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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204250

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204250

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 1ère chambre
Avocat requérantJACQUOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

L'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme a demandé au tribunal administratif de Lyon, d'une part, d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne sur sa demande tendant à la communication d'une copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement correspondant à l'année 2017 et, d'autre part, d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne de lui communiquer les documents demandés, sous astreinte de 762,25 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2000667 du 18 juin 2020, le tribunal administratif de Lyon a, en son article 1er, annulé la décision attaquée en tant seulement qu'elle refusait la communication du registre des mesures d'isolement et de contention et, en son article 2, enjoint au directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne de le communiquer à l'association dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Par une décision n° 442960 du 29 décembre 2021, le Conseil d'État statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, a annulé les articles 1er et 2 de ce jugement et renvoyé dans cette mesure l'affaire au tribunal administratif de Lyon.

Procédure devant le tribunal :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 27 janvier 2020, le 11 mai 2020 et le 4 juillet 2022, l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme, représentée par la SELARL Cabinet François Jacquot, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne sur sa demande du 28 novembre 2018 tendant à la communication du registre des pratiques de contention et d'isolement de l'établissement tenu en 2017 ;

2°) d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, sous astreinte de 762,25 euros par jour de retard, de lui communiquer le registre des pratiques d'isolement et de contention tenu en 2017, après occultation des mentions permettant d'identifier les personnels de santé mais sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients ni des mentions relatives au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contention ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le document sollicité, prévu par l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, est communicables, la protection de la vie privée des patients étant assurée par l'identifiant anonymisé dont l'occultation de cet identifiant rend la lecture et la traçabilité des mesures d'isolement et de contention totalement impossibles et méconnaît l'objectif constitutionnel visant à permettre aux citoyens de demander compte à tout agent public de son administration, alors que la commission d'accès aux documents administratifs a émis un avis favorable à sa communication ;

- le refus de communiquer le document demandé méconnaît sa liberté d'expression et sa liberté d'association.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 mars 2020 et le 11 mai 2020, le centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne, représenté par la SELARL Kos Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le registre des mesures de contention et d'isolement, qui a été mis en place en mars 2017, avec un recueil des données à partir du 1er janvier 2017, est un fichier informatique et n'existe que sous cette forme ; il n'est pas anonymisé et si l'on supprime le nom du patient, il est toutefois possible de rattacher l'information du registre à un patient via son identifiant IPP ; les noms des professionnels de santé intervenant sont visibles ; pour les patients, l'anonymisation s'impose ; pour les professionnels de santé, l'anonymisation avant transmission est souhaitée en raison des risques de représailles à l'encontre des professionnels de santé ; le fichier doit faire l'objet d'un traitement non automatisé, car supposant une succession de requêtes manuelles particulières, sur une durée de 24 heures ; cette extraction aux fins d'anonymisation, nécessaire au respect de la vie privée des patients et des professionnels de santé, suppose la production d'un nouveau document ; le registre des mesures de contention et isolement n'est donc pas communicable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Drouet, président de la 1ère chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Drouet, président,

- et les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs. " Selon l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions () ". L'article L. 311-1 du même code dispose : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. " Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical () ; 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. " Selon l'article L. 311-7 de ce code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. "

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 3222-5-1 du code de santé publique : " L'isolement et la contention sont des pratiques de dernier recours. Il ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision d'un psychiatre, prise pour une durée limitée. Leur mise en œuvre doit faire l'objet d'une surveillance stricte confiée par l'établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin et tracée dans le dossier médical. / Un registre est tenu dans chaque établissement de santé autorisé en psychiatrie et désigné par le directeur général de l'agence régionale de santé pour assurer des soins psychiatriques sans consentement en application du I de l'article L. 3222-1. Pour chaque mesure d'isolement ou de contention, ce registre mentionne le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, sa date et son heure, sa durée et le nom des professionnels de santé l'ayant surveillée. Le registre, qui peut être établi sous forme numérique, doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires. L'établissement établit annuellement un rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, la politique définie pour limiter le recours à ces pratiques et l'évaluation de sa mise en œuvre. Ce rapport est transmis pour avis à la commission des usagers prévue à l'article L. 1112-3 et au conseil de surveillance prévu à l'article L. 6143-1. "

3. Les dispositions précitées de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, qui prévoient, d'une part, que le registre de contention et d'isolement doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires et, d'autre part, que le rapport annuel rendant compte de ces pratiques est transmis pour avis à la commission des usagers et au conseil de surveillance de l'établissement, n'ont ni pour objet ni pour effet de soustraire ces documents aux règles du code des relations entre le public et l'administration régissant le droit d'accès aux documents administratifs. Il s'ensuit que ces dispositions ne sont pas applicables au litige, lequel porte exclusivement sur la communicabilité de ces documents.

4. Le registre des mesures d'isolement et de contention, qui est produit et détenu par les établissements de santé dans le cadre de leur mission de service public, constitue un document administratif et est donc communicable en application des dispositions ci-dessus du code des relations entre le public et l'administration sous réserve, le cas échéant, et conformément à l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, de l'occultation des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée de personnes physiques ou qui feraient apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice.

5. En application des articles L. 311-6 et L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration, les informations permettant d'identifier les patients doivent être occultées préalablement à la communication du registre de contention et d'isolement, pour préserver le secret médical et la protection de la vie privée, comme doivent également l'être celles permettant d'identifier les soignants, s'il apparaît que la divulgation d'informations les concernant est susceptible de leur porter préjudice. Si ce registre comporte un identifiant anonymisé de chaque patient, cet identifiant anonymisé n'apparaît pas susceptible de faire apparaître le comportement d'une personne ni de porter atteinte à la protection de la vie privée de personnes physiques. Il suit de là que l'association requérante est fondée à soutenir que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne sur sa demande du 28 novembre 2018 tendant à la communication du registre des pratiques de contention et d'isolement de l'établissement tenu en 2017, avec occultation préalable des informations permettant d'identifier les soignants et les patients mais sans occultation préalable de l'identifiant anonymisé des patients, méconnaît les dispositions des articles L. 311-1 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ladite décision implicite de rejet doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le présent jugement implique nécessairement que soit communiqué à l'association requérante le registre des mesures de contention et d'isolement au centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne établi au titre de l'année 2017, avec occultation préalable des informations permettant d'identifier les soignants et les patients mais sans occultation préalable de l'identifiant anonymisé des patients. Il y a lieu d'enjoindre au directeur général de cet établissement public de santé de communiquer ce document à l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requérante.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Est annulée la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne sur sa demande du 28 novembre 2018 tendant à la communication du registre des pratiques de contention et d'isolement de l'établissement tenu en 2017, avec occultation préalable des informations permettant d'identifier les soignants et les patients mais sans occultation préalable de l'identifiant anonymisé des patients.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général du centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne de communiquer à l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, le registre des mesures de contention et d'isolement établi au titre de l'année 2017, avec occultation préalable des informations permettant d'identifier les soignants et les patients mais sans occultation préalable de l'identifiant anonymisé des patients.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2204250 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Commission des citoyens pour les droits de l'homme et au centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

H. DrouetLa greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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