vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DRINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, M. A D, représenté par Me Drine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979, dès lors qu'elle comporte des formules stéréotypées et est dépourvue de motivation en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que les lignes directrices prévues aux points 2.1.1 et 2.1.2 de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que compte tenu de son âge et de sa scolarisation, la préfète de l'Ain aurait dû lui accorder un délai de départ volontaire supérieure à trente-jours ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- et les observations de Me Drine représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant tunisien né le 22 avril 2004, est entré sur le territoire français le 16 août 2019. Après avoir obtenu, le 11 mai 2021, un document de circulation pour étranger mineur valable jusqu'au 21 avril 2022, l'intéressé a sollicité des services de la préfecture de l'Ain, le 25 février 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 17 mai 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
2. Par un arrêté du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Ain du 1er février 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète de l'Ain a donné délégation de signature à Mme E C, attachée d'administration de l'État, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, à l'effet de signer, notamment, tout acte individuel en matière d'accueil des étrangers en France et d'éloignement, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de ces décisions manque en fait et doit par suite, être écarté.
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et fixation du pays de destination :
3. En premier lieu, les décisions contestées visent les textes dont elles font application, en particulier les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et exposent, de façon non stéréotypée, les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de M. D sur lesquelles la préfète de l'Ain s'est fondée pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Dans ces conditions, les décisions attaquées, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et des articles L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En second lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à examen particulier de la situation personnelle de M. D. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". D'autre part, selon les termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien susvisé : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. M. D soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français depuis le 16 août 2019, dès lors qu'il a été pris en charge et hébergé par sa sœur et son beau-frère, à qui l'autorité parentale a été déléguée par ses parents, et qu'il y est désormais scolarisé depuis l'année 2020. Toutefois, en produisant un acte notarié de délégation d'autorité parentale daté du 19 octobre 2019, les éléments relatifs à sa scolarité en classe de 3ème au sein du collège Gabriel Rousset de Lyon durant l'année scolaire 2019-2020 puis en classes de seconde et de première au sein du lycée professionnel Jean Lurçat de Lyon au cours des années scolaires 2020-2021 à 2021-2022, ainsi que son document de circulation pour étranger mineur valide du 11 mai 2021 au 21 avril 2022, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national. Par ailleurs, le requérant, désormais majeur, est entré récemment sur le territoire français. En outre, en se bornant à soutenir que ses parents se trouveraient en Allemagne et que l'ensemble de sa fratrie résiderait sur le territoire français, le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence, ni qu'il serait dans l'impossibilité d'y poursuivre sa scolarité. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la préfète de l'Ain n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, qui renvoie aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pourront, par suite, être écartés.
7. En deuxième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'il était devenu majeur à la date de la décision contestée. Le moyen est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
8. En dernier lieu, M. D ne peut davantage utilement se prévaloir de la méconnaissance des points 2.1.1 et 2.1.2 de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, dès lors que cette circulaire est dépourvue de portée normative et ne définit pas davantage, contrairement à ce que soutient l'intéressé, de lignes directrices opposables, le ministre de l'intérieur s'étant borné à adresser aux préfets des orientations générales non impératives pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Le moyen est également inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
10. En second lieu, en l'absence d'argumentation particulière, et en tenant compte des conséquences spécifiques de la mesure d'éloignement contestée, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. D pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
12. Le délai de départ volontaire a, en principe, pour seul objet de permettre l'organisation du départ de l'étranger et non de lui accorder un droit supplémentaire et provisoire au séjour. Ainsi, si M. D fait état de son âge, alors qu'il est désormais majeur, et de ce qu'il est actuellement scolarisé, ces circonstances ne sont pas de nature à démontrer qu'un délai supérieur au délai de droit commun prévu par ces dispositions aurait dû lui être accordé, alors au demeurant que l'intéressé n'établit ni même n'allègue avoir sollicité un tel délai. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Ain aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
C. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026