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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204519

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204519

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2022, Mme C B, représentée par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

- ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ait été émis dans des conditions régulières préalablement à son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du même code, dès lors qu'elle souffre d'une pathologie rétinienne grave, qu'elle fait l'objet d'un suivi médical sérieux et régulier en France et qu'elle ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'elle aura pour effets de la priver de l'assistance de sa sœur et de rompre son traitement ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 19 juillet 1972, est entrée sur le territoire français le 22 juillet 2021 munie de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valide du 13 juillet au 13 octobre 2021. L'intéressée s'est ensuite maintenue sur le territoire français et a sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 22 octobre 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étrangère malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mai 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

2. Le bureau d'aide juridictionnelle n'ayant pas statué sur la demande d'aide juridictionnelle dont Mme B fait état dans sa requête, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus et d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans cette instance.

3. Par un arrêté du 5 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 8 avril 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme G F, attachée principale, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la totalité des actes établis par la direction dont elle dépend, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Et aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de trois médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), après transmission à ce collège d'un rapport médical établi par un médecin de l'OFII ne siégeant pas au sein dudit collège. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

6. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense qu'au cours de l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme B en qualité d'étrangère malade, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), composé de trois médecins, a rendu un avis le 24 janvier 2022 au vu d'un rapport médical rédigé par un autre médecin, le 13 janvier 2022, qui lui a été transmis le 14 janvier 2022. En outre, ces quatre médecins ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII en date du 7 juin 2021, modifiant celle du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de l'OFII. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure doit, par suite, être écarté en toutes ses branches.

7. Par ailleurs, pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII estimant que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié. Pour contester cette analyse, la requérante fait état de ce qu'elle souffre d'une pathologie rétinienne grave, qu'elle fait l'objet d'un suivi médical sérieux et régulier en France et qu'elle ne pourra effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Toutefois, s'il ressort des différentes pièces médicales produites par Mme B qu'elle est atteinte de stries angioïdes compliquant un pseudoxanthome élastique ainsi que de néovaisseaux choroïdiens et qu'elle est régulièrement suivie au sein du service d'ophtalmologie de l'hôpital de la Croix-Rousse depuis le 23 juillet 2021 pour la réalisation d'injections intra-vitréennes faisant l'objet d'une prise en charge orthoptique, et si l'intéressée verse également au débat trois certificats médicaux datés des 9 avril 2020, et des 21 et 29 juin 2021, respectivement rédigés par trois praticiens marocains, dont un professeur d'ophtalmologie, un médecin et un médecin conseil auprès du consulat général de France, aux termes desquels il apparaît qu'elle a été suivie pour des stries angioïdes à l'œil gauche en bénéficiant d'injections intra-vitréennes mais également qu'elle est " actuellement en dehors de toute ressource thérapeutique au Maroc ", ces certificats, rédigés dans des termes identiques, généraux et peu circonstanciés, ne sauraient suffire à infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé.

8. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de Mme B. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

9. En troisième lieu, dès lors que Mme B n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour que sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet du Rhône ne s'est pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.

10. En dernier lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, elle ne développe aucune argumentation distincte à l'appui de ce moyen qui pourra donc être écarté par les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que Mme B ne démontre pas qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle ne pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII estimant qu'au vu des éléments du dossier de l'intéressée et à la date de cet avis, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers le Maroc, ce que la requérante ne conteste pas. Le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est infondé et doit, par suite, être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

15. Mme B soutient qu'elle a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, où elle multiplie les efforts d'intégration, depuis le mois de juillet 2021, qu'elle se trouve dans un état de vulnérabilité et de totale dépendance vis-à-vis de sa sœur qui y réside régulièrement et l'héberge, et qu'elle ne pourra être assistée par sa mère en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, la requérante est entrée récemment sur le territoire français et les pièces qu'elle produit ne sont pas de nature à démontrer l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux dont elle se prévaut, en particulier vis-à-vis de sa sœur, dont elle n'établit pas que la présence auprès d'elle serait indispensable, de son beau-frère et des enfants de ces derniers. Par ailleurs, s'il ressort des attestations rédigées les 23 mai et 2 et 7 juin 2022 que l'intéressée suit des cours de français auprès de trois associations depuis le mois de décembre 2021, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer une intégration sociale particulière en France où elle réside sans logement et ressources propres. Enfin, la requérante n'établit pas être dépourvue de toute ressource au Maroc, où elle a vécu l'essentiel de son existence et où réside sa mère, ni avoir besoin de l'assistance d'une tierce personne. Dès lors, et outre le fait qu'elle pourra effectivement y bénéficier d'une prise en charge médicale, ainsi que cela a été précédemment exposé au point 7, Mme B ne peut être regardée, en l'état des pièces du dossier, comme étant en situation d'isolement dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, et en dépit de ses efforts pour apprendre la langue française, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence de toute argumentation distincte, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de l'intéressée doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

16. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Mme B soutient qu'elle sera exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Maroc. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 13 que la requérante ne démontre pas qu'elle ne pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé ni que ce dernier ne peut lui permettre d'y voyager sans risque. Ainsi dès lors que l'intéressée n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce qu'elle encourrait des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

C. D

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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