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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204180

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204180

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2022, M. C B, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône :

- à titre principal, de renouveler son titre de séjour ou de lui délivrer un nouveau titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- à titre infiniment subsidiaire, en cas d'annulation de la seule décision fixant le pays de destination, de l'assigner à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. B soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît les stipulations de l'alinéa 1 du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation du caractère sérieux de ses études ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet du Rhône, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Tocut, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 28 mai 2000, de nationalité algérienne, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté en date du 7 décembre 2021, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes du 1er alinéa du titre III du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". L'article 9 de cet accord prévoit que : " () / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " est subordonnée à l'obtention d'un visa de long séjour.

3. Aux termes de l'article R. 311-2 du même code, applicable aux ressortissants algériens, dans sa version alors applicable : " la demande est présentée par l'intéressé dans les deux mois de son entrée en France. S'il y séjournait déjà, il présente sa demande : () / 4° Soit dans le courant des deux derniers mois précédant l'expiration de la carte de séjour dont il est titulaire. (). A l'échéance de ce délai et en l'absence de présentation de demande de renouvellement de sa carte de séjour, il justifie à nouveau des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance de la carte de séjour. ". Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " valable du 1er avril 2019 au 31 mars 2020, dont il n'a demandé le renouvellement que le 29 novembre 2021, plus d'un an après son expiration. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en lui opposant le refus de présentation d'un visa de long séjour le préfet du Rhône aurait méconnu les stipulations du 1er alinéa du titre III du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a validé sa première année de licence de sciences de la vie et de la terre à l'issue de l'année universitaire 2017-2018. Néanmoins, inscrit en deuxième année de licence de la même discipline au cours des années universitaires 2018-2019 et 2019-2020, il a été ajourné avec une moyenne inférieure à 5 sur 20 pour le semestre 3, et a été défaillant à deux reprises aux examens du semestre 4. Il s'est une nouvelle fois inscrit en deuxième année de licence pour l'année universitaire 2020-2021 mais ne présente aucun bulletin de notes au titre de cette année. Par suite, en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant au titre de sa quatrième inscription consécutive en deuxième année de licence en lui opposant l'absence de progression dans ses études, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

6. M. B fait valoir qu'il est présent sur le territoire depuis plus de cinq années, qu'il a d'abord été hébergé chez sa tante mais qu'en raison de difficultés familiales, il a été livré à lui-même, ce qui explique ses difficultés dans ses études, puisqu'il a été obligé de travailler pour subvenir à ses besoins et de trouver un logement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de cinq ans de présence sur le territoire français, M. B, n'a validé que sa première année de licence, et ne justifie d'aucune perspective sérieuse d'intégration professionnelle. Il est célibataire, sans charge de famille, et est dépourvu d'attaches personnelles ou familiales en France, à l'exception de sa tante chez qui il indique ne plus résider. Il ne conteste pas conserver des attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans et où résident ses parents. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

7. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

En ce qui concerne le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi devra, par voie de conséquence, être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le préfet du Rhône sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet du Rhône fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

La rapporteure,

C. Tocut

Le président,

M. A La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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