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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204376

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204376

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMESSAOUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juin 2022 et le 11 juillet 2022, Mme C A, représentée par Me Messaoud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour,

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence de saisine préalable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru lié par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Tocut, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 24 septembre 1963, de nationalité libanaise, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 mai 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les conclusions le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes sur lesquels elle se fonde et indique que Mme A ne fait état d'aucune circonstance humanitaire exceptionnelle au soutien de sa demande et n'a produit aucun élément de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel elle peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Ainsi, elle comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Enfin, dès lors que la préfète n'est pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de la demanderesse, la circonstance que la préfète de l'Ain n'ait pas relevé la situation de crise particulière que connaît le Liban et qui a un impact sur l'accès aux soins, alors que cette circonstance a déjà été prise en compte par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration auquel la préfète se réfère, n'est pas en l'espèce de nature à caractériser un défaut de motivation.

3. En deuxième lieu, la préfète de l'Ain a versé au débat l'avis rendu le 23 mars 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a considéré que l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qui pourrait être pris en charge dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de production dudit avis ne pourra qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain se serait crue liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour refuser à Mme A la délivrance d'un titre de séjour, alors qu'il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète a examiné les éventuelles circonstances humanitaires dont l'intéressée pourrait se prévaloir, ainsi que sa situation personnelle, familiale et professionnelle sur le territoire. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète se serait sentie liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Pour remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, Mme A fait valoir qu'en raison de la situation de crise économique et politique que connaît le Liban depuis 2019, le système de santé est très fortement dégradé et de nombreux médicaments sont introuvables ou hors de prix. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre de plusieurs pathologies, notamment un diabète de type II non insulino-dépendant depuis 2010, une hypertension artérielle depuis 2007, accompagnée de tachycardie ventriculaire, de la maladie de Verneuil, et qu'elle devait subir une hystérectomie totale le plus rapidement possible au jour de la décision attaquée. Le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans son avis du 23 mars 2022, a considéré qu'elle pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié à ses pathologies dans son pays d'origine. Si elle produit au soutien de ses allégations des documents généraux sur la situation du système de soins et la pénurie de médicaments au Liban, ces éléments ne concernent pas spécifiquement les traitements dont elle a personnellement besoin. Si elle produit également une attestation de son médecin au Liban qui indique quels traitements elle prend pour son diabète et son hypertension et qui précise, au 19 mai 2022, que ces médicaments sont " en rupture de stock dans le marché à cause de la crise économique au Liban ", cette attestation, qui émane d'un médecin et non d'un pharmacien, ne précise pas depuis quand l'approvisionnement serait interrompu et s'il existe ou non des traitements substituables, ni ne précise quel médicament est associé à chaque pathologie. Par suite, les éléments produits par Mme A, qui a été traitée pour ses diverses pathologies au Liban jusqu'en août 2021, ne lui permettent pas de contredire utilement l'avis médical du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et notamment s'agissant de la possibilité d'accéder effectivement à un traitement approprié et à un suivi de ses pathologies au Liban. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

9. Par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, dès lors que Mme A ne développe aucun autre argument que ceux précédemment évoqués, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3, 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi devra, par voie de conséquence, être écarté.

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Mme A soutient encourir des risques en cas de retour dans son pays d'origine, du fait de l'impossibilité pour elle d'accéder à des soins appropriés à son état de santé. Toutefois, ainsi qu'il a déjà été dit au point 6, Mme A n'établit pas ce défaut d'accès aux soins nécessaires à son état de santé. En outre, elle n'allègue pas que sa vie ou sa sécurité seraient menacées au Liban. Il en résulte que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de cette requête doivent être rejetées en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Tocut, première conseillère,

Mme Gros, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

La rapporteure,

C. Tocut

Le président,

M. B

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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