vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204367 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés, sous le n°2204367, les 9 et 17 juin 2022, Mme G D, épouse B, représentée par Me Frery, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir,
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ",
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de procéder à l'effacement de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier complet de sa situation dès lors que son état de santé répond à des motifs exceptionnels ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Rhône s'est cru tenu de l'édicter ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Rhône n'a pas examiné sa situation au regard de l'ensemble des critères qu'il devait prendre en considération pour en fixer la durée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance en date du 10 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 juillet 2022.
Un mémoire en défense, présenté par le préfet du Rhône, a été enregistré le 12 juillet 2022.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
II. Par une requête enregistrée sous le n°2204368, le 9 juin 2022, M. C B, représenté par Me Frery, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir,
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ",
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de procéder à l'effacement de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier complet de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Rhône s'est cru tenu de l'édicter ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et celles de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Rhône n'a pas examiné sa situation au regard de l'ensemble des critères qu'il devait prendre en considération pour en fixer la durée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance en date du 10 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 juillet 2022.
Un mémoire en défense présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 12 juillet 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Mme J, élève avocate accompagnant Me Frery, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2204367 et n° 2204368 portent sur la situation des membres d'une même famille et présentent à juger des questions semblables. Il y a, ainsi, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme et M. B, de nationalité kosovare, nés respectivement les 27 septembre 1977 et 11 décembre 1975, déclarent être entrés sur le territoire national, le 7 septembre 2009. Le couple y a donné naissance à deux enfants, les 4 mai 2012 et 22 septembre 2014. Les demandes d'asile des requérants ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), le 12 février 2010 que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 25 novembre 2010. Les intéressés feront ensuite l'objet d'un premier arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le 20 avril 2011. En suivant, une carte de séjour temporaire leur sera délivrée, valide du 25 août 2011 au 9 mai 2012. Toutefois, l'autorité administrative refusera de procéder à leur renouvellement et les requérants feront l'objet, les 15 octobre 2012, 11 février 2014 et 10 juin 2016 d'arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dont la légalité sera régulièrement confirmée par le tribunal. Le 16 janvier 2018, Mme et M. B ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Alors que le 17 février 2022, la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour aux intéressés, par deux décisions en date du 7 mars 2022, dont ils demandent au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.
3. Les arrêtés attaqués, en date du 7 mars 2022, ont été signés par Mme I H, directrice adjointe des migrations et de l'intégration de la Préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 1er mars 2022, publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 69-2022-034 de la préfecture du Rhône le 4 mars 2022, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes attaqués doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus d'admission au séjour :
4. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent, et visent les textes dont elles font application. En outre, le préfet n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments portés à sa connaissance, caractérisant la vie personnelle des intéressés. En l'espèce, les décisions contestées rappellent les éléments déterminants du parcours de M. et Mme B qui ont conduit le préfet du Rhône à refuser de leur délivrer un titre de séjour, et indiquent à cet égard que les intéressés qui ne justifient ni d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable sur le territoire national, ni de moyens d'existence, ni enfin d'une insertion dans la société française, ont déjà fait l'objet de plusieurs arrêtés portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a toujours été confirmée par le tribunal. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces deux arrêtés qui manque en fait, pourra être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la lecture des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce des dossiers, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. et Mme B. S'il est loisible aux requérants de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative en faisant état d'une vie privée intense et stable en France depuis treize années, de leur maîtrise de la langue française, en produisant d'élogieux témoignages attestant de leur bonne intégration sociale, en faisant état de la naissance et de la scolarisation de leurs enfants sur le territoire national, en soulignant également qu'ils disposent de promesses d'embauche, M. B ayant été titulaire d'un contrat de travail au 1er décembre 2011, en qualité de plâtrier-peintre, et enfin, en faisant valoir l'état de santé de Mme B, marquée par les séquelles des traumatismes vécus au Kosovo, établi par deux attestations médicales en date des 12 novembre 2012 et 23 octobre 2013, cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué alors que les décisions attaquées rappellent les éléments déterminants de leur situation. Enfin, si les requérants ajoutent que le défaut d'examen est constitué dès lors que les décisions en litige ne font pas mention des certificats médicaux relatifs à l'état de santé de Mme B, ceux-ci sont datés des 6 avril 2022, 21 mai et 9 juin 2022 et ont donc été émis postérieurement à la date de signature des décisions en cause. Par suite, dès lors qu'il n'est ni allégué ni même établi que le préfet du Rhône avait connaissance de l'état de santé de la requérante avant l'édiction de la décision la concernant, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet du Rhône a pu décider de rejeter la demande d'admission au séjour de M. et Mme B.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
7. Les requérants font état de ce qu'ils ont désormais installé leur vie privée et familiale sur le territoire national dès lors d'une part, qu'ils y résident depuis le 7 septembre 2009, que leurs deux enfants y sont nés, en 2012 et 2014 et y sont scolarisés, dès lors d'autre part, qu'ils sont bénévoles au Secours populaire et sont socialement parfaitement intégrés ainsi qu'en attestent plusieurs attestations élogieuses, qu'ils maitrisent la langue française, et dès lors, enfin, qu'ils seront en mesure d'exercer une activité professionnelle, ainsi qu'ils l'ont déjà fait lorsqu'ils ont pu bénéficier d'une carte de séjour temporaire, tous deux disposant de promesses d'embauche. Toutefois, il est constant que si les requérants ont bénéficié d'un titre de séjour en 2011, celui a expiré le 9 mai 2012, ils se sont alors maintenus irrégulièrement sur le territoire français en dépit de nouvelles décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre. Ainsi dès lors que les intéressés sont arrivés sur le territoire national alors qu'ils étaient respectivement âgés de 32 et 34 ans, qu'ils ont ainsi passé l'essentiel de leur existence dans leur pays d'origine où ils disposent toujours d'attaches familiales, que s'ils se prévalent de leurs efforts d'intégration, ils ne justifient ni d'un logement autonome, ni de ressources, ni d'emplois stables et constants, l'ensemble des éléments dont ils font état et notamment les promesses d'embauche et le contrat de travail dont a bénéficié M. B versées au débat, étant anciens, et enfin, qu'ils ne justifient d'aucun élément qui empêcherait la cellule familiale de se reconstituer au Kosovo, tous les membres de la cellule familiale ayant la même nationalité, ils n'apportent pas la preuve qui leur incombe que le centre de leur vie privée et familiale serait désormais installé en France. Enfin, s'ils allèguent l'impossibilité de reconstituer leur vie privée et familiale au Kosovo en raison du viol dont aurait fait l'objet Mme B de la part de son beau-frère, des menaces supposées de leurs familles respectives, et de la naissance et la scolarisation de leurs enfants en France, ils ne l'établissent pas. Ainsi, eu égard aux conditions de leurs séjours, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. M. et Mme B font état de ce que les décisions refusant de les admettre au séjour préjudicieraient à l'équilibre de leurs enfants, tous deux nés et scolarisés en France, et soutiennent notamment que ceux-ci ne disposent d'aucun repère dans le pays d'origine de leurs parents. Toutefois, malgré les différentes attestations dont ils se prévalent quant aux activités extra-scolaires des enfants et quant à la surveillance post-chirurgicale indispensable au jeune garçon, les requérants ne justifient pas de ce que le parcours scolaire ou l'équilibre psychologique de leurs enfants, âgés de sept ans et neuf ans à la date des décisions attaquées, seraient menacés en cas de retour dans leur pays d'origine, ni davantage que le suivi médical nécessité par leur fils ne pourrait être pris en charge dans leur pays d'origine. Par suite, dès lors que l'intérêt supérieur des enfants est de demeurer avec ses parents et qu'en l'espèce, les décisions contestées n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer ces deux enfants de leurs parents, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 7, la cellule familiale pourra se reconstituer au Kosovo, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Rhône aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants en leur refusant la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la lecture des décisions attaquées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône se serait cru lié par ses refus d'admission au séjour et se serait ainsi cru tenu de les assortir de décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen ainsi articulé et tiré de l'erreur de droit dans l'application de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourra être écarté.
12. En troisième lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué à l'encontre des décisions en cause, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 9.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :
13. En l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions fixant le pays de destination doit être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : /1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () /3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
16. Dès lors que les demandes d'asile des intéressés ont été définitivement rejetées par la CNDA, le 25 novembre 2010, en l'absence de tout élément nouveau depuis plus de dix années et dès lors qu'ils se bornent à alléguer l'existence de risques de nouvelles agressions sur la personne de Mme B en cas de retour dans leur pays d'origine, sans toutefois produire aucun élément permettant d'en justifier, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourront être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :
17. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. et Mme B doit être écarté.
18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
19. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. En outre, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
20. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et, elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ces deux derniers critères, elle ne les retient pas au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
21. Pour fixer à dix-huit mois, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. et Mme B, le préfet du Rhône a pris en compte leur durée de présence en France, laquelle s'élevait, à en supposer la continuité établie, à treize années à la date des décisions attaquées, le fait qu'ils ne justifiaient pas d'une vie privée et familiale, stable et intense en France, ni davantage de leur insertion et de leurs conditions d'existence, et enfin, la circonstance qu'ils se sont soustraits à de précédentes mesures d'éloignement. Si les requérants soutiennent que l'ensemble de ces critères n'a pas été réellement examiné par l'autorité préfectorale qui ne s'est ainsi livrée qu'à une appréciation rapide sans invocation précise de ces éléments, il ressort toutefois des arrêtés contestés, dans leur ensemble, que le préfet du Rhône a porté une appréciation sérieuse et complète sur la situation des intéressés. Par suite, le préfet du Rhône a pu sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile prononcer à l'encontre de M. et Mme B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.
22. En troisième lieu, alors que le préfet n'est tenu ni de préciser l'importance accordé à chaque critère, ni de les motiver distinctement et dès lors qu'ainsi qu'il vient d'être dit, l'autorité administrative a sérieusement pris en considération la situation des intéressés et notamment leur durée de présence en France, alors même qu'ils ne constituaient pas une menace pour l'ordre public, ce que n'ont d'ailleurs pas retenu les décisions en litige, il y a lieu de considérer que le préfet du Rhône n'a pas entaché ses décisions d'erreur de droit, ayant procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. et Mme B.
23. Enfin, en dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écarté par les mêmes motifs que ceux développés au point 7.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de ces deux requêtes doivent être rejetées en ce comprises leurs conclusions à fin d'injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2204367 et n° 2204368 sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G B, à M. C B et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
La présidente-rapporteure,
A. AL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
N. Pineau La présidente-rapporteure,
A. AL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. Collomb
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Nos 2204367 ' 2204368
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026