vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, M. D E, représenté par la SCP Robin-Vernet (Me Vernet), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2022 par lequel la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence de sa signataire ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation en fait, dès lors que la préfète de l'Ain a retenu, à tort, qu'il n'aurait trouvé aucune entreprise afin d'effectuer sa formation en alternance au sein de l'Innovative Commerce Lab (ICL) et qu'elle s'est bornée à se référer aux condamnations pénales dont il a fait l'objet en 2018 et 2020 pour considérer que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, dès lors, d'une part, qu'il justifiait avoir trouvé une entreprise pour effectuer sa formation en alternance par la production d'un contrat d'apprentissage, et, d'autre part, qu'il avait indiqué aux services préfectoraux qu'il serait en mesure de leur communiquer, en fin d'année universitaire, un relevé de notes ainsi que les preuves du suivi de sa formation au sein de l'ICL, et qu'il justifie avoir suivi avec assiduité les cours dispensés dans le cadre de son master 2 " Responsable Business Development " ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants gabonais ;
- elle méconnaît les stipulations l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire :
- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète de l'Ain n'a pas tenu compte des critères prévus par l'article L. 612-10 du même code ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 de ce code.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- il y a lieu de substituer le motif tiré de ce que M. E ne justifiait pas, à l'appui de sa nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étudiant, du visa de long séjour exigé par les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992, à celui tiré de ce qu'il n'a pas été en mesure de démontrer le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation ni avoir trouvé une entreprise afin d'effectuer cette formation en alternance ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un courrier du 29 août 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que, s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à la situation de M. E et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée des dispositions de l'article L. 612-7 du même code.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- et les observations de Me Vernet, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant gabonais né le 16 août 1994, est entré sur le territoire français le 15 septembre 2014 muni d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant, valide du 11 septembre 2014 au 11 septembre 2015. L'intéressé a ensuite bénéficié de quatre cartes de séjours temporaires portant la mention " étudiant " successivement renouvelées jusqu'au 10 décembre 2020. Le 1er octobre 2020, la préfète de la Somme a décidé d'engager à son encontre une procédure de retrait de son dernier titre de séjour en raison de son comportement sur le territoire national. L'intéressé a cependant sollicité, le 23 novembre 2020, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité d'étudiant en recherche d'emploi. Par un arrêté du 5 décembre 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif d'Amiens en date du 22 avril 2021, la préfète de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office. M. E s'est toutefois maintenu sur le territoire français et a sollicité, le 8 février 2022, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 11 mai 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Ain du 1er février 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète de l'Ain a donné délégation de signature à Mme C B, attachée d'administration de l'État, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, à l'effet de signer, notamment, toute décision individuelle, favorable ou non, en matière d'admission au séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée expose les circonstances de faits propres à la situation personnelle et familiale de M. E sur lesquelles la préfète de l'Ain s'est fondée pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, alors au surplus que la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, dès lors que la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à l'intéressé de les discuter utilement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de l'admettre au séjour serait insuffisamment motivée en fait au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. E. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
5. En quatrième lieu, d'une part, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux conditions de délivrance de titres de séjour s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve des conventions internationales ". En outre, aux termes de l'article 12 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 susvisée : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législatives respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ". Aux termes de l'article 4 de la même convention : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les ressortissants gabonais à l'entrée sur le territoire français doivent être munis, outre des pièces mentionnées à l'article 1er ci-dessus et notamment du visa de long séjour, des justificatifs prévus aux articles 5 à 8 ci-après, en fonction de la nature de leur installation ". Selon les termes de l'article 9 de cette convention : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".
7. Enfin, aux termes l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
8. Il résulte des stipulations précitées que la situation des ressortissants gabonais désireux de poursuivre des études supérieures en France est régie par les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise visée ci-dessus, et non par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain ne pouvait légalement se fonder sur ces dispositions pour refuser à M. E la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ".
9. Toutefois, il ressort des termes de la décision contestée que pour refuser de délivrer au requérant le titre de séjour sollicité, la préfète de l'Ain, mentionnant les faits ayant conduit aux condamnations pénales des 29 mars 2018 et 7 février 2020 infligées à M. E, s'est également fondée sur le motif tiré de ce que sa présence sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public. En l'espèce, il ressort du bulletin numéro 2 du casier judiciaire de M. E produit en défense, que ce dernier a été condamné par une ordonnance du président du tribunal de grande instance du Mans, le 29 mars 2018, a une obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière à titre principal, ainsi qu'à une suspension de permis de conduire pendant quatre mois, pour des faits commis le 20 janvier 2018 de " conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire ", puis par un jugement du tribunal correctionnel d'Amiens rendu le 7 février 2020, à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis, pour des faits commis du 20 au 21 mars 2019 de " violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ". Si l'intéressé soutient, à raison, que la préfète de l'Ain ne pouvait légalement se fonder sur les faits commis le 20 janvier 2018, compte tenu de leur caractère ancien et de ce qu'ils n'avaient pas fait obstacle au renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant, il s'avère que les faits commis les 20 et 21 mars 2019 ont un caractère récent et présentent un réel degré de gravité, de sorte qu'ils caractérisent un comportement constituant une menace pour l'ordre public, la circonstance qu'ils soient demeurés isolés étant à cet égard sans influence. Ainsi, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète de l'Ain aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de ce que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, ce motif étant de nature à justifier à lui seul la décision en litige, la préfète de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas davantage entaché la décision attaquée d'erreurs de fait, d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation ni même méconnu les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise.
10. En dernier lieu, dès lors que M. E n'établit ni même n'allègue avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement que celui des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 susvisée et que la préfète de l'Ain ne s'est pas prononcée sur son droit au séjour à un autre titre, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que les décisions contestées devraient être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
13. M. E soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français, dès lors qu'il y réside depuis près de huit ans, dont la majeure partie en situation régulière, qu'il y a construit un réseau amical solide, qu'il y entretient une relation avec une ressortissante congolaise en situation régulière, et qu'il y justifie de ses efforts d'insertion socio-professionnelle compte tenu de ses études, de ses activités et perspectives professionnelles ainsi que de son implication en qualité de bénévoles auprès de différentes associations. Toutefois, en produisant ses diplômes, son attestation de scolarité au sein de l'Innovative Commerce Lab (ICL) et son relevé de notes pour le 1er semestre de l'année scolaire 2021-2022, un courriel du 3 juin 2021 lui confirmant une proposition d'alternance au sein d'une entreprise située à Genas, les témoignages d'une étudiante et de l'assistante pédagogique de son établissement en dates des 8 et 14 juin 2022, assortis de justificatifs du suivi de sa formation, ainsi que sa carte d'animateur-collecteur bénévole auprès de l'association " Secours Populaire Français ", M. E, qui demeure célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut sur le territoire national, où il n'a été admis à séjourner que pour un motif non pérenne, en particulier vis-à-vis de sa concubine, alors au demeurant qu'il ressort des termes non contestés de la décision attaquée que cette dernière justifiait, au mois de septembre 2021, date de la remise de son titre de séjour par les services de la préfecture de l'Isère, d'une adresse située à Grenoble, et que le requérant indique dans ses écritures qu'il a souhaité se rapprocher d'elle en s'installant dans l'Ain. Par ailleurs, si M. E est titulaire d'un diplôme universitaire de technologie (DUT) dans la spécialité " Mesures physiques " obtenu le 4 octobre 2017 ainsi que d'un master en droit, économie, gestion mention " Gestion de production, logistique, achats " obtenu le 8 décembre 2020, et s'il a suivi, au cours de l'année scolaire 2021-2022, une formation en master 2 " Responsable Business Development ", les éléments qu'il produit ne sont pas davantage de nature à démontrer qu'il justifierait d'une intégration socio-professionnelle particulière sur le territoire français où sa présence constitue une menace pour l'ordre public ainsi que cela a précédemment exposé au point 9. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé se maintient en situation irrégulière sur le territoire français en dépit de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 5 décembre 2020 et qu'il n'établit ni même n'allègue avoir exécutée, méconnaissant ainsi une mesure de police administrative édictée à son encontre par une autorité publique, alors au surplus que sa légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif d'Amiens en date du 22 avril 2021. Enfin, le requérant n'établit ni même n'allègue davantage être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et de ses conditions de séjour, la préfète de l'Ain n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentaire spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les décisions contestées doit également être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
16. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont applicables que lorsque l'étranger n'entre pas dans l'une des situations prévues aux articles L. 612-6 et L. 612-7 du même code, qu'elles ne sont dès lors pas applicables aux étrangers qui se sont maintenus sur le territoire national au-delà du délai de départ volontaire. Or, il ressort des pièces du dossier que M. E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours le 5 décembre 2020 et l'intéressé ne conteste pas s'être soustrait à l'exécution de cette mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français contestée ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais seulement sur celui des dispositions de l'article L. 612-7 du même code.
17. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
18. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 612-8 du même code visé par la décision en litige, dès lors, en premier lieu, que M. E se trouvait dans la situation où, en application de ces premières dispositions, la préfète de l'Ain pouvait décider de prononcer à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose d'un pouvoir d'appréciation de portée équivalente pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Il y a donc lieu, pour le tribunal, de procéder d'office à une substitution de base légale en examinant la légalité de cette décision au regard des dispositions de l'article L. 612-7 de ce code.
19. En second lieu, aux termes de l'article L. 6132 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
20. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
21. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
22. En l'espèce, contrairement à ce que soutient M. E, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que la préfète de l'Ain a tenu compte des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et s'est fondée, après avoir retenu qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière, sur les circonstances tirées, d'une part, de ce qu'il se maintenait en France en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 5 décembre 2020, d'autre part, de ce qu'il était défavorablement connu des services de police et avait fait l'objet de deux condamnations pénales les 29 mars 2018 et 7 février 2020, et, enfin, de ce qu'il n'avait pas démontré le caractère intense, stable et ancien de son concubinage. Il ressort également des termes de cette décision que la préfète de l'Ain a tenu compte de la durée de présence en France de l'intéressé ainsi que des éléments relatifs à son intégration socio-professionnelle. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions précitées de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que la préfète de l'Ain n'aurait pas pris en compte les quatre critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du même code.
23. Par ailleurs, M. E ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 13 qu'il n'y démontre pas l'ancienneté, la stabilité et l'intensité de sa vie privée et familiale, ni une intégration socio-professionnelle particulière, alors que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. En outre, l'intéressé ne conteste pas s'être soustrait à la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 5 décembre 2020, alors au surplus que sa légalité a été confirmée par la juridiction administrative compétente le 22 avril 2021. Enfin, la préfète de l'Ain s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et non de dix-huit mois contrairement à ce qu'indique le requérant dans ses écritures, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à deux ans. Dans ces conditions, l'autorité administrative n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
24. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de motifs présentée par la préfète de l'Ain, que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
C. A
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026