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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204562

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204562

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantBOUILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2022, et un mémoire enregistré le 10 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Bouillet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 9 février 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours, et a désigné un pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement ;

4°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, au regard des motifs l'ayant conduit à fuir son pays d'origine et à demander l'asile ; notamment, le préfet aurait dû examiner son droit au séjour sur le territoire français ;

- la décision désignant le pays de renvoi est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard aux risques encourus en cas de retour en Albanie ;

- sa demande d'asile a manifestement des chances d'aboutir, de sorte qu'il y a lieu de faire droit à la demande de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il préfet du Rhône soutient que :

- la requête est tardive ;

- les décisions en litige ont été prises par une autorité compétente, sont motivées, et ne sont contraires ni à l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- la décision du 18 mars 2022 refusant la demande d'aide juridictionnelle formée par Mme B ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 septembre 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bouillet, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- et les observations de Mme B, assistée de Mme C, interprète en langue albanaise.

Le préfet du Rhône, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Il ressort des pièces du dossier que, par décision du 18 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a statué sur la demande d'aide juridictionnelle de Mme B enregistrée le 3 mars 2022 au greffe du tribunal. Cette décision étant devenue définitive en l'absence de tout recours formé à son encontre, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentées dans la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. ".

3. Mme B, de nationalité albanaise, ne conteste pas que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet du Rhône est fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 précité, au motif que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ayant statué en procédure accélérée. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme B aurait déposé une demande de titre de séjour conjointement à sa demande d'asile. Dès lors, elle ne peut utilement se prévaloir des circonstances l'ayant conduit à quitter son pays d'origine pour soutenir que le préfet aurait entaché la mesure d'éloignement litigieuse d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation pour des motifs humanitaires.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

5. Pour soutenir qu'elle encourt des risques pour sa vie et sa sécurité en cas de retour en Albanie, Mme B indique qu'elle est originaire d'un petit village d'Albanie, qu'elle est homosexuelle, qu'elle a entretenu une relation suivie avec une autre femme de son âge, qu'elle a été gravement menacée par son père après que celui-ci a découvert son orientation sexuelle et qu'elle a été contrainte de quitter son emploi. L'intéressée produit, au soutien de son recours, de nombreux rapports internationaux, attestant des discriminations, intimidations et violences dont font l'objet les personnes homosexuelles dans certaines régions d'Albanie malgré la loi de dépénalisation approuvée le 20 janvier 1995. Cependant, Mme B n'apporte aucun commencement de preuve relatif à sa situation personnelle de nature à démontrer la réalité de son orientation sexuelle autant que des menaces et violences dont elle a fait l'objet de la part de sa famille et de son environnement professionnel, alors qu'en outre, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a souligné le caractère très peu convaincant de son récit. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait l'article 3 précité de la convention européenne des droits de l'homme, doit être écarté.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

7. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Selon l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".

8. Dans le cadre du présent recours, et ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, Mme B ne fournit aucun élément tenant à sa situation personnelle de nature à faire naître un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et pouvant ainsi justifier que l'exécution de la mesure d'éloignement soit suspendue jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces circonstances, sa demande ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de Mme B à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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