jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juin 2022, et un mémoire complémentaire présenté par Me Paquet, enregistré le 26 août 2022, M. B C demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 du préfet de la Haute-Savoie l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie d'effacer son signalement aux fins de non-admission dans le Système d'Information Schengen dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou de lui verser cette somme s'il n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;
- l'arrêté a été pris sans réel examen de sa situation personnelle ;
- le préfet ne pouvait pas l'obliger à quitter le territoire français mais devait mettre en œuvre la procédure de remise définie par les articles L. 621-1 et L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il séjournait régulièrement en Pologne ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision le privant de délai de départ volontaire ;
- la décision le privant de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour ;
- la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français d'une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 30 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Paquet, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant serbe né en 1988, conteste l'arrêté du 15 juin 2022 du préfet de la Haute-Savoie l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. C à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté du 15 juin 2022 :
En ce qui concerne le moyen commun aux arrêtés :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Thomas Fauconnier, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Savoie, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté du préfet de la Haute-Savoie en date du 16 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
4. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Savoie, qui a constaté l'irrégularité du séjour en France du requérant et a indiqué les motifs ayant fondé son arrêté, n'aurait pas procédé à un réel examen de sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Il ressort des dispositions des articles L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, de celles des articles L. 615-1 et suivants relatives aux cas de l'étranger obligé de quitter le territoire d'un autre État membre de l'Union européenne ou d'un État dans lequel s'applique l'acquis de Schengen et de celles des articles L. 621-1 et suivants relatives aux procédures de remise aux États membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'État membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un État membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel État, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet État ou de le réadmettre dans cet État.
6. Si M. C, ressortissant serbe, fait valoir qu'il a été admis à séjourner provisoirement en Pologne à compter du 7 juin 2022, dans le cadre d'une demande de régularisation, il ne justifie pas d'un titre de résident de longue durée dans cet Etat ni d'une " carte bleue " européenne. Dès lors, il ne se trouvait pas dans le cas où son éloignement ne pouvait être décidé que par la mise en œuvre d'une procédure de remise aux autorités polonaises. Par suite, en prenant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit.
En ce qui concerne la décision privant M. C de délai de départ volontaire :
7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision le privant de délai de départ volontaire.
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". L'article L. 612-2 dudit code dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentations suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France et qu'il s'y maintient sans titre de séjour, et que, par ailleurs, il n'y justifie d'aucune résidence. Dans ces conditions, et sans qu'ait d'incidence à cet égard le fait qu'il justifierait d'un droit au séjour en Pologne, le préfet de la Haute-Savoie, a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, estimer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement et le priver de délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français d'une durée d'un an :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français.
11. En deuxième lieu, la décision faisant interdiction à M. C de retourner sur le territoire français mentionne de manière précise les éléments de droit et de fait qui la fondent. Par suite, elle est suffisamment motivée.
12. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7. L'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
13. Il appartient au préfet, en vertu des dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'assortir une obligation de quitter le territoire français sans délai d'une interdiction de retour sur le territoire français sauf dans l'hypothèse où des circonstances humanitaires justifieraient qu'il soit dérogé au principe. En l'espèce, M. C soutient, qu'il n'était en France que depuis trois jours, à la date de la décision en litige, qu'il a été interpelé alors qu'il s'apprêtait à repartir en Pologne, où il travaille, et fait valoir que l'interdiction de retour sur le territoire français en litige et son signalement dans le Système d'Information Schengen sont de nature à faire obstacle à son admission au séjour en Pologne. Toutefois, l'intéressé n'a produit aucune pièce justifiant du motif professionnel de sa venue en France ni d'éléments probants attestant du caractère temporaire de son séjour. Par ailleurs, il ne précise pas suffisamment les conditions de son droit au séjour en Pologne, alors par ailleurs qu'il a déclaré aux services de police lors de son interpellation que sa famille résidait en Serbie. Dans ces conditions, les circonstances dont fait état M. C ne constituent pas des circonstances humanitaires justifiant que le préfet ne prenne pas à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, en prenant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas, eu égard à l'absence de tout lien de l'intéressé avec la France, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 15 juin 2022 du préfet de la Haute-Savoie est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Thierry A La greffière,
Anaïs Calmès
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026