mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204302 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SAS HUGLO LEPAGE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2022 et des mémoires enregistrés le 21 avril 2023 et le 8 décembre 2023, M. et Mme C, représentés par Huglo Lepage Avocats (Me Lepage), demandent au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 4 avril 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police de l'eau pour la restauration du ruisseau de Marchand ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de mettre en demeure M. A de remettre en état le ruisseau en rétablissant la circulation normale du cours d'eau ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) d'ordonner la suppression des propos injurieux et diffamatoires contenus dans le mémoire en défense de la préfète de l'Ain.
M. et Mme C soutiennent que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a méconnu les obligations qui pèsent sur lui en sa qualité d'autorité chargée de la police de l'eau, et qui résultent des articles L. 215-7 et L. 216-1 et L. 171-7 du code de l'environnement : d'une part, les travaux réalisés par M. A ont excédé le champ de l'autorisation qui lui avait été accordée, et d'autre part, ces travaux n'avaient pas pour objet de rétablir le cours d'eau mais ont au contraire modifié son parcours historique ;
- les propos qui figurent dans le second mémoire en défense du préfet, selon lesquels " sans équivoque possible, sont visés ici les actes de M. C, verbalisés par l'OFB ", sont injurieux et diffamatoires, et doivent être supprimés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 mars 2022, le 18 juillet 2023 et le 2 janvier 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
La préfète de l'Ain soutient que :
- le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 5 janvier 2024.
Un mémoire présenté pour les époux C a été enregistré le 21 février 2024 et n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,
- les conclusions de M. Habchi,
- et les observations de Me Babes représentant les époux C, de M. D représentant le préfet de l'Ain, et de M. B représentant l'Office français de la biodiversité, entendu en qualité de sachant.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C sont propriétaires d'un terrain dans le périmètre du marais de Brognin, sur le territoire de la commune de Saint-Germain-les-Paroisses. Par courrier du 7 février 2022, ils ont demandé à la préfète de l'Ain de mettre en œuvre les pouvoirs de police qu'elle tient du code de l'environnement pour faire cesser la déviation, qu'ils estiment irrégulière, du ruisseau de Marchand, censé desservir le marais. Par la présente requête, ils demandent au tribunal d'annuler le refus opposé par la préfète le 4 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 215-7 du code de l'environnement : " L'autorité administrative est chargée de la conservation et de la police des cours d'eau non domaniaux. Elle prend toutes dispositions pour assurer le libre cours des eaux. " Aux termes de l'article L. 215-7-1 du même code : " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. " Selon l'article L. 214-1 du même code : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant () une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux () ". Aux termes de l'article L. 214-3 : " I.- Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. () / II.- Sont soumis à déclaration les installations, ouvrages, travaux et activités qui, n'étant pas susceptibles de présenter de tels dangers, doivent néanmoins respecter les prescriptions édictées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. () "
4. Il résulte de l'instruction que le ruisseau de Marchand se sépare, sur le territoire de la commune de Saint-Germain-les-Paroisses, à la jonction des parcelles B 609 et B 608, en deux bras, l'un s'écoulant vers l'ouest en direction du marais de Brognin en longeant la parcelle B 607, l'autre traversant la parcelle B 608. Selon les constatations de l'huissier missionné par les époux C le 25 avril 2022, d'importants travaux ont été effectués, destinés à modifier l'écoulement du ruisseau, tels qu'un barrage et de nombreux creusements, et ayant eu pour effet d'assécher intégralement le bras ouest. Pour refuser de faire droit à la demande des époux C tendant à faire cesser la déviation du ruisseau de Marchand, la préfète de l'Ain a estimé que ces travaux avaient pour objet, non de dévier le cours normal du ruisseau, mais de rétablir le cours initial alors que M. C avait lui-même installé un barrage détournant la circulation de l'eau à son profit.
5. Il résulte tout d'abord de l'instruction, et notamment de l'étude de l'Office français de la biodiversité, diligentée à la demande des services préfectoraux dans le cadre des poursuites engagées contre M. C en raison des travaux qu'il avait entrepris sans autorisation sur le ruisseau, que le tracé actuel du cours d'eau, tel que modifié par les travaux évoqués au point 4, est " perché en rive gauche par rapport au fond du thalweg naturel ", et correspond à un tracé " anthropique ". Ensuite, il ressort des nombreux plans et études réalisés depuis 2010, qu'il s'agisse, entre autres, des études réalisées par le Conservatoire des espaces naturels en 2014 ou encore de la carte jointe au plan de gestion 2018-2023 du lac d'Armaillé alimenté par le ruisseau de Marchand et inclus dans le périmètre du marais de Brognin, que le tracé du cours d'eau dévie vers l'ouest au sud de la parcelle B 609, sans jamais traverser la parcelle B 608, tandis que les travaux en litige, réalisés au cours de l'année 2021, ont eu pour effet d'assécher cette partie du cours d'eau. Pour soutenir que lesdits travaux n'ont eu pour objet que de restaurer le cours d'eau historique, la préfète de l'Ain, contrairement à ce qu'elle avait d'abord soutenu en indiquant qu'il convenait de se référer à la cartographie des cours d'eau, prétend que cette partie ainsi condamnée constituait en réalité un simple débordement et que les travaux en litige avaient pour objet de restituer le tracé véritable du ruisseau du Marchand. Toutefois, elle se borne pour cela à se référer à une analyse réalisée par l'Office national de la biodiversité ayant, pour l'essentiel, constaté que la réalisation du barrage par M. C, antérieurement, avait entraîné notamment une inondation d'un chemin communal. La préfète, qui revendique ainsi un tracé ne correspondant ni au lit naturel de la rivière, ni à celui cartographié, n'apporte par ailleurs aucun contredit aux documents produits par M. C, dont il ressort que les débits constatés en aval au niveau du marais du Brognin ont été modifiés par les importants travaux en litige, ni au témoignage du propriétaire de la parcelle B 608 indiquant que le ruisseau n'avait auparavant jamais traversé son terrain. Au demeurant, le constat d'huissier précédemment évoqué atteste que l'écoulement du ruisseau au cœur de la parcelle B 608 procède d'aménagements importants, qui ne s'apparentent pas à la simple remise en service d'un ancien tracé qui aurait été momentanément interrompu par les travaux antérieurs de M. C, eux d'ampleur modeste. Il s'ensuit que c'est à tort que la préfète de l'Ain a estimé que le bras ouest du ruisseau longeant la parcelle B 607 constituait un simple débordement du cours d'eau principal.
6. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction qu'un tiers aurait reçu une autorisation ou un récépissé de déclaration, délivré sur le fondement des dispositions précitées du code de l'environnement, en vue de réaliser des travaux tels que ceux constatés par l'huissier le 25 avril 2022 et ayant substantiellement modifié le débit et le tracé du cours d'eau de Marchand en asséchant entièrement son bras ouest. A ce titre, la préfète de l'Ain ne saurait utilement se prévaloir du courrier adressé le 18 mars 2021 à M. A, autorisant seulement " le propriétaire de la parcelle sur laquelle se trouve " le barrage installé par M. C, à le retirer.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'en refusant de faire droit à la demande des époux C de faire usage de ses pouvoirs de police pour assurer la remise en état du cours d'eau de Marchand, la préfète de l'Ain a méconnu les dispositions des articles L. 215-7 et L. 171-7 du code de l'environnement. Les requérants sont donc fondés à demander l'annulation de la décision du 4 avril 2022, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique que la préfète de l'Ain mette en demeure sur le fondement de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, l'auteur des travaux évoqués au point 4 ci-dessus de rétablir la circulation du cours d'eau de Marchand. Il y a lieu, pour le tribunal, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Sur la demande de suppression des propos injurieux et diffamatoires :
9. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.
10. En l'espèce, le passage dont la suppression est demandée par les époux C n'excède pas le droit à la libre discussion, et ne présente aucun caractère injurieux ou diffamatoire. Les conclusions tendant à sa suppression doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 400 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 avril 2022 de la préfète de l'Ain est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain, dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, de mettre en demeure l'auteur des travaux réalisés irrégulièrement sur le ruisseau de Marchand de rétablir la circulation du cours d'eau.
Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme C une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Allais, première conseillère,
Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
La rapporteure,
E. de Lacoste Lareymondie
Le président,
T. Besse
La greffière
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026