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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204326

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204326

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204326
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2022, M. B A, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 avril 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui remettre un certificat de résidence algérien, subsidiairement de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, le préfet n'établissant pas avoir régulièrement saisi la commission du titre de séjour pour avis, ni lui avoir communiqué cet avis ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à la caractérisation de la menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 6,4° de l'accord franco-algérien ;

- elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, le préfet de l'Ain conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord conclu entre la République française et la République algérienne le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Lacoste Lareymondie,

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Bescou, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, a sollicité le 26 janvier 2021 la délivrance d'un certificat de résidence algérien se prévalant de sa qualité de parent d'enfants de nationalité française. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 13 avril 2022 ayant refusé d'y faire droit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " ) Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 4) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins () ". Aucune stipulation de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour d'un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

3. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue [à l'article] L. 423-7 () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux parents d'un enfant français mineur résidant en France. Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

4. M. A est père de deux enfants, de nationalité française, nés en 2017 et 2022 de sa relation avec une ressortissante française. Pour refuser de lui délivrer le certificat de résidence algérien sur le fondement du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité, la préfète de l'Ain a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public.

5. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que, contrairement à ce que soutient M. A, la préfète de l'Ain a bien saisi la commission du titre de séjour, devant laquelle M. A a été effectivement convoqué, et qui a émis un avis défavorable à la délivrance d'un certificat de résidence algérien à l'intéressé le 15 mars 2022. Au surplus, cet avis a bien été notifié à M. A à l'adresse que celui-ci avait déclaré auprès de la préfecture de l'Ain, bien que le respect de cette formalité soit, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision en litige.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, particulièrement circonstanciée, ni des autres pièces du dossier que la décision aurait été prise sans réel et sérieux examen de la situation du requérant.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 19 janvier 2017 à une peine de seize mois d'emprisonnement avec interdiction de porter une arme et de paraître à Montceau-les-Mines pendant cinq ans pour des faits de violences aggravées, puis le 4 août 2020 à une peine de quatre ans d'emprisonnement pour des faits de refus d'obtempérer avec risque pour autrui, conduite en état alcoolique, conduite sans permis, rébellion et violences aggravées. Par ailleurs, ces condamnations ne peuvent être isolées du parcours délictuel antérieur de l'intéressé, M. A ayant été condamné à sept reprises en Belgique, y compris à des peines d'emprisonnement, entre 2010 et 2014, pour des faits particulièrement graves tels que tentative de meurtre, participation à une association de malfaiteurs, vols aggravés, vols avec effraction, ou encore incendie volontaire. Si les derniers faits pour lesquels M. A a été condamné en France remontent à 2018, l'absence de nouvelle infraction depuis lors s'explique notamment par l'incarcération de M. A jusqu'en juillet 2021, soit encore très récemment à la date de la décision contestée, de sorte que le requérant ne peut se prévaloir de leur ancienneté, au demeurant très relative. Il s'ensuit que le préfet de l'Ain pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, considérer que le comportement de M. A constitue une menace toujours actuelle pour l'ordre public et refuser, pour ce motif, et sans méconnaître l'article 6 précité de l'accord franco-algérien, de lui délivrer un certificat de résidence algérien.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3 §1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale "

9. Si M. A est effectivement père de deux enfants de nationalité française, il ne justifie pas suffisamment, par les pièces qu'il produit, de la stabilité du foyer qu'il forme avec sa compagne et leurs enfants. En effet, la vie commune du couple à Chalon-sur-Saône n'est attestée que par deux documents datés du mois de décembre 2021 et janvier 2022, alors que l'intéressé avait déclaré une autre adresse dans l'Ain dans le cadre de sa demande de titre de séjour. De même, s'il produit des factures d'achat de jouets et vêtements d'enfants datées des mois de février et mars 2022, ces éléments sont insuffisants à démontrer qu'à la date de la décision attaquée, M. A contribuait effectivement à l'entretien de ses enfants alors qu'en outre, rien ne permet d'établir qu'il aurait conservé un lien avec son premier enfant, né en 2017, pendant son incarcération. Enfin, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. A serait particulièrement intégré dans la société française, la seule création d'une activité de commerce de véhicules au mois de novembre 2021 ne pouvant suffire à l'établir, tandis que sa présence en France, et plus généralement sur le territoire de l'espace Schengen, est caractérisée par un comportement délictuel récurrent et d'une particulière gravité. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, pas plus qu'il méconnaîtrait l'intérêt supérieur de ses enfants.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 13 avril 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il n'y a donc pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Allais, première conseillère

Mme de Lacoste Lareymondie, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteure,

E. de Lacoste Lareymondie

Le président,

T. Besse

La greffière

C. Réveillé

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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