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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204375

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204375

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. E B, représenté par Me Royon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) de faire injonction à la préfète de la Loire de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né en 1998, est entré irrégulièrement en France en avril 2019, à l'âge de 21 ans. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 août 2021, rejet confirmé par décision du 27 janvier 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 19 mai 2022, la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté du 19 mai 2022 :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D C, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Loire, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de la Loire en date du 15 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France à l'âge de 21 ans, a obtenu en juin 2021 un certificat d'aptitude professionnelle dans les métiers du plâtre et de l'isolation. Il est inscrit depuis septembre 2021 dans un établissement pour préparer un bac professionnel et a conclu dans ce cadre un contrat d'apprentissage. Toutefois, si les documents produits témoignent du sérieux de ses études, et s'il fait valoir qu'il dispose d'une perspective d'embauche à l'issue de sa formation, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ne pourrait poursuivre sa formation en Guinée. Par ailleurs, l'intéressé, qui est célibataire et dépourvu d'attaches familiales en France, n'y résidait que depuis trois années à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, pour les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation distincte, le moyen selon lequel la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations citées au point précédent doit être écarté.

6. En troisième lieu, la décision fixant le pays de destination cite les dispositions applicables et précise que M. B, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont il a la nationalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

7. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si M. B, dont la demande d'asile a été rejetée, soutient être exposé à des risques en cas de retour en Guinée, il n'apporte aucune précision et ne produit aucun document à l'appui de ses allégations. Par suite, son moyen ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 19 mai 2022 de la préfète de la Loire est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry A La greffière,

Anaïs Calmès

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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