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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204630

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204630

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBECHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juin et 24 août 2022, M. H, représenté par Me Bechaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français au plus tard le 15 juillet 2022 et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, à compter de la notification du jugement à intervenir :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ;

- à titre infiniment subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de cette date et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet du Rhône aurait dû lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant compte tenu de son parcours scolaire et de la nécessité de poursuivre ses études pour obtenir au moins le diplôme du baccalauréat ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale, dès lors qu'elle a pour effet, d'une part, d'interrompre sa scolarité, alors qu'il poursuit ses études avec sérieux et qu'il n'a pas encore obtenu le diplôme du baccalauréat, et, d'autre part, de le séparer de l'ensemble des membres de sa famille, alors qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine qu'il a quitté très jeune ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Bechaux, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant arménien né le 4 janvier 2004, déclare être entré sur le territoire français le 12 septembre 2017, en compagnie de ses parents et de sa sœur. L'intéressé a sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 14 février 2022, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 mars 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français au plus tard le 15 juillet 2022 et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 1er mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 4 mars 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme F E, attachée principale, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la totalité des actes administratifs établis par cette direction, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ". Selon les termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Enfin, l'article L. 412-2 de ce code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'étranger est exempté de la production du visa de long séjour mentionné au même article pour la première délivrance des cartes de séjour suivantes : / () ; 2° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue aux articles () L. 423-21 () ".

4. Si M. G entend notamment se prévaloir des dispositions susmentionnées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant que le requérant ne justifie pas avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ainsi que le mentionne la décision en litige précisant que l'intéressé, né le 4 janvier 2004, est entré sur le territoire français à la date déclarée du 12 décembre 2017, soit postérieurement à l'âge de treize ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit pourra être écarté, la circonstance que le préfet du Rhône ait relevé, dans son mémoire en défense, que M. G ne justifiait pas être entré sur le territoire national de manière régulière et que ses parents y séjournaient irrégulièrement étant, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision contestée qui ne se fonde pas sur de tels motifs.

5. En troisième lieu, M. G n'ayant sollicité que la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant et le préfet du Rhône ne s'étant pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Selon les termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " Et l'article L. 412-3 de ce code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ; () ".

7. Pour refuser de délivrer à M. G une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", le préfet du Rhône s'est fondé sur les circonstances tirées, en premier lieu, de ce que l'intéressé n'avait pas été en mesure de présenter un passeport revêtu d'un visa de long séjour délivré par les autorités consulaires françaises, en deuxième lieu, de ce qu'il ne poursuivait pas des études supérieures mais seulement des études secondaires en France, en troisième lieu, de ce qu'il ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français, et, enfin, en dernier lieu, de ce qu'il n'établissait pas davantage détenir des ressources suffisantes de nature à couvrir ses frais de séjour et de scolarité sur le territoire national. En l'espèce, en se bornant à faire état de son parcours scolaire et de la nécessité de poursuivre ses études afin d'obtenir au moins le diplôme du baccalauréat, le requérant ne conteste sérieusement aucun de ces quatre motifs. Par suite, le moyen ainsi articulé ne pourra qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

9. En second lieu, M. G qui se prévaut de ses fortes attaches familiales sur le territoire national ainsi que de son intégration sociale, soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car elle aura pour effet d'une part, d'interrompre sa scolarité sur le territoire français, alors qu'il poursuit ses études avec sérieux et qu'il n'a pas encore obtenu le diplôme du baccalauréat, et d'autre part, de le séparer de l'ensemble des membres de sa famille, alors qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine qu'il a quitté très jeune. Toutefois, en produisant notamment les cartes de séjour de ses grands-parents, dont celle de son grand-père désormais décédé, un avis d'échéance habitation du 31 décembre 2021, la carte nationale d'identité française de son oncle, une attestation de ce dernier rédigée le 29 mars 2022, aux termes de laquelle il s'engage à prendre en charge ses frais de scolarité, des éléments relatifs à sa scolarité au cours des années scolaires 2017-2018 à 2021-2022, son diplôme d'étude en langue française (DELF) niveau A1 obtenu le 17 juillet 2018, son diplôme national du brevet obtenu le 8 juillet 2020, ainsi que quatre attestations de ses professeurs, dont deux datées des 9 et 23 mai 2022, M. G qui demeure célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national, ni une intégration socio-professionnelle particulière. Par ailleurs, s'il ressort des termes de la décision contestée que sa grand-mère ainsi que sa sœur résident régulièrement en France, l'intéressé ne démontre pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de treize ans, et ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce qu'il y poursuive sa vie privée et familiale ainsi que ses études secondaires aux côtés de ses parents, alors qu'il ressort des pièces produites en défense que ces derniers ne disposent d'aucun droit au séjour sur le territoire français, nonobstant la circonstance qu'ils aient sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 13 juin 2021 et par l'intermédiaire du site internet " demarches-simplifiees.fr ", un rendez-vous pour le dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, et qu'ils s'y maintiennent irrégulièrement en dépit d'une précédente mesure d'éloignement, prononcée à leur encontre le 5 juin 2020, dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives compétentes. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, en dépit de son parcours scolaire depuis son entrée sur le territoire national, M. G n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

C. C

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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