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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204510

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204510

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204510
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 13 juin et le 22 novembre 2022 (non communiqué), M. A C et M. D C, représentés par la SELAS CCMC Avocats (Me Chopineaux), demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2021 par laquelle la Communauté de communes du Pays bellegardien a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant programme local de l'habitat en tant qu'il assortit le classement des parcelles cadastrées section B n°1147 et n°1148 situées 29 route du chêne, Davanod à Billiat en zone UH, de la prescription " périmètre de captage d'eau " ainsi que la décision du 13 avril 2022 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la Communauté de communes du Pays bellegardien une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'erreur de droit en l'absence de déclaration d'utilité publique pour la protection du captage d'eau ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte à leur droit de propriété et procède à une rupture d'égalité entre les administrés ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, la Communauté de communes du Pays bellegardien, représentée par la SELARL BLT Droit public, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 2 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deniel,

- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,

- et les observations de Me Chopineaux, pour MM. C et Me Castrin, pour la Communauté de communes du Pays bellegardien.

Une note en délibéré, présentée pour MM. C, a été enregistrée le 2 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. MM. Daniel et Christian C, propriétaires des parcelles cadastrées section B n°1147 et n°1148 situées 29 route du chêne, Davanod à Billiat demandent au tribunal d'annuler la délibération du 16 décembre 2021 par laquelle la Communauté de communes du Pays bellegardien a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal valant programme local de l'habitat en tant qu'il assortit le classement de ces parcelles en zone UH, de la prescription " périmètre de captage d'eau ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". L'article R. 151-31 du code de l'urbanisme dispose que : " Dans les zones U, AU, A et N, les documents graphiques du règlement font apparaître, s'il y a lieu : () ; 2° Les secteurs où les nécessités du fonctionnement des services publics, de l'hygiène, de la protection contre les nuisances et de la préservation des ressources naturelles ou l'existence de risques naturels, de risques miniers ou de risques technologiques justifient que soient interdites les constructions et installations de toute nature, permanentes ou non, les plantations, dépôts, affouillements, forages et exhaussements des sols. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section B n°1147 et n°1148 sont classées en zone UH, qui correspond à une zone urbaine de hameau située au sein d'espaces agricoles et ont été affectées de la prescription qui correspond à un " périmètre de captage d'eau " au titre de la source de Davanod. Il est constant que ce captage, qui n'a pas fait l'objet d'une déclaration d'utilité publique, ne bénéficie pas des périmètres de protection prévus par l'article L. 1321-2 du code de la santé publique. Toutefois, l'existence d'une procédure de protection des sources prévues par cet article ne fait pas obstacle à ce que, dans les communes où est établi un plan d'urbanisme, ledit plan contienne des prescriptions destinées à assurer la protection des sources les alimentant en eau potable. Il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme, la Communauté de communes a entendu se conformer au projet d'aménagement et de développement durables lequel comporte un axe IV intitulé " valoriser l'authenticité et la qualité de vie du territoire par une gestion environnementale des ressources et des risques exemplaires " incluant comme orientation la protection et la préservation de la ressource en eau dans le temps, tant d'un point de vue quantitatif que qualitatif en prenant en compte les différents usages de l'eau et en sécurisant l'approvisionnement en eau, en instituant elle-même des périmètres de protection autour du captage d'eau potable ne bénéficiant d'aucune protection situé sur son territoire et en prévoyant, dans le règlement les prescriptions particulières applicables dans les zones situées dans ce périmètre, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 151-31 du code de l'urbanisme. Ce faisant, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la Communauté de communes du Pays bellegardien n'a pas entaché sa décision d'incompétence et n'a pas davantage commis d'erreur de droit ni de détournement de procédure.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ".

5. D'autre part, le règlement du PLUi-H indique en son article 2.1 et en ces termes les occupations et utilisations des sols interdites dans le périmètre des captages d'eau : " Toutes les constructions, installations, travaux situés dans les périmètres de captage d'eau identifiés dans le plan de zonage, sauf ceux autorisés sous condition à l'article 2-2. ". L'article 2-2 reprend ainsi toutes les occupations et utilisations des sols soumises à condition particulière : " Dans les périmètres de captage d'eau identifiés dans le plan de zonage : Les occupations et utilisations non interdites ou soumises à condition, situés dans les zones du PPRn à condition qu'elles respectent les prescriptions édictées par le PPRn / Les affouillements et exhaussements du sol à condition qu'ils soient nécessaires : à la réalisation d'aménagements publics (paysagers, infrastructures routières, postes de refoulement des eaux usées, etc.) ; à la réalisation d'infrastructures permettant de desservir les exploitations de carrières/ISDI. au bon fonctionnement de la zone humide dans le cadre d'une mise en œuvre de la loi sur l'eau. Aux constructions autorisées. / Les locaux et ouvrages techniques et industriels des administrations publiques et assimilée sous réserve d'être strictement nécessaire au fonctionnement des services publics et qu'ils ne nuisent pas au caractère naturel des lieux. /Les extensions ainsi que les annexes (y compris les piscines) d'un bâtiment à usage de logement existant sous réserve : d'une surface de plancher minimale existante avant travaux de 50m² ; que la surface de plancher et la surface d'emprise au sol des annexes et extensions n'excède pas 30m² ; qu'elles ne portent pas atteinte au caractère des lieux et à son environnement ".

6. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles section B n°1147 et n°1148 appartenant aux requérants se situent de part et d'autre des zones de captage et de réservoir d'eau du Chemin Large et de Davanod. Le classement se justifie par la volonté des auteurs du plan local d'urbanisme de préserver ou de restaurer les ressources naturelles et la nécessité d'améliorer la qualité des eaux superficielles et le bon fonctionnement des zones humides en préservant la ressource en eau et la protection du réseau hydrographique. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la commune de Billiat est alimentée par cinq sources situées pour quatre d'entre elles sur son territoire dont celles de Davanod qui dispose du plus gros réservoir de la commune d'une capacité de stockage de 200 m3 sur 240 m3 au total. L'intégralité de ces sources alimente les besoins de la commune sauf en période d'étiage où les captages d'Injoux-Génissiat viennent en appui. Il n'est pas contesté que les eaux de la source de Davanod sont de qualité médiocre. Cependant, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'agence régionale de santé n'a pas imposé l'abandon de cette source mais a notamment préconisé, en cas de poursuite de son usage, de traiter les eaux de cette source avec ultrafiltration. S'il est constant que le préfet n'a jamais institué de périmètre de protection du captage d'eau autour de la source de Davanod et que la procédure de déclaration d'utilité publique des sources de Billiat engagée en 2013 a été abandonnée, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il est envisagé une solution alternative au recours aux eaux de cette source, qui sont déjà traitées au chlore liquide et dont la qualité pourra être améliorée en évitant une densification des constructions dans leur périmètre de captage. Il ne ressort dès lors pas des pièces du dossier que ce captage n'est plus utilisable ou qu'il a déjà été envisagé sérieusement de définitivement l'abandonner et, qu'en conséquence, l'édiction de mesures de protection particulières est inutile. Dans ces conditions, en affectant la zone dans laquelle se situe leurs parcelles d'une prescription correspondant à un " périmètre de captage d'eau ", la Communauté de communes du Pays bellegardien n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En troisième lieu, si les obligations que le plan en litige, et notamment l'interdiction de construction de nouvelles maisons d'habitation dans le périmètre de captage d'eau, fait peser sur les propriétaires des biens situés dans ce périmètre, sont susceptibles de porter atteinte au droit de propriété garanti par les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, cette atteinte est justifiée par l'objectif d'intérêt général décrit au point précédent et proportionnée à cet objectif. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte excessive au droit de propriété ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, le classement contesté des parcelles litigieuses ne reposant pas, ainsi qu'il a été dit, sur une appréciation manifestement erronée, les requérants ne peuvent utilement soutenir qu'il crée une rupture d'égalité devant les charges publiques.

9. Il résulte de tout ce qui précède que MM. C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, leurs conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par MM. C, parties perdantes, tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens qu'ils ont exposés. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de MM. C une somme à verser à la Communauté de communes du Pays bellegardien, au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n°2204510 est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la Communauté de communes du Pays bellegardien au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la communauté de communes du pays bellegardien.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Deniel, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

C. Deniel

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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