jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204299 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | GUERAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juin 2022 à 10h58, et un mémoire, enregistré le 30 août 2022, Mme A B, représentée par Me Guerault, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Saint Agrève ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de mettre fin à toute mesure de contrôle et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir jusqu'au réexamen de sa situation administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- les décisions relatives au délai de départ, fixant le pays de renvoi et l'obligeant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Saint Agrève seront annulées par voie de conséquence ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et d'une erreur de fait : la décision mentionnant la Gambie comme étant le pays de sa nationalité alors que ce dernier est la République démocratique du Congo ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle Mme B n'était pas présente et à laquelle le préfet de l'Ardèche n'était ni présent ni représenté.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée ;
- les observations de Me Guerault, avocat, représentant Mme B, qui reprend les moyens de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise, conteste l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a astreinte à se présenter une fois par semaine dans les services de la brigade de gendarmerie de Saint Agrève pour justifier des diligences qu'elle effectue pour préparer son départ.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Mme B fait valoir qu'elle est entrée en France le 18 juin 2021. Elle est par suite présente depuis moins d'un an sur le territoire français à la date de la décision contestée. Elle ne se prévaut d'aucune attache familiale en France et n'allègue ni n'établit être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Si elle fait valoir qu'elle a noué de nombreuses relations personnelles en France, elle n'apporte aucun élément en ce sens. Par ailleurs, elle ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire français et ne peut utilement se prévaloir au soutien de son moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français des risques qu'elle allègue encourir dans son pays d'origine. Si la requérante, qui n'a pas sollicité de titre de séjour en raison de son état de santé, est suivie depuis mi-mai par une psychologue, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle prendrait un traitement médicamenteux et elle ne justifie pas, par les seules pièces qu'elle produit, que son suivi médical ne pourrait être réalisé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté. Pour les mêmes motifs, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Ardèche l'a obligée à quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision accordant un délai de départ de trente jours :
6. Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre, elle n'est pas fondée à demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision lui accordant un délai de départ.
7. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Ardèche lui a accordé un délai de trente jours pour quitter le territoire français.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre, elle n'est pas fondée à demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
9. En deuxième lieu, la décision attaquée porte la mention selon laquelle " l'intéressée ne démontre pas le caractère personnel, réel et actuel des risques qu'elle encourrait en cas de retour en Gambie " alors que la requérante est de nationalité congolaise. Le préfet a ainsi commis une erreur s'agissant du pays d'origine de la requérante. Toutefois, l'arrêté mentionne également que Mme B n'établit pas être dans l'impossibilité de retourner en République démocratique du Congo et, s'agissant du pays de destination que, de nationalité congolaise, elle n'établissait pas être menacée en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que le préfet de l'Ardèche aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur.
10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de ce qui a été dit au point 9, que le préfet de l'Ardèche n'aurait pas procédé à l'examen de la situation particulière de Mme B. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " et aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".
12. Mme B fait valoir qu'elle a été injustement accusée de la mort de deux hommes, qu'elle a été détenue et a subi des violences et des actes de tortures, qu'elle s'est évadée et craint d'être retrouvée. Toutefois, elle n'apporte pas au tribunal d'éléments suffisants permettant d'établir la réalité des risques actuels encourus personnellement en cas de retour dans son pays d'origine, alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mars 2022. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent par suite être écartés.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Ardèche a fixé le pays de destination.
En ce qui concerne la légalité de la décision astreignant la requérante à se présenter une fois par semaine dans les services de la brigade de gendarmerie de Saint Agrève :
14. Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire prise à son encontre, elle n'est pas fondée à demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision l'astreignant à se présenter une fois par semaine dans les services de la brigade de gendarmerie de Saint Agrève pour justifier des diligences qu'elle effectue pour préparer son départ.
15. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Ardèche l'a astreinte à se présenter une fois par semaine dans les services de la brigade de gendarmerie de Saint Agrève pour justifier des diligences qu'elle effectue pour préparer son départ.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Ardèche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
La magistrate désignée,
E. Reniez
La greffière,
A. Calmès
La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026