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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204567

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204567

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 15 juin et 27 juin 2022, M. D B, représenté par Me Royon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) de faire injonction à la préfète de la Loire de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'en vertu de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il avait droit au maintien en France jusqu'à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- les décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 9 août 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. A.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mongol né en 1974, est entré en France en août 2021. Il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 octobre 2021. Par un arrêté du 19 mai 2022, la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. E C, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Loire, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de la Loire en date du 15 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire en date du 15 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige mentionne les éléments de droit et de fait retenus par la préfète de la Loire pour obliger M. B à quitter le territoire français, suite au rejet de sa demande d'asile, ainsi que les éléments pris en compte pour ne pas lui accorder de délai de départ volontaire supérieur à trente jours et fixer le pays de destination. Par suite, il est suffisamment motivé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision.

Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " L'article L. 542-2 du code dispose : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; " ; Enfin, aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

6. La demande d'asile de M. B, originaire de Mongolie, pays considéré comme un pays d'origine sûr, ayant été placée en procédure accélérée, l'intéressé ne disposait du droit de se maintenir sur le territoire français que jusqu'à la notification de la décision de rejet de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, en vertu des dispositions précitées. Dans ces conditions, et alors même qu'il a présenté un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, la préfète de la Loire pouvait l'obliger à quitter le territoire français, en application des dispositions du 4° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit par suite être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B résidait depuis moins d'un an en France à la date de la décision en litige, après avoir vécu l'essentiel de sa vie en Mongolie. S'il fait état de la présence en France de son épouse, celle-ci a fait l'objet, le même jour, d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas, non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. Enfin, pour les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation distincte, le moyen selon lequel la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations citées au point précédent doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination ;

9. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions applicables et précise que le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas qu'il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est par suite suffisamment motivée.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si M. B, ancien policier, soutient être menacé en Mongolie par une personne influente qui chercherait à se venger de lui, qu'il a été agressé ainsi que son épouse et que sa maison a été incendiée, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations et n'établit pas la réalité de risques actuels personnellement encourus en cas de retour en Mongolie. Par suite, la décision fixant le pays de destination n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations citées au point précédent.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 19 mai 2022 de la préfète de la Loire est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry A La greffière,

Anaïs Calmès

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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