, n'établit pas que cet objectif aurait été méconnu.
16. Ensuite, il ressort de l'orientation VII qu'elle renvoie à un logigramme intitulé " délivrance d'une autorisation pour projet de carrière de granulats en enjeu majeur ", distinguant les hypothèses de demande de renouvellement d'une part, d'extension ou d'approfondissement d'autre part, ou de nouveau projet. Si, dans le premier cas, il est indiqué que les demandes de renouvellement sont possibles, pour ce qui concerne les demandes d'extension ou d'approfondissement et les nouveaux projets, plusieurs critères ont été dégagés afin d'apprécier si les autorisations peuvent être délivrées, assorties, le cas échéant, d'une limitation de leur durée de validité. De première part, si la requérante conteste l'assimilation des demandes portant sur des projets d'extension et celles portant sur des projets d'approfondissement, elle ne démontre toutefois pas que les projets d'approfondissement seraient, comme elle le soutient, nécessairement moins impactant sur l'environnement. De seconde part, les critères contenus dans le logigramme consistent essentiellement en l'existence ou non d'un gisement de report ou d'un site autorisé compatible à proximité du bassin de consommation, et à la situation locale d'approvisionnement favorable ou défavorable, par rapport au scénario et aux orientations du schéma régional des carrières. Si la requérante fait grief à ces critères d'être largement indéterminés, faisant obstacle à toute prévisibilité, le schéma régional des carrières n'a pas, ainsi qu'il a été dit, vocation à édicter des prescriptions de nature réglementaire s'imposant, dans un strict rapport de conformité, aux décisions prises en réponse aux demandes d'exploitation. Les orientations et objectifs fixés ayant vocation à être appliqués au cas par cas, par l'autorité administrative chargée de les interpréter, le cas échéant sous le contrôle du juge, la requérante n'est pas fondée à contester l'insuffisante définition des critères retenus dans le logigramme annexé au schéma régional des carrières dans le cadre de son orientation VII. Ensuite, les différents critères retenus pour apprécier les conditions de délivrance de l'autorisation apparaissent appropriés et en lien avec les objectifs poursuivis, qui visent à privilégier les sites implantés sur des territoires viables et sans enjeux. S'agissant des gisements de report, leur identification a été réalisée sur la base des études du bureau de recherches géologiques et minières, et le schéma régional des carrières détaille la méthode utilisée pour y procéder. Si la requérante fait valoir qu'il n'a pas été tenu suffisamment compte des propriétés géologiques du gisement et de la présence d'habitats d'espèces protégées, ces éléments pourront être examinés, au cas par cas, lors de l'instruction de chacune des demandes d'autorisation et, par ailleurs, elle ne conteste précisément l'identification d'aucun de ces gisements de report. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les limitations de durée des autorisations, prévues par l'orientation sur les seuls sites à enjeu majeur, ne pourrait permettre aux carriers d'assurer l'équilibre économique de l'exploitation des gisements.
17. En troisième lieu, l'orientation VI " Ne pas exploiter les gisements en zone de sensibilité rédhibitoire " est contestée par la requérante en tant que sont inclus, dans de telles zones de sensibilité rédhibitoire, les périmètres de protection rapproché des captages d'eau potable et les périmètres de protection des sources minérales.
18. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 1321-2 du code de la santé publique : " En vue d'assurer la protection de la qualité des eaux, l'acte portant déclaration d'utilité publique des travaux de prélèvement d'eau destinée à l'alimentation des collectivités humaines mentionné à l'article L. 215-13 du code de l'environnement détermine autour du point de prélèvement un périmètre de protection immédiate dont les terrains sont à acquérir en pleine propriété, un périmètre de protection rapprochée à l'intérieur duquel peuvent être interdits ou réglementés toutes sortes d'installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols de nature à nuire directement ou indirectement à la qualité des eaux et, le cas échéant, un périmètre de protection éloignée à l'intérieur duquel peuvent être réglementés les installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols et dépôts ci-dessus mentionnés. () ". Si la requérante soutient que le préfet de région ne pouvait légalement, sans empiéter sur les compétences du préfet de département, interdire toute activité extractive dans le périmètre de protection rapprochée, il résulte toutefois des orientations du schéma que le périmètre de protection rapprochée n'est pas classé en zone de sensibilité rédhibitoire lorsque la déclaration d'utilité publique du captage prévoit des modalités particulières rendant compatible l'exploitation de carrières existantes.
19. D'autre part, selon l'article L. 1322-3 du code de la santé publique : " Une source d'eau minérale naturelle peut être déclarée d'intérêt public. Dans ce cas, un périmètre de protection qui peut porter sur des terrains disjoints, peut lui être assignée. A l'intérieur de ce périmètre, peuvent être interdits ou réglementés toutes activités, dépôts ou installations de nature à nuire directement ou indirectement à la qualité des eaux. / Ce périmètre peut être modifié si de nouvelles circonstances en font reconnaître la nécessité ". Si, selon l'UNICEM Auvergne-Rhône-Alpes, seule une déclaration d'utilité publique peut interdire ou réglementer l'exercice d'une activité extractive dans le périmètre de protection visé par les dispositions précitées, il ressort, là encore, des orientations du schéma et des observations en défense de la préfète, auxquelles il n'a pas été répliqué, que seule le périmètre d'émergence des sources minérales est classé en zone rédhibitoire, et, s'agissant des périmètres de protection, que l'exploitation d'une carrière doit être compatible avec la déclaration d'utilité publique. Il en résulte que l'UNICEM Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas fondée à soutenir que le zonage des sensibilités rédhibitoires serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
20. En quatrième lieu, d'une part, l'orientation X.2 " Eviter et réduire l'exploitation d'alluvions récentes " consiste en la déclinaison de l'objectif de préservation des intérêts liés à la ressource en eau édicté par les SDAGE des bassins Loire Bretagne, Adour Garonne et Rhône-Méditerranée, applicables sur le territoire de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et en particulier la réduction des prélèvements de granulats alluvionnaires. Cette orientation, qui n'est dès lors pas incompatible avec les SDAGE, n'est pas davantage, compte tenu des atteintes irréversibles à la ressource en eau, aux écosystèmes et aux impacts sur l'hydromorphologie des cours d'eau en résultant causés par les extractions d'alluvions, entachée d'erreur d'appréciation.
21. D'autre part, et enfin, il est constant que le SDAGE Rhône-Méditerranée évoque l'objectif de réduction des extractions alluvionnaires dans les seuls secteurs susceptibles d'avoir un impact négatif sur les objectifs environnementaux " dès lors que la substitution est possible et sans risque d'impact plus important pour l'environnement ". Pour autant, l'orientation X.2 du schéma régional des carrières en litige, qui fixe comme objectif la diminution des capacités maximales annuelles d'extraction en zone à enjeu majeur " eau " de 3% par an, est justifiée par les atteintes irréversibles à la ressource en eau, aux écosystèmes et aux impacts sur l'hydromorphologie des cours d'eau causées par les extractions d'alluvions quel que soit le secteur d'exploitation, et n'est pas incompatible avec le SDAGE Rhône-Méditerranée.
22. Il résulte de tout ce qui précède que l'UNICEM Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes a approuvé le schéma régional des carrières et ses annexes. Elle n'est, par voie de conséquence, pas non plus fondée à demander l'annulation des décisions par lesquelles ses recours gracieux et hiérarchique ont été rejetés.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, les sommes réclamées sur leur fondement par les requérants.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'UNICEM Auvergne-Rhône-Alpes et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Allais, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.
La rapporteure,
A. Allais
Le président,
T. Besse
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026