vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204598 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | ROYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 15 juin et 1er août 2022, M. D C, représenté par Me Royon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou subsidiairement une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " en lui remettant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard,
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui remettant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. C soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative au statut des réfugiés, faite à Genève le 28 juillet 1951 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant angolais né le 11 juin 1991, déclare être entré en France en février 2015 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 29 novembre 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 19 septembre 2017. L'intéressé a obtenu un titre de séjour en qualité d'étranger malade, valable du 18 octobre 2018 au 8 septembre 2019. Par un arrêté du 19 mars 2020, l'autorité administrative a refusé de procéder à ce renouvellement et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français. Le 2 novembre 2020, M. C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 4 mars 2022, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée en date du 4 mars 2022 a été signée par M. E A, sous-préfet de Montbrison, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 1er septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 13 septembre suivant, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les motifs du refus qui ont été opposés à M. C sur chacun des fondements examinés, la décision contestée faisant en outre référence de manière précise et circonstanciée à sa situation personnelle, familiale et professionnelle. S'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative s'agissant de sa vie privée et familiale en France et de l'intérêt de ses enfants mineurs à ce qu'il autorisé à y séjourner, cette divergence d'analyse ne saurait établir l'insuffisance de motivation invoquée alors que la décision attaquée comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permet au requérant de discuter utilement les motifs de refus lui ayant été opposés. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. M. C fait état de ce qu'il réside en France depuis près de plus de sept ans et de ce qu'autorisé à séjourner en qualité d'étranger malade, il a pu mener à bien son intégration par le travail et ancrer sa vie privée et familiale en France où résident sa compagne et leurs deux enfants mineurs. Toutefois, si le requérant a bénéficié, après le rejet de sa demande d'asile, de la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, le renouvellement de ce titre de séjour, valide du 18 octobre 2018 au 8 septembre 2019, a été rejeté par une décision du 19 mars 2020, assortie d'une obligation de quitter le territoire français et l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement en France en dépit de cette décision. Si M. C fait état des activités salariées exercées en qualité d'intérimaire, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait noué, au cours de ses activités professionnelles, d'ailleurs interrompues à la date de la décision attaquée, des liens à la fois anciens, intenses et stables sur le territoire national alors qu'il a passé l'essentiel de son existence en Angola. S'agissant des attaches familiales de M. C, sa compagne a fait l'objet, consécutivement au rejet de sa demande d'asile, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, le 9 juin 2021, qui a été confirmée par un jugement du tribunal du 18 novembre 2021 et, en l'absence de droit au séjour de cette dernière en France, le requérant ne peut être regardé comme y disposant d'attaches familiales pérennes. Si M. C se prévaut de la demande d'asile présentée par sa compagne au bénéfice de leur fils aîné, né le 24 août 2020, dès lors que l'enfant et sa mère ne disposent pas, à la date de la décision attaquée, d'un droit pérenne à se maintenir en France et qu'en outre le requérant ne réside pas avec sa compagne et leurs deux enfants, ainsi qu'il ressort tant de l'acte de naissance de son fils aîné, de celui de sa fille née le 13 février 2022 que des pièces relatives à la domiciliation de M. C, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer durablement le requérant de de son fils et de sa fille mineurs, avec lesquelles il ne vit pas à la date de la décision en litige, et cette décision ne peut en conséquence être regardée comme ayant porté atteinte à leur intérêt supérieur. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation distincte, la préfète de la Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C en refusant de l'admettre au séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Il ressort de la lecture de l'arrêté en litige qu'au cours de l'examen de l'existence d'attaches familiales en France du requérant, la préfète de la Loire a relevé que sa compagne et mère de ses deux enfants, avait vu sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA et la CNDA, les 16 novembre 2020 et 23 novembre 2021, et qu'elle avait en conséquence fait l'objet, le 11 juin 2021, d'une mesure d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'une demande d'asile au bénéfice du fils mineur de M. C, né le 24 août 2020, a ensuite été introduite auprès de l'OFPRA. Si par une décision du 30 novembre 2021, l'OFPRA a rejeté cette demande de protection internationale, le 22 avril 2022, la Cour nationale du droit d'asile annulant cette décision a rappelé que, pour apprécier la protection de l'enfant, l'Office ne pouvait s'abstenir de procéder à l'audition de son père et a renvoyé l'affaire devant l'OFPRA afin qu'il procède au réexamen de la demande d'asile de l'enfant de M. C, l'intéressé versant au débat la convocation lui ayant été adressée pour une audition par l'OFPRA, le 1er juin 2022. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, dès lors que la demande d'asile du fils de M. C se trouvait en cours d'examen à la date de l'arrêté attaqué et que le requérant est tenu de se présenter devant l'OFPRA en vue de l'examen de cette demande, la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. C est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences et doit donc être annulée.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions subséquentes fixant le délai de départ volontaire, le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
9. L'exécution du jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français, implique qu'une autorisation provisoire de séjour soit délivrée à M. C durant le temps de l'examen, par le juge de l'asile, de la demande d'asile présentée pour son fils mineur. Il est enjoint à la préfète de la Loire d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55% par une décision du 13 mai 2022. D'une part, il n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre et ne sollicite pas qu'une somme lui soit versée. D'autre part, l'avocate du requérant peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 et demander que lui soit versée une somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 100 euros, à verser à Me Royon, avocate de M. C, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions par lesquelles la préfète de la Loire a obligé M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Loire, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de munir M. C d'une autorisation provisoire de séjour, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, durant le temps de l'examen, par le juge de l'asile, de la demande d'asile présentée pour le fils mineur de M. C.
Article 3 : L'Etat versera à Me Royon une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Royon et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026