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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204185

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204185

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantRAFFIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2022, M. B E A, représenté par Me Raffin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 mai 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " étudiant ", et, à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 relative à la circulation et au séjour des personnes et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet du Rhône, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 4 juillet 2022 par ordonnance du 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le publics et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président,

- et les observations de Me Raffin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 11 octobre 1994, ressortissant sénégalais, déclare être entré en France le 10 août 2019 muni de son passeport revêtu d'un visa long séjour " étudiant ". Le 28 août 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant " sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 relative à la circulation et au séjour des personnes. Par une décision en date du 3 mai 2022, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée, alors même qu'elle ne fait pas état des éventuelles difficultés que le requérant allègue avoir rencontrées à son arrivée en France et celles liées au contexte sanitaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et de ces éléments que le préfet se soit abstenu de procéder à un examen particulier et complet de la situation de l'intéressé.

3. En second lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise : " Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. "

4. Pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet du Rhône s'est fondé sur l'absence de sérieux et de progression de ses études et notamment sur le fait qu'à la date de la décision attaquée, M. A ne justifiait de " l'obtention d'aucune année d'études supérieures ", qu'il n'a pas validé sa deuxième année de licence de sociologie au titre de l'année universitaire 2019/2020, et qu'il s'est réorienté en 2020/2021 en première année d'une double licence de Science politique qu'il n'a également pas validé et au terme de laquelle il a décidé de redoubler. En outre, le préfet du Rhône relève que M. A a fourni un relevé de notes incomplet du premier semestre de l'année universitaire 2021-2022 avec des notes très faibles, sans qu'aucune n'atteigne la moyenne. Si le requérant se prévaut de l'obtention au Sénégal d'un baccalauréat littéraire et d'un DEUG en sociologie avec les mentions " assez bien ", et fait valoir qu'il poursuit des études supérieures depuis son arrivée en France, qu'il est sérieux et assidu, qu'il a obtenu des notes satisfaisantes et que sa réorientation s'inscrit dans un projet professionnel cohérent, il est toutefois constant qu'il n'a pas validé sa deuxième année de licence de sociologie au cours de l'année 2019/2020 et qu'il n'a validé aucun semestre lors de son redoublement en double licence de Science politique - Droit, obtenant notamment une moyenne générale de 6,92 et 6,72 au premier et deuxième semestres. En outre, si M. A fait valoir que ces échecs résulteraient d'une part, de difficultés financières et matérielles qu'il a éprouvées lors de son arrivée en France et d'autre part, du contexte sanitaire, il ne le justifie pas par les éléments versés au dossier. Ainsi, à la date de la décision en litige, alors qu'il entamait le deuxième semestre de l'année universitaire 2021-2022, et en dépit de son assiduité aux cours de travaux dirigés, M. A ne justifie pas de la progression et du sérieux dans ses études, ni de circonstances particulières pouvant justifier une réorientation ou ses échecs à ses examens. Dans ces conditions, et alors même qu'il expose que certaines de ses notes étaient supérieures à la moyenne, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de procéder au renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise susvisée et aurait méconnu ainsi lesdites stipulations.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Si le requérant soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français compromet ses chances de suivre un cursus bi disciplinaire et son avenir professionnel, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas poursuivre ses études et son projet professionnel dans son pays d'origine et alors que, comme il a été dit précédemment, M. A n'a obtenu aucun diplôme au terme de ses trois années d'études et ne justifie pas de la progression de ses études. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette mesure d'éloignement sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de M. A le paiement de la somme demandée par le préfet du Rhône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet du Rhône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M.Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

J. SegadoL'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty.

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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