mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204159 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juin 2022, et deux mémoires complémentaires enregistrés le 1er mars 2023 et le 11 septembre 2023, l'association France Nature Environnement Loire, l'association France Nature Environnement Rhône-Alpes, la Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes, l'association pour la protection des animaux sauvages et du patrimoine naturel et l'association Agir pour le vivant et les espèces sauvages, ayant comme représentant unique l'association France Nature Environnement Loire, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète de la Loire a autorisé une période complémentaire de la vénerie du blaireau du 1er juin au 15 août 2022.
2°) de mettre la charge de l'Etat la somme globale de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la note de présentation accompagnant la consultation du publique et prévue au II de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement n'était pas suffisante pour appréhender le contexte et les objectifs du projet d'arrêté ;
- les membres de la commission départementale de chasse et de la faune sauvage n'ont pas été suffisamment informés au regard notamment des dispositions de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'exposé des motifs de l'arrêté est insuffisant en réponse à la consultation du public en méconnaissance de l'article L. 123-19 II du code de l'environnement ;
- la décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 420-1 et R. 424-5 du code de l'environnement en l'absence de démonstration de l'existence dans le département de dégâts imputables au blaireau de nature à établir une atteinte à l'équilibre agro-sylvo-cynégétique ;
- la décision porte atteinte à l'équilibre agro-sylvo-cynégétique consacrée par les dispositions des articles L. 420-1 et L. 425-4 du code de l'environnement.
- l'arrêté méconnaît l'article L. 424-10 du code de l'environnement interdisant la destruction des petits mammifères et l'article 7 de la convention de Berne du 19 septembre 1979 posant l'objectif de protection des petits mammifères et est de ce fait entaché d'erreur de droit ;
- l'arrêté, en ce qu'il autorise la reprise de la vénerie sous terre à la date du 1er juin, porte atteinte à l'habitat de certaines espèces protégées et est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'environnement.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés le 11 août 2022 et le 24 mars 2023, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par les associations requérantes ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en intervention volontaire, enregistrés le 15 juin 2022 et le 20 mars 2023, la Fédération départementale des chasseurs de la Loire, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par les associations requérantes ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023 par une ordonnance du 12 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte de l'environnement ;
- la convention de Berne du 19 septembre 1979 ;
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du ministre délégué auprès du ministre de l'équipement, du logement, de l'aménagement du territoire et des transports, chargé de l'environnement, du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;
- les observations de MM. Ulmer et Flamand pour les associations requérantes et celles de Me Lagier pour la Fédération départementale des chasseurs de la Loire.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 16 mai 2022, la préfète de la Loire a autorisé une période complémentaire de la vénerie du blaireau du 1er juin au 15 août 2022. L'association France Nature Environnement Loire, l'association France Nature Environnement Rhône-Alpes, la Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes, l'association pour la protection des animaux sauvages et du patrimoine naturel et l'association Agir pour le vivant et les espèces sauvages demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de la Loire :
2. La Fédération départementale des chasseurs de la Loire a, eu égard à son objet statutaire et à la nature du litige, intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi son intervention est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'environnement : " Nul ne peut chasser en dehors des périodes d'ouverture de la chasse fixées par l'autorité administrative selon des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-4 du même code : " Dans le temps où la chasse est ouverte, le permis donne à celui qui l'a obtenu le droit de chasser de jour, soit à tir, soit à courre, à cor et à cri, soit au vol, suivant les distinctions établies par des arrêtés du ministre chargé de la chasse. Le jour s'entend du temps qui commence une heure avant le lever du soleil au chef-lieu du département et finit une heure après son coucher ". Aux termes de l'article R. 424-4 du même code : " La chasse à courre, à cor et à cri est ouverte du 15 septembre au 31 mars. / La chasse au vol est ouverte à compter de la date d'ouverture générale de la chasse dans le département considéré jusqu'au dernier jour de février. Toutefois, pour la chasse aux oiseaux, ces dates sont fixées par arrêté du ministre chargé de la chasse ". Aux termes de l'article R. 424-5 du même code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai ".
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-29 du code de l'environnement : " I.- La commission départementale de la chasse et de la faune sauvage concourt à l'élaboration, à la mise en oeuvre et au suivi, dans le département, de la politique du gouvernement dans le domaine de la chasse et de la protection de la faune sauvage. Elle est régie par les dispositions des articles 8 et 9 du décret n° 2006-665 du 7 juin 2006. Elle est notamment chargée d'émettre, dans le respect des équilibres biologiques et des intérêts agricoles et forestiers, un avis sur la gestion des espèces chassées et la préservation de leurs habitats, ainsi que sur la détermination des espèces visées à l'article L. 427-8. II.- Dans les cas et selon les modalités prévus par les dispositions législatives ou réglementaires, la commission : 1° Se prononce sur les périodes, les modalités et pratiques de chasse, ainsi que sur celles de destruction des animaux classés susceptibles d'occasionner des dégâts ; 2° Est consultée sur l'attribution des plans de chasse et sur la gestion des lots de chasse sur les domaines publics fluvial et maritime ; 3° Intervient en matière d'indemnisation des dégâts aux récoltes, aux cultures et aux forêts causés par le grand gibier. ". Aux termes de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf urgence, les membres de la commission reçoivent, cinq jours au moins avant la date de la réunion, une convocation comportant l'ordre du jour et, le cas échéant, les documents nécessaires à l'examen des affaires qui y sont inscrites. ".
5. Il est constant que les membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage de la Loire, au sein de laquelle siègent notamment les représentants de l'association France Nature Environnement et de la Ligue pour la protection des oiseaux, ont été informés par courrier du 1er avril 2022 de leur convocation à la réunion du 14 avril 2022, cette convocation précisant l'ordre du jour de la séance et que les documents de travail seront mis en ligne sur le site réservé aux membres de la commission à compter du 8 avril 2022. Le préfet de la Loire fait valoir, sans être contesté sur ce point, que ces documents ont ainsi été mis en ligne sur cette plateforme informatique exclusivement dédiée aux membres de la commission. Si les associations requérantes font valoir que l'administration n'a mis à leur disposition qu'une seule étude, diligentée par la fédération départementale des chasseurs de la Loire et aucune autre information relative aux équilibres écologiques et aux intérêts agricoles et forestiers en question et sans données chiffrées précises concernant les populations de blaireaux dans la Loire et les dégâts causés aux cultures agricoles et vinicoles et sans prescriptions techniques relatives aux prélèvements, ce document contient notamment une estimation des effectifs du nombre de terriers et des estimations de la population de blaireaux sur le département de la Loire, ainsi que le nombre de prélèvements effectués par vénerie sous terre au titre des années précédentes. Il ressort en outre du procès-verbal de cette commission que les problèmes posés par cette espèce à l'agriculture ainsi que les désordres qu'elle occasionne sur les routes et le risque sanitaire qu'elle peut potentiellement faire peser sur l'élevage ont été exposés en séance par le vice-président de la chambre d'agriculture. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments d'information portés à leur connaissance, les membres de la commission ont été suffisamment informés au regard des dispositions précitées de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de la charte de l'environnement : " toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi () de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement ". Aux termes de l'article L.123-19-1 du code de l'environnement : " I. - Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas aux décisions qui modifient, prorogent, retirent ou abrogent les décisions mentionnées à l'alinéa précédent soumises à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Ne sont pas regardées comme ayant une incidence sur l'environnement les décisions qui ont sur ce dernier un effet indirect ou non significatif. /II. - Sous réserve des dispositions de l'article L. 123-19-6, le projet d'une décision mentionnée au I, accompagné d'une note de présentation précisant notamment le contexte et les objectifs de ce projet, est mis à disposition du public par voie électronique et, sur demande présentée dans des conditions prévues par décret, mis en consultation sur support papier dans les préfectures et les sous-préfectures en ce qui concerne les décisions des autorités de l'Etat, y compris les autorités administratives indépendantes, et des établissements publics de l'Etat, ou au siège de l'autorité en ce qui concerne les décisions des autres autorités. Lorsque le volume ou les caractéristiques du projet de décision ne permettent pas sa mise à disposition par voie électronique, la note de présentation précise les lieux et horaires où l'intégralité du projet peut être consultée. Pour les décisions à portée nationale de l'Etat, y compris les autorités administratives indépendantes, et des établissements publics de l'Etat, la liste indicative des consultations programmées est publiée tous les trois mois par voie électronique. Au plus tard à la date de la mise à disposition prévue au premier alinéa du présent II, le public est informé, par voie électronique, des modalités de consultation retenues. Les observations et propositions du public, déposées par voie électronique ou postale, doivent parvenir à l'autorité administrative concernée dans un délai qui ne peut être inférieur à vingt et un jours à compter de la mise à disposition prévue au même premier alinéa. Le projet de décision ne peut être définitivement adopté avant l'expiration d'un délai permettant la prise en considération des observations et propositions déposées par le public et la rédaction d'une synthèse de ces observations et propositions. Sauf en cas d'absence d'observations et propositions, ce délai ne peut être inférieur à quatre jours à compter de la date de la clôture de la consultation. Dans le cas où la consultation d'un organisme consultatif comportant des représentants des catégories de personnes concernées par la décision en cause est obligatoire et lorsque celle-ci intervient après la consultation du public, la synthèse des observations et propositions du public lui est transmise préalablement à son avis. Au plus tard à la date de la publication de la décision et pendant une durée minimale de trois mois, l'autorité administrative qui a pris la décision rend publics, par voie électronique, la synthèse des observations et propositions du public avec l'indication de celles dont il a été tenu compte, les observations et propositions déposées par voie électronique ainsi que, dans un document séparé, les motifs de la décision () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la note de présentation mise à disposition du public par voie électronique du 12 avril au 3 mai 2022 par les services de la préfète de la Loire et jointe au projet d'arrêté en litige, fait état, après avoir rappelé les dispositions de l'article R. 424-5 du code de l'environnement, de la présentation de l'espèce du blaireau et du maintien de sa population à un niveau stable, voire en très légère augmentation dans le département, d'une estimation minimale du nombre de blaireaux estimé comme probable, et du nombre de blaireaux prélevés selon la vénerie sous terre par groupes d'années. Contrairement à que font valoir les associations requérantes, il ne résulte pas des dispositions précitées que cette note de présentation devait nécessairement faire mention de l'avis ou du compte rendu de séance de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage de la Loire dès lors que l'article L. 123-19-1 II du code de l'environnement précité prévoit la possibilité que la consultation d'un organisme consultatif puisse intervenir après la consultation du public. En outre, dès lors que la démonstration préalable de dégâts imputables au blaireau ne constitue pas un préalable nécessaire à l'ouverture d'une période complémentaire de vénerie du blaireau sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 424-5 du code de l'environnement, les associations requérantes ne peuvent utilement se prévaloir du fait que cette note de présentation ne ferait pas précisément mention des dégâts recensés dans le département. Les éléments d'information portés à la connaissance du public étaient ainsi suffisamment précis pour lui permettre d'appréhender le contexte et les objectifs de l'arrêté en litige. Par suite, les associations requérantes ne sont pas fondées à soutenir que la note de présentation n'était pas suffisamment précise au regard des dispositions précitées du II de l'article L. 123-9-1 du code de l'environnement.
8. En troisième lieu, alors que la décision en litige, prise notamment au visa de l'avis émis le 14 avril 2022 par la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la consultation du public organisée du 12 avril au 3 mai 2022 comporte les considérations et de fait qui la fondent, la préfète de la Loire n'était pas tenue de faire mention dans cette décision d'un quelconque " bilan de cette consultation ", ni d'y faire apparaître " les réponses de l'administration " aux observations du public, quand bien même celles-ci étaient majoritairement défavorables au projet. La méconnaissance soulevée à ce titre des dispositions de de l'article L. 123-9-1 du code de l'environnement doit être écartée.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. Par leurs actions de gestion et de régulation des espèces dont la chasse est autorisée ainsi que par leurs réalisations en faveur des biotopes, les chasseurs contribuent au maintien, à la restauration et à la gestion équilibrée des écosystèmes en vue de la préservation de la biodiversité. Ils participent de ce fait au développement des activités économiques et écologiques dans les milieux naturels, notamment dans les territoires à caractère rural. ". Aux termes de l'article L. 424-10 du même code : " Il est interdit de détruire, d'enlever ou d'endommager intentionnellement les nids et les œufs, de ramasser les œufs dans la nature et de les détenir. Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts. Aux termes de l'article L. 425-4 du même code : " L'équilibre agro-sylvo-cynégétique consiste à rendre compatibles, d'une part, la présence durable d'une faune sauvage riche et variée et, d'autre part, la pérennité et la rentabilité économique des activités agricoles et sylvicoles. Il est assuré, conformément aux principes définis à l'article L. 420-1, par la gestion concertée et raisonnée des espèces de faune sauvage et de leurs habitats agricoles et forestiers. L'équilibre agro-sylvo-cynégétique est recherché par la combinaison des moyens suivants : la chasse, la régulation, la prévention des dégâts de gibier par la mise en place de dispositifs de protection et de dispositifs de dissuasion ainsi que, le cas échéant, par des procédés de destruction autorisés. La recherche de pratiques et de systèmes de gestion prenant en compte à la fois les objectifs de production des gestionnaires des habitats agricoles et forestiers et la présence de la faune sauvage y contribue. () ".
10. Il résulte des dispositions précitées que la pratique de la vénerie sous terre est autorisée par l'article L. 424-4 du code de l'environnement et que l'article R. 424-5 du même code a pour seul objet de préciser ses périodes d'ouverture, du 15 septembre au 15 janvier, par dérogation à celle prévue pour la chasse à courre ouverte du 15 septembre au 31 mars, et, sur autorisation préfectorale, pour une période complémentaire à partir du 15 mai. Ces dispositions n'ont pas par elles-mêmes pour effet d'autoriser la destruction de petits blaireaux ou de nuire au maintien de l'espèce dans un état de conservation favorable, le préfet étant notamment tenu, pour autoriser cette période de chasse complémentaire, de s'assurer, en considération des avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et des circonstances locales, qu'une telle prolongation n'est pas de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux ni à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux.
11. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, la démonstration préalable de dégâts imputables au blaireau ne constitue pas un préalable nécessaire à l'ouverture d'une période complémentaire de vénerie du blaireau. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation à ce titre doivent être écartés.
12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté litigieux, que l'exercice de la vénerie du blaireau a été autorisée pour une période complémentaire limitée à deux mois et demi du 1er juin 2022, compte tenu de la période de sevrage des jeunes blaireaux, au 15 août 2022, en vue de réguler la population de cette espèce, sans prédateur naturel, qui peut causer des dégâts aux cultures agricoles et aux infrastructures et compte tenu de ce que le blaireau, espèce nocturne, est peu prélevé par la chasse à tir en raison de ses conditions de vie essentiellement nocturne. Si, par cet arrêté, l'exercice de la vénerie du blaireau est autorisé pour une période complémentaire allant du 1er juin au 15 août 2022, la préfète de la Loire a encadré cette activité en la réservant aux seuls équipages de vénerie sous terre agréés en règle avec l'arrêté ministériel du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie et avec l'accord du détenteur du droit de chasse des terrains concernés sur la base de signalements de présence et de dégâts aux cultures agricoles. Pour estimer que le niveau de population de blaireau peut être considéré comme stable dans le département de la Loire, voire en très légère augmentation, la préfète de la Loire s'est fondée sur deux études menées sur le département de la Loire en 2016 et 2021, et une étude plus récente menée par la fédération départementale des chasseurs de la Loire ayant conclu à une estimation de blaireaux, réalisée à partir d'une enquête réalisée en 2021 ayant mobilisé sur le terrain près de 380 participants répartis sur 220 communes représentant 60 % des communes ligériennes, alors que les associations requérantes ne produisent aucun élément probant de nature à remettre en cause ce constat, et que le nombre de prélèvements au titre des années 2018 à 2020 est resté stable. En conséquence, il ne ressort pas des pièces du dossier au vu de l'ensemble de ces éléments, que l'arrêté en litige serait de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux ou à remettre en cause l'équilibre agro-sylvo-cynégétique du département de la Loire.
13. Enfin, alors que la décision en litige trouve son fondement dans les dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 424-5 du code de l'environnement autorisant l'autorité administrative à ouvrir une période complémentaire de vénerie du blaireau à partir du 15 mai, cette décision, en ce qu'elle ouvre cette période complémentaire à compter du 1er juin ne peut être regardée comme méconnaissant par principe l'interdiction légale prévue à l'article L. 424-10 du code de l'environnement de destruction des portées ou petits des mammifères dont la chasse est autorisée. En outre, la prise en compte par la préfète de la Loire de la période de sevrage des jeunes blaireautins caractérisée par l'ouverture de cette période de chasse complémentaire seulement à compter du 1er juin, et les conditions d'encadrement de cette chasse précédemment rappelées prévues dans l'arrêté en litige ne permettent pas en l'espèce de regarder cette période de chasse complémentaire comme étant de nature à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux prévue à l'article L. 424-10 du code de l'environnement, laquelle ne vaut d'ailleurs que sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts, alors même qu'une partie des jeunes blaireautins ne serait pas encore émancipée à cette date. Enfin si le blaireau fait partie des espèces de faune sauvage protégées figurant à l'annexe 3 de la convention de Berne du 19 septembre 1979, ratifiée par la France, ladite stipulation, eu égard au libellé de l'article 7 de cette convention, n'a entendu créer d'obligations qu'entre les Etats parties sans produire d'effet direct dans l'ordre juridique interne, de sorte que les associations requérantes ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations.
14. En dernier lieu, contrairement à ce que font valoir les associations requérantes, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté en litige, en ce qu'il autorise la vénerie sous terre à compter du 1er juin, porterait atteinte à l'habitat de certaines espèces protégées, notamment les chats forestiers, en méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 411-1 du code de l'environnement.
15. Il résulte de ce qui précède que l'association France Nature Environnement Loire, l'association France Nature Environnement Rhône-Alpes et la Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel la préfète de la Loire a autorisé une période complémentaire de la vénerie du blaireau du 1er juin au 15 août 2022.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement aux associations requérantes, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : L'intervention de la Fédération départementale des chasseurs de la Loire est admise.
Article 2 : La requête de l'association France Nature Environnement Loire, l'association France Nature Environnement Rhône-Alpes, la Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes, l'association pour la protection des animaux sauvages et du patrimoine naturel et l'association Agir pour le vivant et les espèces sauvages est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association France Nature Environnement Loire, représentante unique des requérantes, à la Fédération départementale des chasseurs de la Loire, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller ;
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
G. Montézin
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026