jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204448 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 7ème chambre |
| Avocat requérant | RIFFARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin 2022 et 28 août 2023, Mme C A, représentée par Me Riffard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 avril 2022, refusant de lui accorder le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité au titre de l'accident dont elle a été victime le 13 juillet 2016 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'enseignement supérieur et au ministre chargé du budget de lui allouer le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est agent titulaire du grade d'adjoint principal de 1ère classe et occupe un poste de comptable à la faculté des langues de l'Université Jean Moulin Lyon 3 ;
- elle a été victime d'un accident de la circulation le 13 juillet 2016 ;
- son état de santé a justifié des arrêts de travail pour une durée de 7 mois : elle a repris le travail, en mi-temps thérapeutique, à compter du 13 février 2017, puis à plein temps à compter du 12 août 2017 ;
- compte tenu des séquelles, elle a sollicité le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité ;
- à l'issue de l'instruction de sa demande, les ministères de l'éducation, de la jeunesse et des sports, et de l'enseignement et de la recherche, ont, par une décision en date du 6 avril 2022 refusé l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité, au motif que le lien d'imputabilité entre le service et l'accident survenu le 13 juillet 2016 ne serait pas établi ;
- la décision est entachée d'incompétence ;
- son accident était un accident de trajet, car elle allait habituellement chercher son petit-fils en revenant de son travail ;
- l'imputabilité au service a été admise par l'université.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a conclu au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés et s'associe à l'argumentation en défense du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Par ordonnance en date du 18 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire,
- les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,
- et les observations de Me Riffard pour Mme A et de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, née le 15 mai 1960, est agent titulaire du grade d'adjoint principal de 1ère classe et occupe un poste de comptable à la faculté des langues de l'Université Jean Moulin Lyon 3, à Lyon. Elle demande l'annulation de la décision du 6 avril 2022 par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des ports et le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche ont refusé de lui allouer une rente temporaire d'invalidité à la suite d'un accident survenu le 13 juillet 2016.
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise par Mme B sous l'entête du secrétariat général service des retraites des deux ministères. Or, par deux décisions des 28 mai 2019 et du 22 septembre 2021, toutes deux publiées au Journal officiel de la République française, Mme B, attachée d'administration de l'Etat bénéficie d'une double délégation de signature, au titre du ministre de l'éducation nationale, de la recherche et des sports et du ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions du département des retraites de ces deux ministères. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'incompétence, parce que prise au nom d'un ministère auquel Mme B n'est pas rattachée et par une personne n'ayant pas délégation de signature à cet effet, manque en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 p. 100 ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement. () ". Aux termes de l'article 3 du décret n°60-1089 modifié du 6 octobre 1960 : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, les conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciées par la commission de réforme prévue à l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas au ministre dont relève l'agent et au ministre de l'économie, des finances et du budget ". Aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 : " La commission de réforme est consultée notamment sur : 5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, en vue de l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité instituée à l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () ".
4. D'une part, la circonstance que le président de l'université Lyon 3, saisi sur le fondement des dispositions du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 relatives aux congés de maladie des fonctionnaires de l'Etat, a reconnu, pour l'application de ces dispositions, l'imputabilité au service de l'arrêt de travail et des soins rendus nécessaires par l'état de santé de Mme A à la suite de l'accident du 13 juillet 2016, ne peut avoir pour objet et ne saurait avoir légalement pour effet de conférer à l'intéressé des droits en ce qui concerne l'attribution éventuelle d'une allocation temporaire d'invalidité. Par suite, Mme A n'est pas fondée à se prévaloir de la décision du président de l'Université pour soutenir que la décision lui refusant le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité serait illégale.
5. D'autre part, un accident dont a été victime un agent de l'administration ne peut être regardé comme imputable au service que s'il est survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions ou au cours d'une activité qui constitue le prolongement du service. Par ailleurs, face à un détour dans le déroulement d'un trajet habituel, le juge doit, afin d'apprécier s'il est ou non de nature à faire obstacle à la qualification d'accident de trajet, s'il est justifié par les nécessités de la vie courante.
6. Dans la décision attaquée, après avoir rappelé ce principe, le ministre énonce qu'il ressort de " l'analyse de votre dossier que vous avez été victime d'un accident sur la route départementale D 34, alors que vous alliez chercher votre petit-fils à la crèche après votre travail. Cet accident a donc eu lieu sur le trajet non protégé entre votre lieu de travail et votre domicile. Si un léger détour hors du trajet protégé pendant la durée normale du parcours habituel est admis lorsqu'il s'agit de déposer ou d'aller chercher un enfant, cette notion ne trouve à s'appliquer que pour les parents et pas pour les grands-parents pour leurs petits-enfants ".
7. Dans son mémoire en défense, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, après avoir rappelé les principes qui gouvernent la qualification d'accident de trajet, a fait valoir que " pour aller chercher son petit-fils à la crèche, la requérante a effectué un détour de près de dix kilomètres supplémentaires, par rapport au trajet le plus direct entre le lieu d'exercice de ses fonctions et son domicile La circonstance selon laquelle elle s'occupe quotidiennement de son petit-fils est sans incidence sur l'appréciation de l'imputabilité de l'accident. L'accident est survenu à l'occasion d'un trajet distinct du parcours protégé. Le détour a été effectué pour un motif d'ordre personnel étranger aux nécessités essentielles de la vie courante ".
8. Si le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique a, ainsi, entendu ajouter au motif tiré du lien de parenté entre Mme A et son petit-fils, un motif distinct tiré d'un détour qui par son importance et son motif ne faisait pas partie du parcours protégé, sans formuler une demande expresse de substitution ou d'ajout de motif, la communication de ce mémoire en défense à Mme A a permis, en tout état de cause, à cette dernière de présenter ces observations, de telle sorte que rien ne s'oppose à la prise en compte de l'argumentation en défense du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
9. Il résulte de l'instruction que Mme A habitait 9 impasse terre Brande à Givors, à 2 km de la gare de Givors. Elle rejoignait la gare de Givors en voiture, puis empruntait le train jusque Lyon, enfin le tramway entre la gare et l'université. Pour le retour, elle faisait le trajet inverse. Elle explique, toutefois que, depuis, janvier 2016, sa fille, domiciliée à Chassagny, commune située entre Givors et Mornant, avait pris un emploi à Saint-Etienne et ne pouvait plus reprendre son enfant le soir à la crèche de Mornant, située à 10 km au nord-ouest du domicile de la requérante. Ainsi, pour rendre service à sa fille, au retour de son travail qu'elle quittait à 17 heures, Mme A arrivait à Givors vers 17 heures 45, reprenait son véhicule, passait sans s'y arrêter à proximité de son domicile et prolongeait son trajet de dix kilomètres jusqu'à Mornant, où elle récupérait l'enfant qu'elle ramenait chez elle. Le 13 juillet 2016, à 18 heures 10, lors du trajet entre Givors et Mornant, elle a été victime d'un accident de circulation au niveau du rond-point du Pilat situé sur la D 34 à l'entrée de Mornant.
10. En l'espèce, et quand bien même Mme A aurait habituellement effectué le trajet Givors-Mornant chaque jour pour, eu égard aux contraintes professionnelles de sa fille, aller chercher son petit-fils à la crèche de Mornant, ce trajet supplémentaire, au-delà du domicile de la requérante, s'inscrivait, en raison de son importance et de son motif, dans un cadre étranger au trajet domicile-travail.
11. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation que l'autorité administrative a refusé d'admettre l'imputabilité au service de l'accident et d'accorder une allocation temporaire d'invalidité à Mme A à raison des séquelles dudit accident.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fun d'injonction.
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
La magistrate désignée
A. WolfLe greffier,
J-P. Duret
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au ministre des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026