vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204621 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Robin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a retiré sa carte de résident valide du 24 juillet 2017 au 23 juillet 2027, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône dans le délai de d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de résident de dix ans en qualité de parent d'enfant français ;
- à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Mme C soutient que :
1°) s'agissant de la décision portant retrait de la carte de résident :
- elle est insuffisamment motivée en droit comme en fait au regard des exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée de plusieurs " erreurs de faits " dès lors que ses trois enfants nécessitent un suivi médical spécialisé, une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert ordonnée par le juge des enfants est toujours en cours et qu'elle attend un troisième enfant ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'un examen complet et sérieux de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'établit pas l'existence de la fraude et elle est entachée à cet égard de plusieurs erreurs de faits et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
2°) s'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de la décision portant retrait de la carte de résident ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité respectivement de la décision portant retrait de la carte de résident et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 21 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Lulé, substituant Me Robin, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, née le 29 mars 1987, de nationalité congolaise (RDC), déclare être entrée en France, le 10 décembre 2012. Le 5 juillet 2013, l'intéressée a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant français et a bénéficié de la délivrance d'une carte de séjour temporaire valide du 8 février 2013 au 4 juillet 2014, qui sera renouvelée jusqu'au 26 août 2015. En suivant, Mme C s'est vue délivrer une carte de résident en qualité de parent d'enfant français valable du 24 juillet 2017 au 23 juillet 2027. Par un arrêté du 14 janvier 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a procédé au retrait de sa carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
2. Le bureau d'aide juridictionnelle n'ayant pas statué sur la demande d'aide juridictionnelle dont Mme C fait état dans sa requête, il y a lieu de faire application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus et d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans cette instance
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". L'article L. 241-2 du même code dispose : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Il appartient à l'administration d'établir la preuve de la fraude, tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper.
4. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est, en principe, opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français ou opérer le retrait d'un titre de séjour indûment délivré.
5. Pour procéder au retrait de la carte de résident délivrée à Mme C en sa qualité de mère d'un enfant français, né le 22 avril 2013 et reconnu par son père, le 4 février 2013, le préfet du Rhône a relevé, d'une part, que la requérante ne justifiait pas de ce que le père de nationalité française participait effectivement à l'éducation et à l'entretien de cet enfant depuis sa naissance et, d'autre part, que le concubin actuel de Mme C, qui avait demandé l'asile aux Pays-Bas le 13 avril 2010, soit durant la période de conception de l'enfant qui porte un prénom issu de la fusion des prénoms de la requérante et de son concubin actuel, pourrait être le père du jeune G. Au regard de ces éléments, l'autorité administrative a estimé que la requérante avait frauduleusement obtenu des cartes de séjour temporaires puis une carte de résident en faisant reconnaître son enfant, né de sa relation avec M. E, par un ressortissant français. La requérante conteste le caractère frauduleux invoqué par le préfet du Rhône en versant au dossier la copie de l'acte de naissance de son enfant du 18 janvier 2022 attestant de ce que M. D est le père du jeune F, ainsi que la carte nationale d'identité de cet enfant. Mme C indique également que le prénom choisi pour son enfant est sans lien avec son propre prénom et celui de son concubin et que la simple circonstance tirée de ce que le prénom de son enfant serait un mélange entre son prénom et celui de son concubin n'est qu'une coïncidence qui ne saurait démontrer que M. E serait le père du premier enfant. Par ailleurs, si l'autorité préfectorale a relevé que le concubin actuel de Mme C était susceptible de se trouver au même endroit que Mme C au moment de la conception de l'enfant, s'étant vu délivrer un passeport, à Paris, le 8 février 2013 et se trouvant aux Pays-Bas en qualité de demandeur d'asile en avril 2010, cette nouvelle coïncidence ne saurait davantage démontrer, en l'absence de tout élément précis et documenté, que ce dernier serait le père du premier enfant de Mme C et que la reconnaissance de l'enfant par un ressortissant français revêtirait un caractère frauduleux. S'agissant en outre du père français de l'enfant, la requérante indique qu'elle s'en est rapidement séparée dès la naissance de l'enfant et s'il ne ressort pas des pièces du dossier que le père français contribuerait à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, cette circonstance ne saurait suffire à justifier le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité. Enfin, si le préfet du Rhône mentionne dans l'arrêté contesté que le procureur de la République a été saisi le 25 octobre 2021, il ne produit pas d'éléments quant aux suites données à cette saisine et à l'engagement d'une procédure contradictoire devant le juge judiciaire à la date de la décision attaquée. Par suite, en l'absence d'élément suffisamment précis établissant la fraude invoquée, Mme C est fondée à soutenir que le préfet du Rhône a méconnu les dispositions de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration en lui retirant sa carte de résident et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à solliciter l'annulation de l'arrêté en litige.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Rhône procède à la restitution de la carte de résident de Mme C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une quelconque astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Robin, avocate de Mme C, d'une somme de 1 100 euros à ce titre, sous réserve que la requérante obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2: L'arrêté du 14 janvier 2022 du préfet du Rhône est annulé.
Article 3: Il est enjoint au préfet du Rhône de restituer à Mme C sa carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Robin une somme de 1 100 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Robin et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
N. B
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026