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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204234

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204234

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2022, Mme F A, représentée par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

2°) d'annuler les décisions du 16 mai 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer le titre de séjour sollicité en qualité d'" étudiante " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et, à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge du préfet du Rhône la somme de 1500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 relative à la circulation et au séjour des personnes et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et la décision est de ce fait entachée d'erreur de droit en se fondant sur le 3° de l'article L. 611-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et faisant obligation de quitter le territoire français ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

La clôture d'instruction a été fixée au 7 juillet 2022 par ordonnance du 7 juin 2022.

Des pièces ont été produites par le préfet du Rhône le 1er septembre 2022 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président,

- et les observations de Me Diallo représentante de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 28 août 1994, ressortissante sénégalaise, est entrée en France le 5 octobre 2018 muni de son passeport revêtu d'un visa long séjour " étudiant ". Le 2 octobre 2021. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " étudiant ", qui était valable du 1er novembre 2019 jusqu'au 31 octobre 2021, sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 susvisée. Par des décisions en date du 16 mai 2022, le préfet du Rhône a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Mme A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 septembre 2022, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire..

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. La décision contestée a été signée par Mme B C, directrice des migrations et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône du 5 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le 8 avril 2022, accessible au juge comme aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque ainsi en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'alinéa 2 de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise : " () / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. ".

6. Pour l'application des stipulations de la convention franco-sénégalaise dont l'objet et la portée sont équivalentes à celles des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et leur caractère cohérent.

7. Il ressort des pièces du dossier produites avant la clôture d'instruction que Mme A est entrée régulièrement en France le 5 octobre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour pour poursuivre des études supérieures. Au titre de l'année universitaire 2018/2019, elle était inscrite en école supérieure de commerce et a obtenu le 29 octobre 2019 le diplôme de responsable opérationnel à l'international. Elle a poursuivi ce cursus au titre de l'année universitaire 2019/2020 en s'inscrivant à l'école supérieure de commerce et développement en première année de second cycle " Manager de projets internationaux ". Il n'est pas contesté que Mme A, qui déclare n'avoir pu faire une alternance, a cessé ce cursus le 25 novembre 2019. Mme A s'est ensuite réorientée au titre de l'année universitaire 2020/2021 en s'inscrivant au diplôme universitaire (DU) " Langue et culture coréenne niveau A1 ". Si elle a validé sa première année et expose qu'elle était inscrite pour l'année 2021/2022, en DU de langue et culture coréenne de niveau A1/A2, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, elle était ainsi inscrite à des cours de langue débutants, d'un niveau inférieur au diplôme de niveau licence obtenu en 2019 et à la formation de première année de second cycle " Manger de projets internationaux " à laquelle elle s'était inscrite pour l'année universitaire 2019/2020 et qu'elle a abandonnée. La requérante ne démontre pas davantage la nécessité de cette formation de DU sinon son intérêt pour son cursus. Par suite, l'inscription de la requérante au DU de langue précité ne permet pas de considérer qu'elle justifie d'une progression dans ses études. En outre, il n'est pas contesté que cette formation est dispensée sous forme de cours du soir et ne comporte que 36 heures de cours par semestre et il n'apparaît pas qu'un tel enseignement nécessite le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'en refusant de procéder au renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant le préfet du Rhône aurait méconnu les stipulations de l'article 9 précité de la convention franco-sénégalaise et aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations. Les circonstances qu'elle travaille à temps partiel dans la restauration rapide afin de subvenir à ses besoins et qu'elle possèderait des moyens d'existence suffisants sont sans incidence sur l'appréciation ainsi portée sur le caractère réel et sérieux de ses études.

8. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier et des éléments exposés ci-dessus que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 dudit code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. /

Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. "

10. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que si l'obligation de quitter le territoire français doit, comme telle, être motivée, la motivation de cette mesure, lorsqu'elle est édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, se confond alors avec celle de ce refus et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ledit refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation. L'obligation de quitter le territoire français attaqués, vise notamment le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 4, et alors que par ailleurs la décision fait état que l'intéressée n'établit pas entrer dans une des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire en vertu de l'article L. 611-3 et que rien ne s'oppose à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire, la mesure d'éloignement contestée, qui, n'a pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle de la décision relative au séjour, est elle-même suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté. Elle ne saurait davantage soutenir que cette décision ne pouvait légalement être fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait de l'illégalité du refus de titre qui n'est pas établie.

12. En dernier lieu, si la requérante se prévaut de sa présence en France depuis quatre années et allègue avoir des attaches stables et intenses en France, sans faire état d'autres éléments que ceux exposés précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de titre séjour et faisant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 e la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à la requérante, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de d'accorder à Mme A l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

J. SegadoL'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty.

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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