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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204217

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204217

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantIDCHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2022, M. B A, représenté par Me Idchar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a refusé le renouvellement de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence d'une menace à l'ordre public ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre la décision attaquée.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par lettre du 28 juillet 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance, par la décision attaquée, du champ d'application des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne s'appliquent pas à une demande de renouvellement d'une carte de résident.

Par ordonnance du 7 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Boulay, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1994, entré régulièrement en France le 3 décembre 2008 à l'âge de quatorze ans, a sollicité le renouvellement de sa carte de résident le 9 décembre 2021. Par un arrêté du 14 avril 2022 dont il demande l'annulation, la préfète de la Loire a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande./ Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées./ Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) (). ".

3. L'arrêté par lequel la préfète de la Loire a rejeté la demande de renouvellement du certificat de résidence de dix ans de M. A est fondé sur la circonstance que la présence en France de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public, au vu notamment des deux condamnations pénales dont il a fait l'objet, respectivement à une peine d'amende de 500 euros le 4 décembre 2015 pour " usage illicite de stupéfiants " et à une peine de cinq ans d'emprisonnement et 4 000 euros d'amende le 11 juin 2020 notamment pour des faits de transport, détention, acquisition, offre ou cession, utilisation non autorisés de stupéfiants.

4. Toutefois, les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que " la circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE. " et celles de l'article L. 432-1 du même code qui disposent que " la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ", applicables aux ressortissants algériens, ne permettent pas à l'autorité administrative de fonder légalement une décision de refus de renouvellement d'un certificat de résidence de dix ans. Par suite, la préfète de la Loire, en fondant sa décision sur les dispositions susmentionnées des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser à M. A le renouvellement de sa carte de résident, a méconnu le champ d'application de la loi.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de renouveler son certificat de résidence de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation de la décision de refus de renouvellement implique nécessairement, et alors qu'il n'apparaît pas qu'une circonstance de fait ou de droit serait de nature à faire obstacle à ce que M. A bénéficie du certificat de résidence, qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de renouveler le certificat de résidence de dix ans du requérant. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Loire du 14 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de renouveler le certificat de résidence de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

P. Boulay

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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