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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204489

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204489

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 31 août 2022, M. B C, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) de faire injonction au préfet du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale jusqu'au terme de la procédure engagée devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ou, à titre subsidiaire, et en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions jusqu'à l'issue de la procédure pendante devant la CNDA ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou de lui verser cette somme s'il n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises sans réel examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 9 septembre 2022.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Paquet, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né en 1970, est entré en France en décembre 2021. Il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 21 avril 2022. Par arrêté du 23 mai 2022, le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduite d'office. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le bureau d'aide juridictionnelle ayant fait droit, le 9 septembre 2022, à la demande d'aide juridictionnelle de M. C, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, la demande d'asile du requérant ayant été placée en procédure accélérée, dès lors qu'il provient d'un pays considéré comme sûr, son droit au maintien sur le territoire français a pris fin, en vertu de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, et si le préfet du Rhône n'a pas fait mention, dans l'arrêté attaqué, que l'intéressé avait déposé une demande d'aide juridictionnele devant la Cour nationale du droit d'asile en vue de contester la décision de l'OFPRA du 21 avril 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision, qui fait état de la situation personnelle de M. C, aurait été prise sans réel examen de sa situation personnelle.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant réside depuis moins d'une année en France et que son épouse a fait l'objet, le même jour, d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés ne pourraient poursuivre une vie familiale normale en Géorgie, avec leur enfant. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, si le requérant fait valoir que son fils, mineur, a été blessé par arme à feu en Géorgie il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant des intéressés y serait encore exposé à des menaces, qu'il ne pourrait retourner en Géorgie avec ses parents et y poursuivre une scolarité et une vie familiale normales. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de l'enfant de la requérante, protégé par l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

7. Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. C fait valoir qu'il a été menacé de mort après avoir dénoncé des fraudes à l'occasion d'élections lors desquelles il avait occupé des fonctions d'observateur, et que son fils, qui circulait en voiture en sa compagnie, a été blessé par arme à feu. Toutefois, et s'il justifie que son fils a subi des blessures en novembre 2020 et qu'une enquête a été ouverte pour cette raison, l'intéressé, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'OFPRA puis, le 22 juillet 2022, par la Cour nationale du droit d'asile, n'établit pas suffisamment le lien entre cette blessure et son engagement politique, ni la réalité de risques actuels personnellement encourus en cas de retour en Géorgie. Par suite, son moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 23 mai 2022 du préfet du Rhône est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation.

Sur l'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction présentées sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse à M. C la somme qu'il demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry A La greffière,

Anaïs Calmès

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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