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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204427

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204427

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFIRMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. B A, représenté par Me Firmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 29 janvier 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salariée ", ou de procéder au réexamen de sa situation sous 15 jours, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, en application de l'article L. 911-3 du même code ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, le préfet du Rhône n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs dans le délai prévu par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il satisfait à l'ensemble des conditions fixées par cet article ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle le place dans une situation de stress et de grande vulnérabilité, alors même qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour, ce qui justifie une réparation de son préjudice moral.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas présenté de mémoire en défense et a produit une pièce le 4 octobre 2023.

Par un mémoire, enregistré le 18 octobre 2023, M. A conclut à ce qu'il n'y ait plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite du 29 janvier 2021 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Il soutient qu'un titre de séjour portant la mention " salarié " lui a été délivré par le préfet du Rhône le 2 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Chapard.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 10 octobre 2002, entré en France en octobre 2018, a déposé en préfecture du Rhône le 29 septembre 2020 une demande de titre de séjour. Il demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet sur sa demande et la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral subi.

Sur le non-lieu à statuer :

2. En cours d'instance, le 2 novembre 2022, le préfet du Rhône a fait droit à la demande de M. A et lui a délivré un titre de séjour portant la mention " salarié ", valable jusqu'au 1er novembre 2023. Cette décision rapporte implicitement mais nécessairement la décision implicite de rejet attaquée. Ainsi que le fait lui-même valoir le requérant dans ses dernières écritures, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête ayant de ce fait perdu leur objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les anciennes dispositions de l'article R. 311-12 du même code : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 de ce code, qui reprend les anciennes dispositions de l'article R. 311-12-1 : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il résulte de ces dispositions que le silence gardé pendant plus d'un mois sur une demande de communication des motifs d'une décision implicite de rejet, intervenue dans un cas où une décision explicite aurait dû être motivée, n'a pas pour effet de faire naître une nouvelle décision, détachable de la première et pouvant faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, mais permet seulement à l'intéressé de se pourvoir sans condition de délai contre la décision implicite initiale qui, en l'absence de communication de ses motifs, se trouve entachée d'illégalité.

6. Il n'est pas contesté que M. A a déposé sa demande de titre de séjour en préfecture le 29 septembre 2020. Au regard des dispositions précitées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet du Rhône sur cette demande le 29 janvier 2021. Une décision portant refus de titre de séjour est au nombre de celles devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par un courrier du 4 mai 2022, dont la réception par la préfecture n'est pas contestée, M. A a sollicité la communication des motifs du rejet implicite ainsi opposé à sa demande. En l'absence de communication de ces motifs dans le mois suivant cette demande, le requérant est fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions de l'ancien article L. 313-15 de ce code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

8. Il résulte de l'instruction que si le requérant, entré en France seul à l'âge de 16 ans et pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance de la métropole de Lyon, a formulé une demande de titre sur le fondement de l'ancien article L. 313-15, devenu l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne justifie pas, par les pièces produites à l'instance, satisfaire à l'obligation posée par cet article de suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, le contrat d'apprentissage produit ayant pris fin au 31 juillet 2020. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent ne peut ainsi être accueilli.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les anciennes dispositions de l'article L. 313-11 7° du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

10. Compte-tenu des liens personnels et familiaux en France limités dont M. A fait état, de son séjour sur le territoire depuis seulement un peu plus de deux années au moment de la décision attaquée et de la présence dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à ses seize ans, de sa famille proche, notamment de sa mère, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Pour les mêmes raisons, la décision attaquée ne viole pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Par suite, M. A n'établissant pas que la décision contestée serait illégale pour un autre motif que celui résultant du défaut de motivation relevé au point 6 du présent jugement et le préjudice dont il demande réparation ne pouvant être regardé comme la conséquence du vice de légalité externe dont la décision en litige est ainsi entachée, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 26 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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